SKI -COTE
X LU s d'arbres; plus d'oiseaux; le désert; le silence!... Des rochers crevassés, blancs, sonnant creux : les os D'un bois profond et vert emporté par les eaux; Plus d'un bloc mal assis qui sous le pied balance;
Dos trous noirs où les chiens appliquent Icursnaseaux, D'un air presque inquiet. Les pierres qu'on y lance Semblent n'en point trouver le fond... — La violence Du vent semblait toujours croître. De grands oiseaux
Y planent sans effort, allant à grands coups d'aile. — Les sinistres corbeaux semblent plus noirs encor Dans cette Thébaïde âpre comme un décor.
Dans la neige, à nos pieds, roulait le chien fidèle. Tout était nu, sauvage I... — A nos regards surpris Apparut un champ bleu de suaves iris.
Pyrincts.
'PLEI'K CIEL
V^UAN D je posai, vainqueur, mes deux pieds sur la cime Qui sur ma tête hier dominait de si haut. J'étais fierl Un vent frais caressait mon front chaud Q.ue l'air épais des fonds alourdit et comprime...
Des vols d'aigles, sous moi, se perdaient dans l'abîme : Autour, les pics aigus où s'élancent d'un saut Les chamois, — des lacs bleus, des neiges : — ce qu'il faut A l'homme, pauvre nain ! pour fiiire un chant sublime.
— Et j'allais entonner quelque hymne hasardeux: Quand soudain, du côté de la rocheuse Espagne, Un orage, grondant, sembla dire: «A nous deux!»
Les hommes, points mouvants, fuyaient dans la campagne :
— Et ce lointain tonnerre ébranlait la montagne. Seul chant digne, à la fois, de la nature et d'eux.
Pyrénées,
v^'N dit que Dieu voilait sa face Quand il parlait à nos aïeux ; Tant de gloire eût brûlé leurs yeux ; Le maître donc leur faisait grâce.
Le sol tremblait, le ciel tonnait.
Un regard eût comme la foudre Jeté les hommes dans la poudre :
Dieu par bonté se détournait.
Est-ce pour cela, vierge sainte, Que tu tiens hors de notre atteinte Ta splendide divinité?
Ne peut-on soulever ton voile Sans monter dans une autre étoile, Étincelante Vérité?
AVRIL, MAI, JUIN aO)
LE TO'Jl'KE'KLT
J'ai longé tout le jour un vallon morne, étroit. Qui n'est guère hanté que des bûcherons basques; On y suit tout du long, dans ses détours fiuitasques, Une eau folle, qui court, gronde, et s'enfle, et décroit. .,
Li, sourds et déliant le fracas des bourrasques. Roulent confusément des flots, où l'aigle boit; Ailleurs l'eau, goutte à goutte, active comme un doigt, Dans le marbre amolli creuse de larges vasques.
Là, ce sont des reflets d'émeraude; plus bas,
La profondeur lui donne un bleu foncé qui frappe;
Au-dessous, le trop-plein jaillit en blanche nappe...
Là, des bords de cailloux et de sable: à trois pas.
Un sapin tortueux, qui trempe ses vieux bras,
Ou quelque noir sureau penchant sa rouge grappe.
'Pyrénées.
AvmL, MAI, JUIN aos
L'uoMMU est petit: il a beau faire, Tendre les reins, lever les bras, Son corps entier ne couvre pas, Mort ou vivant, six pieds de terre.
L'homme est cliétif: il vit un jour Dans ce monde riche en torture; Son cœur avide a pour pâture Un peu d'espoir, un peu d'amour.
L'homme est vaillant : d'un regard ferme
11 ose interroger les cieux.
Quel est le but? quel est le terme?
L'homme est vaincu 1 Les sombres dieux Le frappent jusqu'à ce qu'il tombe, Et pour réponse ouvrent la tombe.
AVRil., MAI, JUIN 207
cm
LE S^BLIEX
Un rêve, un souvenir, une peine, un caprice, Un espoir, — et c'est tout : de ce peu d'éléments Combinés à ton gré, douloureux ou charmants, Tu pétris tous nos jours, Nature créatrice !
C'est peu: ce serait trop. En mauvaise nourrice, I» Goutte par goutte, hélas 1 et moments par moments, H Tu distilles la vie à nos lèvres d'amants... H Force avare! crains-tu que ton sein ne tarisse?
Quelquefois, un éclair fend le voile odieux,
Et nous divinisons l'amour qui nous fait dieux.
— Miel décevant, d'où sort une saveur amèrel...
C'est un poison de plus que l'on suce à ton sein, Marâtre sans pitié! qui laisses à dessein Entrevoir l'infini par l'homme, — être éphémère!
AVRIL, MAI, JUIK 309
/\ DIEU les pieds mignons, les tailles ondoj-antes Dans la gaze flexible et collant à la peau ; Adieu les fleurs des champs sous le mignon chapeau Encadrant, fleurs aussi, les têtes rayonnantes.
L'hiver cueille à grand bruit les feuilles jaunissantes,
LEt sur les cous de lait jette un brutal manteau ; Sur tous les yeux le voile étend son noir niveau, Mais on devine, hélas! les lèvres bleuissantes.
AVRIt, MAI, JUIN
Oh ! qui me portera dans ces climats bénis, Où le soleil est d'or, où les seins sont brunis, Où vient se récliaufFer la pale fleur des pôles !
Où l'on peut, à son aise, en plein mois de janvier.
Admirer en passant, spectacle printanier,
De robustes beautés qui montrent leurs épaules!