‹ ŒuvresChapitre 17 sur 58 · K M. THIRON · texte numérisé non relu

K M. THIRON

Il s'agit... d'un amour contrarié, qui trame Une rébellion. Quant au mur mitoyen, Ce n'est pas un obstacle, — et c'est presque un moyen : Demandez à Thisbé ce qu'en faisait Pyrame I

Le pauvre amant d'abord, béte et gauche, n'a rien Pour séduire... On en rit. Lui pleure : « Oh ! c'est infime ! » Puis l'amour, la douleur aidant, toute son âme Éclate et s'ouvre... Il parle!... et comme il parle bien 1

* Comédie eu deux .ictes, en vers, de M. Pailleron.

Il implore, il sanglote, et l'amoureux grotesque Se redresse et devient intéressant, beau presque 1 C'est elle qui se tait, qui se trouble à son tour.

Plus de guerre! le mur est tombé. Par la brèche. Le jeune couple passe en triomphe, et l'Amour Force au baiser de paix le vieux couple revêche...

^ WKE TÊTE T>E F^VUE

L'is-Moi, vieillard, masque ironique, Ce qui te fait sourire ainsi?

N'es-tu pas mort? Vois-tu d'ici Les temples dorés de l'Attique?

Entends-tu parmi les bergers Soupirer la flûte inégale, Tandis que la vierge au front pâle Danse en formant des pas légers.

Vois-tu d'ici la forêt sainte

Dont on n'osait franchir l'enceinte,

Où tu logeais sous le ciel bleu?

Ou bien ris-tu de voir ma lèvre T'interroger, toi, l'homme-clièvre, Et te dire: « Causons un peu. »

V^OMME elle s'ennuyait, elle le prit un' jour Pour rallumer ses sens au feu de sa jeunesse. L'enfant 1 il se laissa tromper avec ivresse. Et sur ce cœur blasé plaça tout son amour.

Mais quand il vit enfin ce qu'était cette femme, Et qu'il aimait toujours, et qu'elle n'aim.iit pas. Il pleura, sans pouvoir s'arracher de ses bras. Et tout en même temps se brisa dans son ame.

C'est lui qu'on vit depuis promener sa pâleur A travers les sentiers perdus de la débauche, Avec une démarche embarrassée et gauche;

C'est lui dont la gaieté décèle la douleur. Et qui heurte à plaisir contre l'orgie impure Les élans généreux de sa saine nature.

AVRIL, MAX, JUIN tif

Lxm

Au mot d'amour, plus d'un rit d'un air sardonique. — Mais quel est le don Juan, quel est le débauché Qui n'ait dans ses vingt ans, ou plus tôt, ébauché Aux genoux d'une fille un roman platonique ?

Quelque enfant bien naïve! un air endimanché; Peut-être une cousine... Ursule ou Véronique... Un unique baiser, un rendez-vous unique. Dont on eut grand remords, comme d'un grand péché !

— Puis Paris a passé là-dessus comme un fleuve I On se croit un corsaire en amour, un forban Honni des gens moraux, très fier d'être à leur ban.

Ce qui n'empêche pas que don Juan ne s'émeuve

Retrouvant par hasard une rose, un ruban

Qui lui fait soupirer, — tout bas, — le mot de « veuve I... »

^T%ÈS 'DIX ^TsLS

vvuAND j'ai revu la ville où je fus élevé. Entant à mon départ, et maintenant presque homme, On aurait ri de voir mon embarras, et comme Je m'en allais rêveur, les yeux sur le pavé.

Tout change : les objets, le nom dont on les nomme... Combien de traits perdus, pour un seul retrouvé, Dans ce passé lointain — par l'absence aggravé! Esquisse déj.\ v.igue, où l'on p.asse la gomme.

Dans sa ville natale être comme étranger 1 Je m'en allais cherchant des choses disparues Qui n'avaient existé qu'en mon esprit léger...

Ou bien je rencontrais avec stupeur des rues Et des quartiers nouvciux... Et je vins à songer Combien le vice croît dans les cites accrues.

AVRIL, MAI, JUIM Z)I

^U T%^VE%S 1)U DslVK

v>'est l'heure où nu voisine blonde, Sa robe ôtée et son bonnet, Fait craquer les plis du corset, D'où jaillit la poitrine ronde.

Je donnerais tout l'or du monde

Pour tenir le bout du lacet.

(I Hein ! que faites-vous au mur? » — « C'est

Pour voir s'il est épais; je sonde. »

Par le pertuis insidieux J'aperçois, je mange des yeux La tête rose et puis le buste.

Sous le fin peignoir écourté

Se dresse un sein vierge et robuste.

Plus rien! Tout n'est que vanité.

Juin,

AVKIL, MAI, JUIN

N jcuiic cœur n'est pas de chêne Et le célibat est mauvais...

Pauvre petite! je savais Sa chute plus ou moins prochaine.

Elle allait, — nous allons, — je vais, Où va la grande proie humaine, Droit au diable... celui qui mène Les rondes du pré Saint-Gervais.

. Oui ! je savais bien que sa joue Serait bientôt mûre aux baisers, Et ses chastes bras — décroisés.

Je ne savais pas, je l'avoue.

Voir Agnès, les yeux embrasés.

Sauter des deux pieds dans la boue.

Septembre.

AVRIL, MAI, JUIN 15s

!SCÉ%I'DIE'K'H£

L.E soleil frappe droit et fort comme un athlète, Et partout fait germer la vie à grand essor; Il farde, étant artiste, et peint des ailes d'or Au moineau qui n'a rien qu'une robe noisette.

La fleur à cette flamme allume son aigrette; Sur un fumier lointain un coq sonne du cor; Le bois, la tète en feu, flambe comme un décor. Avec ses troncs lamés d'argent, que l'eau reflète.

Voici de l'herbe, un lit bassiné chaudement : Dans sa bonne senteur couchez-vous mollement. Déployant tout du long votre grandeur physique.

L'air vous chauffe le corps et l'âme à pleins rayons. Déjà votre cerveau, rempli de visions.

Croit ouïr le soleil faire de la musique.

^ TLUS 'D'Un^

Vous êtes une honnête et sage créature ! — Mais quoi I n'est-il pas vrai qu'avant de te coucher, Lorsque, tes^vctements tombant sur le plancher, Tu sors d'un blanc nuage, éblouissante et pure;

Lorsqu'un dernier tissu, prêt à se détacher, Cache à peine l'effort de ta riche nature : Que tu sens, là, ta chair si douce — et là, si dure. Et que ton doigt ému frissonne à ce toucher...

Alors, n'est-il pas vrai que ton cœur bat plus vite?...

Qiie, pour te délivrer de ce trouble importun,

Tu souffles le bougeoir, — et que ton cœur palpite?...

— Bien que vous soyez sage, et n'écoutiez aucun De tous ceux qui voudraient vous en conter, petite, N'est-il pas vrai qu'alors vous attendez quelqu'un?...

AVKli.,MAI,JUl.N 1)9

L^ COTiJEUSE

Je préfère un conte en novembre Au doux murmure du printemps.

n. Mo R EAU.

"a IGNE ouvrir ta bouche amoureuse Au parfum de rose mousseuse, Et me dire un conte doré Tandis que je te baiserai ;

Une vive histoire choisie Au beau pays de Fantaisie, Alerte comme un boléro.

Ou bien un conte de Perrault;

Un récit délicat et tendre,

Que le cœur puisse bien entendre.

Encore que peint à demi.

— Je vais vous conter, mon ami.

Une douce aventure d'âmes :

Comment un soir nous nous aimâmes.

%É^LISACE

Au X pieds d'une beauté rousse — qui n'est pas bdle. Un homme se pâmait : poète au front pâli, Où la débauche ardente a creusé plus d'un pli; La lumière à la nuit disputait sa prunelle.

Sur ce front large et beau qu'il courbait devant elle, On lisait le devoir, l'honneur mis en oubli. Le malheureux buvait... Un verre, tout rempli D'une liqueur verdâtre, en ses mains étincelle.

« Idéale beauté que mon âme rêva,

Murmurait ce fantôme avec ses lèvres blêmes,

Ta voix seule est pour moi le plus doux des poèmes !

Blonde houri qui sors des mains de Jéhovali, Insouciante enfant! n'est-ce pas que tu m'aimes?... » L'insouciante enfant répondit: « Ohl oui, va!...»

.A SiC^'D^OiCE F..

V>/n dit que vous étiez jadis comédienne, Et que ce pied charmant sent un peu le roussi... Qjuoi qu'il en soit, madame, un vieux sage endurci Vous tiendrait seul rigueur ! . . . Vieux sage, cœur d'hyène.

Oh! le noir de vos yeux I... Grâce étrange et païenne!... Aspasie à vingt ans devait sourire ainsi : Qiie vous blessez de cœurs sans en avoir souci, O lille de Paris, moderne Athénienne!

Celui qui vous avait pour maîtresse, et vous prit Pour femme, s'est sans doute attiré plus d'un blâme; Sansdout»ses rivaux l'ont plaint — par bonté d'âme.

Or, moi, qui mets le nez dans tout ce qu'on écrit Et qui goûtais déjà son style, — moi, madame. Je ne lui savais pas encore tant d'esprit.

J D^CO'K ..iiSCl

J E vois d'ici ce qu'il nous faut Pour contenter nos goûts rustiques:

Une maison avec portiques, Près des mers où périt Sapho;

Un palais perdu sous des arbres, Sveltes et hauts comme des mâts ; Des tapis riches de Damas, Et des eaux coulant dans des marbres.

Un peu païens et mécréants, Nous vivrions fort à notre aise Avec chacun une Albanaise

(Ayant perdu tous ses parents),

Et nous boirions des vins de Thrace

En récitant des vers d'Horace.

AVRIL, MAI, JUIN' t.\y

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