‹ ŒuvresChapitre 45 sur 58 · L-'ans le rêve indolent dont la langueur s'accorde · texte numérisé non relu

L-'ans le rêve indolent dont la langueur s'accorde

Aux oscillations mourantes de la corde,

J'étais sur la planchette assis, les pieds pendants;

Et toi, qui m'aperçus, de rire à belles dents,

Touchant du doigt ton front et chantant : « Une idée I »

Puis vive, te plaignant de ne pas être aidée,

Les bras levés, après deux ou trois élans vains,

Tu te hissas enfin toute seule et parvins

A mes genoux, où tu t'assis. Là, triomphante.

Tu ramenas les plis de ta jupe bouffante

Et tu dis : « Maintenant, balançons-nous 1 » — L'effort

De mes pieds arc-boutés fut tout juste assez fort

Pour ébranler un peu notre inerte équilibre ;

Cramponné, je n'avais aucune des mains libre :

Mais comme je rendis grâce à cet embarras!

Car la peur de tomber enlaçait mieux tes bras

A mon cou que n'aurait jamais fait la tendresse;

Et, loin de m'émouvoir à tes cris de détresse,

Je saccadai si bien le doux balancement

Qu'il te fallut m'étreindre encor plus fortement ;

Et, ton cœur sur mon cœur, ma bouche sur ta bouche.

Maître de toi, je fis un pillage farouche

De tous ces chers trésors dont tu m'as trop sevré ;

Tandis que dans son vol téméraire, enivré,

La corde nous berçait comme entre ciel et terre.

Et que l'air vif forçait nos bouches à se taire,

Mais sans gêner beaucoup nos baisers palpitants ;

Tandis que vers le grand ciel bleu, cheveux flottants,

Pale, je renversais ma tête bienheureuse

Pour ne voir que l'azur et toi, mon amoureuse!

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LE %ÊVE

L'oreille au mur, j'étais dans le coin le plus noir ;

Et j'écoutais venir au fond du long couloir

De petits pas légers dont je comptais le nombre...

— C'est elle I j'ai senti son souffle frais dans l'ombre

Et, brusque, j'ai saisi ses frêles doigts d'enfant

Avec rudesse, la colère m'étouffant;

Et j'ai dit : « Maintenant fuyez encor, ma belle ! »

La faible fille alors, courroucée et rebelle.

Pour sortir de mes mains a fait un vain effort ;

Puis, les larmes aux yeux, tant je la serrais fort,

A semblé résignée à l'étreinte brutale;

Mais soudain, rouge fleur dont le double pétale

Palpite, j'ai senti sa bouche de velours

Se coller à ma bouche ; et des arômes lourds,

Des poisons enivrants ont envahi mes veines...

Toutefois, espérant faire ses ruses vaines.

Je la tenais encore et je songeais : « Gardons

D'être incliné trop vite aux crédules pardons!... »

— Peine inutile 1 quand sur ma lèvre embrasée

Pour la seconde fois la sienne s'est posée.

J'ai connu, comme Christ au milieu des soldats,

L'hypocrite douceur du baiser de Judas;

Et tandis que mes mains retombaient énervées,

Mortes de volupté, — sous les sombres travées

Q.ui m'apportaient l'écho de son rire moqueur,

Elle a fui, me laissant la flèche dans le cœur.

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CH^'KSO'H.

^ u R le sable des routes creuses Qui mènent dans le bois ombreux, J'ai vu passer trois amoureuses, J'ai vu passer trois amoureux.

Aux chansons de chacun, chacune Mêlait des rires argentins ; L'une était blonde; l'autre, brune; L'autre avait des cheveux châtains.

Et, caressés des feuilles souples Que le vent froisse doucement, J'ai vu s'enfoncer les trois couples Dans l'épaisseur du bois dormant.

Comme j'écoutais, presque éteintes, Les dernières notes des chants, La brise m'a porté des plaintes Que coupaient des rires méchants.

Chaque amant par chaque maîtresse Souffre et sent son cœur se briser:

L'ongle est si près de la caresse 1 La dent est si près du baiser I

Sur le sable des routes molles, Au bois où chantent les coucous.

J'ai vu fuir en riant trois folles Et passer en pleurant trois fous.

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En. T^SSoitlT

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