L'^UTEU'R. 'DE FA'H.TASIO
L'an s quels jardins royaux et vastes, dans quel parc Fais-tu vivre et mouvoir tout un monde fantasque? Qjuel plumet plantent donc tes sbires à leur casque? Où donc tes francs-archers ont-ils taillé leur arc?
Tes podestats bourrus, est-ce devant saint Marc Que tu les fais danser à ton tambour de basque? D'où vient à Célio cette batte et ce masque? Cette pipe allemande à l'étudiant Spark?
Tes princesses, tes fous, tes bravi, tes grisettes, Tes vieux tabellions, tes nonnes, tes marquis, Où donc ont-ils caché leur Éden reconquis?
Que de cris! que d'éclairs! et que de pirouettes! Dieu t'a-t il envoyé chez nous, rêveur exquis. Distraire nos ennuis à tes marionnettes?...
AVKtL, MAI, JUIN 4X
D^rni
iVliDi, volcan fécond, roule sa lave blanche. L'air, ce bavard, se tait; reine des lieux croupis, La grenouille est muette; on entend les épis Crier; l'herbe tressaille, et de langueur se penche.
Le soleil fait des ronds .i travers chaque branche. Les bœufs, gros yeux songeurs, ruminent accroupis. La jeune fille alerte, et le poing sur la hanche. Apporte le dîner aux hommes assoupis.
Pas d'ombre : la couleur de toutes parts ruisselle. L'eau devient de l'argent, la fleur une étincelle; La vie à pleins rayons pénètre dans mes os;
Et je demeure là sans parole et sans geste. Et dans l'azur doré de l'Océan céleste, Rêveur audacieux, je campe des héros.
AVKIL, MAI, JUIN 4)
KE'KOUyE^U
«J'avais promis d'être bien sage, Et de ne plus toucher au feu; J'avais, selon l'antique usage, Dit en vers à mes vers adieu.
On n'est pas en voix quand il pleut.
Pendant un mois, et davantage, Je m'abstins de tout commérage Avec la lune et l'oiseau bleu ;
La Musc, frileuse hirondelle.
S'était enfuie à tire-d'aile.
Avril, complice des amours,
M'a ramené mon adorée,
Et j'ai sur sa lèvre pourprée
Fait des serments d'aimer toujours.
SOI%S 'DE juin..
L,\ chaleur, tout le jour, dans l'abri du boudoir, lùifenne et fait languir les belles abattues Q.iii, l'éventail en main, soupirent nii-vétues... Enfin l'ombre s'étend, et gagne... C'est le soir.
Voici venir ton heure, ô volupté qui tues! Le parfum des tilleuls embrase l'air. — A voir Ces flottantes blancheurs dans le feuillage noir, Tressaille-t-il aussi, le marbre des statues?...
Tout subit tes frissons, magnétique Vénus!
Et comme, deux par deux, ce ne sont pas des marbres
Qui s'enfoncent, furtifs, derrière ces grands arbres,
Phœbé verra bientôt s'enlacer des bras nus. Et le feu des baisers s'allumer sur des lèvres Dont cette courte nuit n'éteindra pas les fièvres!...
AVXIL, MAI, JUIN 47
CHED^l'H. CREUX
irfE sentier est rugueux comme la poésie U'uti poète ignorant et sevré d'ambroisie. Le talus qui le borde est éventré : son flanc, Ouvert, épanche à flots un sable fin et blanc.
Un artiste peut seul avoir la fantaisie
D'y venir fatiguer son loisir indolent.
Un travailleur bronzé chemine d'un pas lent,
Par cette route rude et qu'il n'a pas choisie.
Des pins, graves géants au feuillage serein. Se dressent forts, ainsi que des piliers d'airain, Des deux côtés, versant leurs acres aromates.
De l'ombre vaste et chaude, un mystère profond. Au premier plan, des bruits, des parfums, et pour fond Le doux éloignement des grandes routes plates.
Bien
LES G'H^-i'NJDES 'D^iXCES
Lia femme, vieille ou jeune, a-t-ou dit, laide ou belle, Jette sa poudre aux yeux du naïf écolier; Pour l'éblouir il faut peu de chose : un collier, Une mule en satiu, des jupes de dentelle...
La vanité le grise et lui fait oublier.
Disent les vieilles gens, la chose essentielle...
— Va toujours. Chérubin ! va, ta marraine est belle,
Ht le dédain des vieux ne peut t'humilier.
— Faites cas, positifs, des filles d'antichambre: Mais laissez-lui rêver, à ce fol entêté, Un idéal de goût, de gnice, de beauté!
Laissez-lui préférer la taille qui se cambre.
Les tant petites mains, et le doux parfum d'ambre,
Et le luxe qu'il faut à cet enfant gàtél...