PRÉLUDE
Dons nos pieds et dans nos cervelles.
Avril fond les derniers glaçons ; Et déjà dans tous les buissons S'embusquent les Muses nouvelles.
Soucieux ou gais, nous passons
Sans défiance devant elles,
Et ces obsédantes pucelles
Nous jettent au h,-^ leurs cbansotis.
Les doux rossignols et les merles
Pélc-mëlc nous font pleuvoir
Leurs fausses notes, — et leurs perles.
Quittons un peu noire habit noir, Et, nouveau berger d'Arcadie, Teutons aussi la mélodie.
Le soleil était radieux;
J'ai vu passer des amoureux,
Le rire aux dents, l'éclair aux yeux ;
J'ai souhaité d'être comme eux.
D'avoir aussi mon amoureuse, Appas flamands, tête à la Greuze, Fleur sans parfum, ou tubéreuse.
Astre éclatant, ou nébuleuse.
Je lui dirais: « Mon cher trésor, « Répète-moi, répète encor, « Répète la parole d'or. »
Et nous irions au bois, dans l'herbe.
Conjuguant à deux le doux verbe.
Glaner une odorante gerbe.
AVRIL, MAt, JUIN
'K.EIGE 'D'^i'K.T^'X.
/VvEC un doux parfum de grâce et de beauté, Sans cesse à mes côtés flottait l'ombre chérie; Je bondissais au coup de l'aigre sonnerie. Quand l'horloge marquait le moment souhaité.
J'ai durant bien des jours vécu de rêverie... Malgré moi je chantais l'air qu'elle avait chanté, Ht je savais par cœur la fine broderie Q.ui, la veille, ondulait sur son cou velouté.
D'où vient donc aujourd'hui, croyant l'aimer encore, Q.ue mon esprit distrait n'y peut penser toujours? Les rêves les plus beaux seraient-ils les plus courts?
Pauvre nature humaine ! en un serment sonore,
Cet amour, né d'hier, défiait l'avenir...
Vienne un printemps nouveau : c'est un vieux souvenir.
F'H.O'K.'DI'TiUS ET FOLIIS
Du RPR EN Ez au matin la forêt qui s'éveille Avec un bruit charmant de feuilles et d'oiseaux. Quand la brume d'été tend ses légers réseaux, Où se heurte l'essor de l'aurore vermeille.
Le ciel s'ouvre aux rayons, et la fleur à l'abeille ; Une écharpe d'argent flotte au-dessus des eaux; Pan, les yeux encor lourds, siflle dans les roseaux; L'air parfume la bouche et caresse l'oreille.
Le matin glorieux éclate en tons divers
El met, peintre divin, dans les feuillages verts
Tous les rayonnements de sa palette ardente.
C'est l'heure recueillie où parlent les grands bois, Où le marcheur pensif entend les mille voix Q.ui chantent dans ton sein, ô Nature géante!
'DRYoiS
J i; sais que tes railleurs ont tort, Faune ingénu Dont le bras amoureux presse un arbre avec force. Tu laisses les bergers, au péril d'une entorse, Haleter sur les pas de la nymphe au pied nu...
Tu restes immobile, et sur la rude écorce S'impriment ta poitrine et ton menton charnu ; Et tu sais épier le prestige inconnu Qui du tronc raboteux fait surgir un beau torse.
La dryade en tes bras sommeille, et tu la voisl Tu sais qu'il est une heure où tout vit, dans les bois ! Où s'incarne, elle aussi, la nymphe, âme des chênes.
On voit sur son beau flanc saillir encor les veines... Sein robuste, on dirait chair et marbre à la fois, Et dans ses bruns cheveux s'enlacent les verveines.
SUIl VHj CLO'DWK.
Savantes nudités, les svcltes Néréides Au-dessus du flot bleu dressent leurs reins cambrés; Leur lèvre semble ouverte à des baisers ambrés Et leur œil vert vous fait des caresses perfides.
Leurs cheveux, ruisseaux d'or, baignent leurs cols humides, De reflets amoureux complaisamment ombrés. Hélas ! qui pourrait bien compter les cœurs sombres Autour de ces beaux seins voluptueux et vides?
L'artiste dans la terre a fait vivre cela :
Galatée, et ses sœurs aux doux noms, vous voilà,
Jeunes créations du fort génie antiquel
Pourtant, à bien y voir, je demeure surpris De trouver égaré dans tant de grâce attique Le brio d'une bouche ou d'un nef de Paris.
O'H. 'K£ H^DI'N.E T^S ^VEC L'^ViCOU'R*
Il n'est plus: maintenant, on le prône, on l'admire. Vivant, on goûtait peu ce rêveur indolent... Il est mort: — on n'a plus de raison pour proscrire, Au Théâtre-Français, son drame étincelant.
De leurs cartons poudreux le voilà s'envolant, Ce caprice, où l'on sent rire et pleurer Sliakspearc ; — Jeune et frais papillon, le voilà qui déchire, Quand nul n'y songeait plus, le cocon somnolent.
' Drame en trois actes d'Alfred de Musset, représenté pour la première fois en novembre 1861.
l6 AVRIL, MAI, JUIN
Mais ce n'était pas tout encor. Des mains cruelles Devaient, de ses reflets capricieux, perlés, Essuyer proprement les plus vives parcelles.
— Ce n'est pas le premier des oiseaux mutilés Par tes tristes ciseaux 1 — Tu leur coupes les ailes, O naïve censure, et tu leur dis: volez!...
sA WKE CO!>>CÉ'DIE'H'H.E
V^ERTES c'est votre droit, quand la porte est tirée, • Apres avoir prié, de vous mettre en peignoir. Si votre œil par hasard rencontre le miroir, Vous connaîtrez qu'ainsi vous êtes mieux parée;
Puis de vous mettre au lit, place à jamais sacrée.,. Le bougeoir est éteint, tout se tait, tout est noir; Mais on marche 1... duelqu'un !... Alors il faut vous voir Sous vos légers rideaux vous blottir effarée.
l8 AVRIL, MAI, JUIN
Un peintre vous dirait que les chairs sont d'un ton..
En corsage écourté vous êtes adorable ;
Et puis ce clair-obscur savant et favorable...
Fragonard pingebat... Mais me comprendra-t-on
Si je dis qu'à mes yeux vous êtes préférable
En corsage montant... montant jusqu'au menton?
Un jour, j'arrivais de voyage, Tu me dis : « J'aime I viens la voir. » Nous y fûmes le même soir.
Rouvrons le livre à cette page!...
Ce fut vite fait ! — Son œil noir, Sa voix, son triste et doux visage, Me troublèrent : — soudain présage D'un amour long et sans espoir.
A mon tour je te disais: « J'aime I »
— De ce jour, nous prenant la main, Notre chimère fut la même.
Nos pieds dévoraient le chemin...
— Notre âme chantait un poème...
— Nos lèvres disaient : ^ A demain I