‹ ŒuvresChapitre 6 sur 58 · LES FOUS · texte numérisé non relu

LES FOUS

V-««ELUi-ci chancela comme il cherchait la gloire, Celui-là s'affaissa comme il cherchait l'amour; — Pauvres yeux obscurcis qui ne voient plus le jour Qu'à travers leur raison enchevêtrée et noire I

L'un confiant et doux pleure comme un enfant, ■ — L'autre farouche et fier caresse sa chimère. 1^. Ils entrent bien avant dans leur angoisse amère !

Fous sombres, fous riants, faut-il qu'on vous envie ? Vous qui pensez ailleurs, et qui voyez la vie Au prisme consolant de votre cécité.

Ohl non; car n'ayant plus nos douloureuses armes Pour lutter, vous gardei la souffrance et les larmes, Et ne dépouillez pas la vieille humanité.

ATKIL, MAI, JUIN 3)

VETIS 'DO%ÉS

flEUREUx, dans sa douleur féconde, le poète Altéré d'idéal, que l'idéal a fui:

Et trois fois malheureux, dans son tranquille ennui, L'égoïste bourgeois que le beau n'inquiète...

Trois fois sage le fou qui veut vivre aujourd'hui. Aux soucis de demain sachant qu'il tiendra tête. Insensé le marchand habile — qui végète, S'usant l'dme et le corps pour d'autres que pour lui 1

Heureux qui dit, heureux à qui l'on dit : « Je t'aime, » Qui donne et qui reçoit cette joie!... Heureux même, Dans ses vœux sans espoir un cœur enamourél...

Et lâche, et dans son m.il indigne qu'on le plaigne. Celui qui n'ose aimer, craignant qye son cœur saigne, Et qui moisit sur place, inutile, châtré!

AVRIL, MAI, JUIN a$

v>E qu'il me faut pour être heureux Ce sont des chants d'oiseaux, des roses, Des rayons, enfin de ces choses Q.ui suffisent aux amoureux.

Ce qu'il faut à ma lèvre ardente C'est un ardent baiser d'amante.

Avec des bras entrelacés, Auxquels on ne peut dire : « Assez. »

Ce qu'il faut à mon cœur sincère.

C'est une main d'ami qu'on serre Et qui vous répond : « A toujours 1 »

Et je sens mon âme assez saine Pour en arracher toute h^ne, Afin d'y mettre plus d'amours.

AVKIL, MAI, JUIN

xm

Oi j'avais pour amie, aux champs, une enfant brune, Mon Dieu! je pourrais être heureux à ma façon... Nous irions dans les bois, le soir, prendre leçon Du rossignol ému qui chante au clair de lune.

Le poète emplumé finirait sa chanson, Et jalouse, à son tour, ma belle en dirait une. — A l'heure de dîner l'on chercherait fortune. Et nos doigts rougiraient aux mûres du buisson.

La gourmande voudrait boire le lait des fermes. — Si la chaleur qui monte invitait au sommeil, Ma tête poserait sur des seins ronds et fermes...

Bien longtemps!... Il ferait nuit bleue à mon réveil.

Nous irions épiant jusqu'au matyi vermeil

Le secret de cette heure où tressaillent les germes.

L'autre jour, je marchais songeur dans une foule, Et je vins à penser que si, de mon scalpel, J'ôtais à tous ces cœurs le vêtement charnel. Je verrais la scorie épaisse au fond du moule:

Les pores ténébreux où s'infiltre le fiel. Les blessures par où l'espérance s'écoule; — La mer intérieure où s'engouffre la houle, Sans phare à l'horizon, sans étoiles au ciel.

Et puis je réfléchis qu'il n'est pas bien utile De fouiller dans la chair et de percer les os. Pour lire couramment le livre de nos maux;

Et soudain, me tirant de mon rêve futile, Je relevai la tête et lus sur chaque front Le sillon d'une haine, ou le pli d'un affront.

^ ar. LECOIITE 'DE LISLE*

Las du chœur énervé des modernes guitares, Des rythmes langoureux sur papier satiné, Et des Muses de joie au chant efféminé, Le poète écœuré remonte aux temps barbares.

Sa dédaigneuse main presse le cuir tanné

Des chefs aux longs cheveux, muscles durs, mœurs bizarres.

Sa voix mdle s'essaye aux sauvages fanfares,

Qui sous les sombres bois de Gaule ont résonné.

* Poésies barbares, 1863.

Il entonne le chant des moines fanatiques Dont le rêve a percé les voûtes de l'enfer, Et qui sentent leur poil se dresser sur la chair;

Ou, dans la fauve horreur des flores exotiques. Parmi les jaguars prompts qui rôdent à pas lents. Va s'enivrer, la nuit, de parfums violents.

AVXtL, MAI, JUIN ))

Ji tu le voulais, nous ferions, ma clicre,

Un joli tissu de jours radieux,

Et j'habillerais ma Muse légère

Avec les rubans qui te vont le mieux.

Tu me garderais, pour moi seul, tes yeux, Tes bras, — ton mauvais petit caractère, Afin de me faire un retour jeyeux Lorsque je reviens de mon ministère.

Nous irions au bois (les jours de gala), A tous mes amis je dirais : « Voilà 1 » Et je marcherais le poing sur la hanche.

Mais l'amour, hélas! est un monstre ailé, Qui met son bonheur à changer de branche. On croit le tenir: il est envolé.

TiOUQUETIÈ'liE

FIeine, rieur malade, aiinoiice quelque part Que ses frères et sœurs ont un air de famille: « Beaux souvent: mais au coin de la lèvre frétille « Une ligne équivoque, — un tout petit lézard!... »

Toi qu'on fait préluder au mal, petite fille!

En Tendant ces bouquets qu'on t'offrira plus tard,

Une (;»usse innocence éclaire ton regard;

Dans tes grands yeux malins trop de science brille !

j6 AVRIL, MAI, JUIN'

Oui 1 comme tu venais de m'aborder, un soir. Dans un pli de ta joue étroite, je crus voir D'un précoce lézard se dessiner la queue...

Tu riais, et ta main, que le froid rendait bleue, Me tendait en tremblant un bouquet, — que je pris Pourquoi donc cette ligne étrange quand tu risî.

^4 ÏM^i'nE-SCOISELLE 'DEL^HAYE

V>'ltait, je ne sais où, dans le siècle dernier, Au temps du carnaval. Donc un beau soir. Voltaire, Ayant pris de café plus que son ordinaire, Trouva ce joli rien dans son aigre encrier.

Le marmot est charmant. Pourquoi le renier? Je t'aime, ô vieux baron, gan.iclie héréditaire, Et ta fille, qui chasse aux hommes, — sans mystère. Et s'endort en priant Dieu de la marier.

Agnès au demeurant... L'autre se laissait prendre Son ruban. Celle-ci vous l'offre. A qui le tendre? Comte, le voulez-vous? Chevalier, le voici...

L'orchestre tout entier rit comme un vieux satyre. Voyez-vous le danger, et comme Agnès s'en tire? Son aplomb sauve tout, — et sa candeur aussi.

(Z.C Coiiile lie Boursoufle, i" rcpr.)

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