ET LA CRITIQUE
Dame fourmi trouva l'éléphant trop petit. La Fontaine.
'N dam.is combiné de toile et de mâture Fait à l'arc de triomphe une immense cloison. Tout est prêt: il émerge enfin de sa prison. Révélant un par un ses trésors de sculpture.
L'arc est debout, dressant sa haute architecture. Son cintre monstrueux encadre l'horizon; Son faite, où le génie a gravé son bhison. Semble un défi hautain de l'homme à la nature.
IjS AVRIL, MAI, JUIN
Et la foule, en dessous, passe et repasse à flots: Haillons, habits dorés, gens à pied, en carrosse; L'un braque son lorgnon, d'autres ont des falots.
L'autre aune le granit de sa canne, et se hausse. Tant qu'il peut, à la base... O risibles nabots I Toujours p.issent les nains sous les pieds du colosse.
oi M^T>EMOISELLE G..
Vous avez vraiment un joli visage, Des cils retroussés et noirs à foison; Votre jeune sein sous l'étroit corsage Bat coquettement sa chaste prison.
Ici la rigueur n'est pas de saison, Et tout est matière à marivaudage :
Vos poses de main, votre babillage...
Le printemps d'abord a toujours raison.
l6o AVRIL, MAI, JUIN
Vous parlez de Gluck, même de Sliakspeare, Avec un aplomb qui nous fait sourire, Qui plaît néanmoins. Plaire, tout est làl
Mais j'entends un son faux à cette gamme. Hélas! à quinze ans, étant presque femme. Votre vanité vous le dit déjà.
AVKtI., MAI, JUIN l6z
^ aCoi'DE^COISELLE V..
Oi j'avais le ciseau de la sculpture antique, Pour fouiller un beau marbre, un bloc jaune doré, Ou bien veiné de rose, et qu'on aurait tiré. Exprès pour moi, du sol généreux de l'Attique;
Si les tons les plus purs du prisme coloré Nuançaient pour moi seul une palette unique, Que le feu de la vie à la grâce plastique S'unit pour animer une toile à mon gré;
l62 AVRIL, MAI, JUIN
Si la Muse m'avait, en des nuits d'insomnie, Révélé les secrets divins de l'harmonie, Et que j'eusse l'archet ou l'âme de Mozart;
Si, poète, j'avais ce feu sacré qui tue,
Tout chef-d'œuvre, — tableau, chant, poème ou statue.
Serait à votre image, ô madone de l'art.
AVRIL, MAI, JUIN l6j
Je lui montrai les blondes mousses Et tout l'essaim des choses douces Dont Avril marche environné:
— Elle prit un air étonné.
Je lui fis voir mon cœur plein d'elle, La priant de brûler son aile Hardiment au flambeau sacré.
— Elle ouvrit un œil effué.
Je lui parlai des belles fièvres
Qui vous montent du cœur aux lèvres,
Au clair de lune, après minuit :
— Elle eut un bâillement d'ennui.
Voulant obtenir quelque chose, Je lui fis voir un chapeau rose.
AVXIL, MAI, JUIN |6S
V>'est bien toujours la même robe Traînante, qui crie en marchant, Qu'un soir, des mains du vieux marchand, Tu pris ainsi que l'on dérobe;
Et qui me valut des serments Scandés sur le rythme sonore Des baisers : langue que j'adore, Étant si riche en mots charmants.
l66 AVRIL, MAI, JUIN
C'est toujours ta joue un peu creuse, Et tes fraîches dents d'amoureuse Qui sont un vrai morceau de roi;
C'est toi tout entière et la même, dui dis si gentiment: « Je t'aime...»
— A tous les autres, comme à moi.
iVloN cher Parisien, j'aspire à la houlette De feu Tircis... — Ohl rien de fade et de mignon Comme, dans les Watteau, ces nj-mphes du Lignon, clui parent de rubans leurs moutons à roulette.
Non pas ! c'est sous un toit fort pauvre, sans pignon, Qu'elle habite. Et Watteau ne prend pas sa palette Pour une fille en bras de chemise, en toilette D'étable, — et qui n'a pas de fleurs à son chignon.
Tout au plus y met-elle — et, depuis Opliélie, On veut bien convenir que cela rend jolie, — Des brins de paille... Encore est-ce sans y songer.
Ses cheveux sont fort noirs, et ses yeux plus encore. Telle dame qui rit et dit tout haut : « Pécore ! » Dit peut-être tout bas : « Si je pouvais changer ! »
A VRII , MAI , JUIN 169