‹ ŒuvresChapitre 48 sur 58 · L^ VOILETTE · texte numérisé non relu

L^ VOILETTE

Celui-ci baise la pantoufle Que Cendrillon perdit un soir ; Et celui-là conserve un souffle Dans la barbe d'un masque noir.

Th. Gautier.

v-«ERTE, à le voir, on ne peut guère Supposer qu'il soit d'un grand prix, Ce chiffon de tulle vulgaire Où s'attachent mes yeux épris.

L'araignée, auprès de ses toiles.

Le trouverait lourd... Un essaim Seulement de noires étoiles En décore le noir dessin.

Pourtant la gaaic aérienne Des bleus filets i papillons Est moins subtile que la sienne Qjii prend la grâce et les rayons!

Car Je l'air vif, à doux visage, Gardant ta délicate chair, La trame en a pris au passage Et retenu l'effluve cher;

Car, mieux qu'en des cassettes closes.

J'y détiens, avare d'amour, Un trésor d'impalpables choses Captives des mailles à jour.

— Ici brillait atténuée, Avec l'attrait mystérieux Des étoiles dans la nuée, La douce lumière des yeux;

Pour moi, le regard absent dore Ce tissu sombre, dont les fils Me semblent soulevés encore Aux légères pointes des cils;

Si, pour quelque peine éphémère.

Parfois une larme y perlait, J'en trouve la saveur amcre Mêlée au magique filet.

Là, dilatant leurs fines ailes Qu'émeut aux premiers jours d'été Le parfum des roses nouvelles, Les narines ont palpité.

Plus bas, le tulle que repousse Son souffle, fraîcheur et chaleur, A tamisé l'haleine douce Où s'exhale sa vie en fleur.

La voix dont mon oreille vibre.

Le rire fidèle et joyeux Ont déposé dans chaque fibre Des atomes harmonieux;

Et peut-être (ô désirs, ô fièvres!) Ce tissu même que voilà A connu la douceur des lèvres, Si quelque brise l'y colla...

Des fins cheveux, et de l'oreille.

Et de la joue, il est resté Partout quelque trace pareille, Lueur, baume ou suavité :

Si bien qu'il n'est pas une maille En tous ces fils entre-croisés Que mes yeux ne suivent, où n'aille Ma lèvre pleine de baisers;

JOJ

Et que si parfois, bien aimée, duclquc brume semble ternir La pureté du blanc camée Que je garde en mon souvenir,

Ce tulle tout froissé dégage, Talisman vainqueur des oublis, Le doux rire et le doux langage Mêlés aux moindres de ses plis.

'DO'WK^ 'H.E%^

Vos yeux noirs sont présents à mon âme obsédée.

Ils sont si noirs, que rien n'en peut donner l'idée,

Ni les mûres qu'aux bois tout enfant je mangeais.

Ni le mat de l'ébène ou le brillant du jais,

Ni l'obscure splendeur des houilles souterraines,

Ni le deuil somptueux dont s'habillent les reines

Rehaussant leur pâleur au foncé du velours,

Ni l'épaississement des sinistres et lourds

Nuages sur la mer, ni les ailes funèbres

Des corbeaux, ni les plus fascinantes ténèbres

(iu'épanchcrent jamais les urnes de la Nuit.

Si limpides pourtant 1 Leur flamme douce luit Sans refléter l'ardeur des passions charnelles... Nul bleu n'est aussi pur que ces noires prunelles Qui, vagues, .\ demi closes sous les longs cils, Malgré moi me font croire aux terrestres exils, Et m'étonner, devant la candeur de leurs franges, Que l'art religieux fasse blonds tous ses anges.

Ainsi vos doux yeux noirs m'enchaînent 1 Et je veux Louer aussi l'amas profond de vos cheveux Sombres, mais que ma peine à sentis favorables Comme la grande Nuit est douce aux misérables; Car mon âme, cherchant où reposer en paix. S'enfonce et croit dormir dans vos cheveux épais.

Malheur à qui descend sous leur ombre irritante! Loin d'y trouver l'oubli, le rêveur qui les tente Sent tressaillir en lui des souvenirs confus : Vous êtes des halliers sauvages et touffus, O noirs cheveux massés dans un puissant désordre 1 Des retraits d'où je vois s'élancer, prêts à mordre Mon cœur tout p.mtelant sous leurs crocs sensuels, La meute des désirs harcelants et cruels.

l'KQUIÉTVTlE

L/A petite main qui m'est chère, La sauvage petite main Q.ui pèse à mon bras si légère, Y pèsera-t-elle demain ?

Q.uand un oiseau, léger comme elle, Vient au bout des doigts se poser.

On sent encor frémir son aile Défiante sous un baiser ;

LUS MATINS JOJ

Et, pour peu que l'on eiïarouchc D'un geste ce caprice ailé, Il a fui, vous laissant la bouche Tiède du plumage envolé.

Ainsi la douce main que presse Tous les soirs celle de l'ami.

Même en lui rendant sa caresse Ne s'abandonne qu'à demi...

Ainsi quelquefois il me semble, Baisant cette main, mon trésor, Sentir que sous mes lèvres tremble Comme une aile prête à l'essor ;

Et malgré moi j'ai cette crainte Que soudain, d'un geste inhumain, Ne se dérobe à mon étreinte Pour jamais la petite main 1

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