PREFACE
fen ai dit asseï pour faire comprendre que les qualités plastiques si développées dans la littérature moderne n'étaient point ses qualités maîtresses. Bien qu'il fût d'une école et d'un temps o» l'on demande au vocabulaire toutes les couleurs de la palette, ou. l'on veut arrêter un contour et fixer une nuance avec des mots, c'était surtout le sentiment intime qu'il cherchait et qu'il trouvait dans ses paysages. Cela explique peut-être, comment, du premier coup, il a si profondément aimé et si bien rendu Venise. Ses poèmes vénitiens, les plus importants, les plus développés de ses vers descriptifs, me paraissent remarquables entre tous. Il n'est pas de ville, à propos de laquelle les peintres et les poètes aient jait , à mon avis, plus de contresens , que l'étrange ville de V Adriatique. C'est comme une rage de lui prêter le bariolage de Constantinople allumé avec le soleil d'Egypte, et de tirer, en son honneur, tous les feux d'artifice de la palette et du style. L'esprit discret et pénétrant de Valade était fait pour en comprendre les aspects, avec la justesse et lesentiment d'un Canaletto et d'un Guardi. Nul, peut-être, n'a mieux rendu la brillante douceur de sa lumière insensiblement voilée et le charme triste de ses palais délabrés.
Je donnerais une idée bien incomplète de son talent, si j'oubliais les pièces de circonstance. Triolets et Galettes rimées, oit le poète déguisé sous un pseudonyme, écrivait la chronique parisienne et politique. D'ordinaire, ces productions au jour le jour, si étincelantes qu'elles aient paru tout d'abord, se fanent en bien peu de temps,
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. / fmt l'effet, au bout de quelques années, de ces colifi- (txti des modes d'uiilan , qu'on retrouve tout passés et tout délabrés au fond d'un tiroir. C'est le secret des véritables artistes de leur donner le charme qui dure. Un quatrain peut être une œuvre acheire : et la pointe d'une épigramme peut être asse^ bien trempée pour que les années ne l'émoussent pas.
Non seulement on peut relire les chroniques rimées de Valide; mais il nous a paru qu'elles formaient une des parties les plus originales de son œuvre. Comme c'était à le fois un poète très fin, et un esprit très franfais, il a semé de traits étincelants des pièces d'une grâce antique, et digtus de l'anlljohgie. Nul peut-être, n'a tiré meilleur parti de la vieille forme du triolet, si gauloise, mais si aisément fatigante et inonoloite entre les mains qui ne la manient pas avec une dextérité consommée; il est même telle de ces pièces, comme celle qu'on trouvera, dans le second volume, sur Louise Lateau, la stigmatisée belge, oit une pensée forte et haute se montre sous la raillerie la plus légère.
Un dernier trait est nécessaire pour achever la physionomie du poète. Valade savait comme pas un sa langue et sa prosodie. Il n'était pas du tout de l'avis des grands esprits qui jugent ces minuties de haut, et se trouvent trop pressés par la grandeur de leur conception pour cherclxr s'ils écrivent en français, ou si leurs vers tombent sur leurs pieds. Il estimait, arec quelque raison peut-être, que plus on pense ou l'on sent fortement, plus on doit s'acharner aux moyens de
traduire, dans toute leur force, le sentiment et la pensée. Les mots, comme les lignes, les couleurs et les sons, laissent trop facilement glisser entre eux l'idée, l'itnpression qui fuit, pour qu'un véritable artiste ait le droit de ne pas aimer et de ne pas connaître son outil. Ne serait-ce que par le dégoût douloureux que doivent inspirer à l'écrivain l'aspect embryonnaire et la figure méconnaissable d'une pensée mal rendue, on prend la passion et l'on acquiert le doigté de son instrument, toutes les fois qu'on a quelque chose à lui faire dire. Et il est permis de soupçonner les poètes qui se trouvent trop émus pour consentir à apprendre leur métier , de n'avoir au fond pas plus d'idées ni d'émotion, qu'ils n'ont de rime ou de style.
On connaissait la compétence de Valade en ces matières : il était consulté de toutes parts ; les plus experts attachaient une grande autorité à ses avis. Les débutants lui apportaient leurs essais encore maladroits, et plus d'un a appris de lui à manier les mots et les rythmes.
J'ai essayé de donner l'idée de ce que fut Léon Valade; je l'ai essayé, sinon avec succès... comment se flatter de fixer, du bout de la plume, une nature si fine et si complexe?... du moins avec ce sentiment d'affection profonde, qui s'attachait de lui-même, nonseulement au caractère de l'homme, mais au talent du poète. Au surplus, voici deux volumes oii on le trouvera tout entier. Le recueil de sonnets qui ouvre le premier (Avril, Mai, Juin) témoigne d'une amitié nouée sur les bancs du collège, et continuée jusqu'à la mort. Il est
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l'ixutre commune, et le début commun, de Valad* et d'A. Mcrat, Citait un début trop brillant, pour que sa place ne fût pas marquée en tète de notre publication. La personiuilitè poétique de l'alade se montre tout à fait formée dans le recueil suivant, dont le titre A Mi-Côtc, le caractérise si bien, comme dans les pièces, parues seulement dans divers journaux ou revues, ou encore empiétement inédites, qui formeront le second volume. Il me semble y reconnaître les qualités qui font vivre une auvre. Dans les premières heures, l'habileté ou l'ardeur à àviller l'attention du public, le goût, peutêtre le travers du jour, font une bonne partie du succès. Puis le temps accomplit insensiblement son travail : les toukurs fausses déteigiunt; les boursouflures tombent; l'année qui vient apporte une mode nouvelle; on s'étonne de iw plus trouver à celle de l'an dernier que l'aspect limentable des choses surannées; et l'on voit émerger lentement, au milieu de réputations qui s'affaissent, l'œuvre longtemps caressée sans bruit, peut-être restreinte dans ses proportions, mais où un véritable artiste a mis tout ce qui est vraiment durable : un sentiment sincère dans une forme définitive,