‹ ŒuvresChapitre 51 sur 58 · SAGESSE O'K.IE'KT^LE · texte numérisé non relu

SAGESSE O'K.IE'KT^LE

L'un à l'ivresse des festins, Oublieux du reste, se livre:

L'autre, en quête de grands destins, Met plus haut sa raison de vivre;

Ec tandis que l'ambitieux S'en va cherchant la renommée Et mène grand bruit sous les cieux.

Un autre dit: Gloire, fumée.

LIS SOlkS ))S

A quoi bon lutter tout le jour Ht p.41ir et veiller sans trêve?

La gloire ne vaut pas l'amour 1 L'action ne vaut pas le rêve I

Le sage dit : Aimer, souffrir.

Endormant les plus fiers courages.

L'amour à l'âme semble ouvrir Un paradis plein de mirages ;

Mais de ce paradis vermeil Plus sombre, hélas 1 l'âme retombe:

L'amour ne vaut pas le" sommeil I Et le lit ne vaut pas la tombe 1

336 A MI-COtE

LES T^iL^IS 'DE FLOXE'KCE

r RÊs de l'arc délié de ses loges, Florence

Montre de grands palais d'une sombre apparence;

Carrés, noirs, sans balcons et sans reliefs sculptés.

On sait bien que jadis des hôtes redoutés

Les emplirent de vie opulente et de fêtes ;

Mais, bien qu'amples, on sent les fenêtres peu faites

Pour laisser transpirer de la joie au dehors.

Ces maisons, se fermant de murs discrets et forts.

Belles solidement, se voulaient surtout sûres ;

Et, pour tous ornements, on voit aux encoignures,

LBS SOIRS ))7

Sur leurs tiges qu'en vain secoua maint hiver, Veiller rigidement des lanternes de fer Très saillantes, et dont le sommet s'environne De dards aigus formant une haute couronne: Fleurs bizarres d'un goiit dur et seigneurial ! Mais ce qui rend surtout leur abord glacial, C'est la façade haute et sur tous les étages Répétant la rondeur égale des bossages Comme les dos pressés de boucliers nombreux... — Édifices d'aspect farouche! L'un d'entre eux Surtout étonne l'œil de sa morgue inouïe : Car la roy.ile ampleur de ses ailes s'appuie Sur des fondations massives, dont les blocs Informes ont gardé r.aspérité des rocs.

Tels, en mer, les travaux cyclopéens des digues.

Puissants palais, b.itis par des riches prodigues I C'est que vos murs aussi, quoique loin de la mer. Furent l'amer défi dans le tumulte amer. Et continrent souvent ces vagues trop tôt lasses Que soulève l'assaut vengeur des populaces.

L'OVBLI

A A I. P II O K S K D A t D E T

O'iL faut, pourboire un jour au bienheureux calice Promis par Christ à ceux qu'il reconnaîtra siens, Que rien ne reste en nous des soucis anciens. Et que du seul amour divin l'âme s'emplisse;

Si d'égoïsme, ô cieux ! est fait votre délice, Tandis que les damnés en d'amers entretiens Se rappelleront, eux, nos terrestres liens. Et par nous souffriront leur plus affreux supplice ;

Plutôt que de sentir m'échappcr i jamais

Le regret douloureux des yeux clos que j'aimais,

Dont je dispute au temps la lumière afTaiblic,

Plutôt que de céder mes larmes, ce trésor,

Mon amour révolté préférerait encor

L'enfer, qui se souvient, au ciel où l'on oublie!

LE HEPOS

A ARMANI) S I I. V K S T R E

ri ORS du wagon poudreux, pour aspirer l'air pur, Parfois un voyageur se penche à la portière Et soudain se retire, apercevant le mur Bas et crépi qui garde un étroit cimetière;

Un étroit cimetière où l'on sent que les morts Sont au large, couchés sous les croix espacées, Et dont les verts cyprès mettent comme un remords Dans la sérénité molle de ses pensées...

Cet aspect grave, au lieu des gais tableaux mouvants Que cherchait son regard, le génc. Chose impie, Qjic, pour tracer plus droit leur route, les vivants S'en viennent côtoyer cette foule assoupie I

Mais l'arJciit tourbillon de poussière et de bruit Ne réveille pas un de ces dormeurs; il passe. Leur immobilité fait songer et poursuit Ceux qu'une fuite aveugle emporte dans l'espace.

Le grand repos des morts dit aux voy.igeurs las: « Frères impatients, pourquoi courir si vite? « Sans tant de h.ite vaine et de fatigue, hélas I « N'arrivcrez-vous pas au but que nul n'évite ?

« Q.UC le Destin vous lue en route, ou qu'à vos grés « Il vous laisse vaguer d'un bout du monde à l'autre, « La pLice importe peu ! bientôt vous dormirez, « Comme nous, d'un sommeil aussi lourd que le nôtre. »

Et lui, le voyageur, pourrait dire à son tour:

« Sédentaires amis, certes, je vous envie

« Pour n'.^voir pas connu l'amer et vain séjour

« Des villes, dans la mort non plus que dans la vie.

n Q.uand nos yeux seront clos et rompus nos genoux R A force de soufîrir et de lutter sans trêves, « Qui sait si seulement notre sommeil, à nous, « Ne sera pas fiévreux et plein de mauvais rêves ?

« Et de même que dans nos faubourgs populeux

« Nous allons, coudoyés par la foule des rues,

« Nous subirons encore, à l'ombre des ifs bleus,

« La promiscuité funèbre des cohues.

« Tandis que vous avez chacun, sûrs d'y rester, « Six pieds de terre au moins d'où nul ne vous évince, « O vous dont le sommeil profond semble ajouter « Â la paix du tombeau la paix de la province I »

LBS SOIRS )4)

•PO'KT 'DE aCE%

v-TiUX dont an désir âpre a fouetté sans trêve La vie, — aventuriers, conquérants ou bandits, - Dont l'action tenta les courages hardis Et que n'engourdit point l'oisiveté du rêve,

Ceux-là, je les envie 1 Ils ont, de grève en grève Poursuivant le mirage heureux des paradis, Trouvé dans leurs projets chaque jour agrandis, S;ins y penser, la fin de leur carrière brève.

Et moi, que longuement ronge un regret amer, Habitant sédentaire et vieux d'un port de mer, Je m'en vais, regardant les vagues balancées.

Sur les quais encombrés d'un confus appareil. Parmi les agrès noirs qui fument au soleil, Pour aspirer l'odeur des grandes traversées.

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LE 'BL^STHÈME

A CAMILLE PKLLKTAN

Visible affreusement dans le courroux des mers, C'est bien toi, Poséidon! que brave en mots amers Ajax, le noir trident suspendu sur sa tête. Prométhée, appelant la foudre qui s'apprête, A vu Zeus se dresser et les cieux obscurcis Trembler au froncement des terribles sourcils : Et c'est pourquoi nul temps n'effacera la gloire De ces défis gravés dans l'humaine mémoire. Il faut être croyant pour affronter les dieux. Pour nous, las de créer des tyrans odieux

Et de voir l'Injustice en eux toute puissante,

Au lieu de provoquer leur providence absente,

Nous les avons niés : et le grand ciel béant

S'est fait vide, et les dieux sont rentrés au néant.

A ses noirs cauchemars l'Humanité ravie

Se rendort dans le songe apaisé de la vie ;

Le tombeau plus clément s'ouvre au mortel lassé.

— Seul, le poète pense aux effrois du passé

Et parfois rêve, épris des âmes révoltées,

La grandeur du blasphème interdite aux athées.

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SÉVULTUliE

Oi froide je te veux, ô tombe! que la couche Solitaire où je vais m'étendre sur le dos Éteigne enfin la fièvre ardente de mes os, La fièvre qu'alluma le baiser de sa bouche I

Si sourde, que jamais de complices échos Ne vibrent jusqu'à moi du sol que son pied touche; Et que jamais n'arrive à mon sommeil farouche La voix par qui ma vie a perdu le repos !

Si noire je te veux, que les bonnes ténèbres

Soient un asile sûr à mes songes funèbres

Contre les doux yeux bleus où naquit ma rancœur!

Si profonde, surtout, qu'une larme glacée, Jamais, perçant la dalle et la terre entassée, Ne filtre, corrosivc, et ne me brûle au cœur !

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COTISEIL

\y faible cœur humain qui doutes et qui pleures, Ainsi que tes effrois tes espoirs sont des leurres 1 Après le cauchemar des longs siècles soufferts, Tu refuses enfin de croire à des enfers; Et tu n'as plus l'angoisse horrible des géhennes Où le Dieu du passé perpétuait ses haines. Rejette encore, avec ces vieux rêves maudits, Le mirage non moins cruel des paradis; Repousse, quelque émoi que leur nom seul te cause, Tout vague espoir de vie ou de métempsycose;

Songe aux tourments passés; songe au peu que promet A la foi des croyants Jésus ou Mahomet; Froidement, sans céder à tes désirs complices, Scrute l'appât grossier de ces vaines délices ; Songe que tous les biens que l'on pourrait t'offrir Ont leurs maux; que penser ne va pas sans souffrir; Et que les mêmes lois, pour la brute ou pour l'ange Mêlent à l'existence une misère étrange. Connais que ton recours unique est le trépas ; Que tant que tu battras, ô cœurl tu n'auras pas De repos avec tes douloureuses chimères. Le bien, le beau, le vrai : vains mots, sources amères De pleurs! et que, dans tout, le seul apaisement Te viendra du final anéantissement.

Si la Mort froide à ton illusion première.

Ainsi que l'ombre aux yeux épris de la lumière.

Fait horreur, prends courage : incline-toi souvent

Sur la nuit vaste où dort tout ce qui fut vivant.

Que le vertige en toi cède à la raison ferme ;

Sens-y croître, d'abord faible et sourd comme un germe,

Puis seul, et remplaçant toute soif, toute faim,

L'appétit furieux des ténèbres sans fin ;

En sorte que ta peur folle de ne plus vivre

A la longue devienne un espoir qui t'enivre,

Et que chaque sommeil t'invite, précurseur

Du sommeil de la tombe en sa noire douceur.

LIS SOIHS )5I

L'ÉTIT^4'THE

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