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et se giiermentoit durement ^ Mais de ce riens ne kiy valloit, et de niiUi n'estpit secourue : car les seigneurs du pays pas n'avoient la force ne le hardement de durer contre le géant. Tant qu'à chief de pièce, le chevalier faé aux vermeilles connoissances, qui tout oit, tout sçait et tout peut , a ouy de loin les piteux cris de la chetive, dont fut fort dolent etcourcé en son cœur. Car il aime la pucelle par bonne amour, et sans vilenie, seulement pour la frc^nchise d'elle garder, et d'autrefois de tels meschiefs l'a délivrée. Iceluy en donna tantost avis à l'invincible chevalier qui porte d'azur à trois fleurs d'or % qui de longtemps a pris la damoiselle en sa garde. Ces deux ne purent pas tirer celle part, pour estre cettuy point embesognez en une grosse guerre, qu'ils menoient dans le pais, qui autrefois appelé estoit la Sylve Carbonniere, et maintenant communément est dit le païs de Flandres: si qu'ils avisèrent entre eux par bon conseil de mander à ce secours un preux et belliqueux chevalier, qui de tel hardement pst, que oncques cliose, tant dangereuse pust estre, ne luy sembla difficile à mener à lin. Cettuy de tous est nommé Harcuriel des Isles périlleuses % et a esté ainsi appelle pour un moult grand fait d'armes qu'il fit en un païs de mer, si périlleux et si estrange, qu'à toujours niais en sera faite men-
' Var. Se demenoil, se détordant et guermentaut durement, comme celle qu'à grand meschief estoil.
* Le roi de France.
3 Le comte d'Harcourl, qui avait repris, à la tête de l'armée navale, les îles de Saint-Honorat et Sainte-Marguerite, en Pro-
lion. Iceluy, à toute la cavalerie que pour lors put trouver, alla donner sur l'ost du géant ^ qui mie no s'en doutoit. Là y eut moult caveuse et cruelle bataille: si que l'on dit, que depuis l'assemblée qui se fit entre Sidrac et Tantalon, au couronnement du roy Gadifier, onc on ne vit de si hautes prouesses exploiter, si grands coups d'espée ruer, ne si beaux coups de lance ferir. Au desfiniment, la desconfiture tourna sur les gloutons, et contrariété advint au géant, qui combattit à tel meschief, que toute sa mesgnie fut mise à occision, et luy tellement atourné, que les maistres qui l'ont veu dient qued'huyen un an ne sera en estât d'armes porter, et que de moult grand temps n'aura talent de damoiselles vilener, ne leur faire outrage. Or, beaux seigneurs, à Dieu vous command', qui vous doint pareille fortune, et suis le tout vostre,
VOITURIO.
1. — MÉTAMORPHOSE DE LUCINE EX ROSE. (Pour madame la marquise de Rambouillet'. )
Dans l'enclos des sept montagnes qui ont si longtemps fait trembler toute la terre, naquit une Nymphe dont le vsoleil fut amoureux, et que les dieux et les hommes aimèrent également. Elle eut un corps foible, mais parfaitement beau, une sagesse divine et une conduite merveilleuse. Vénus, qui lui voulut mal à cause de sa beauté, et pour ce qu'elle se jugeoit être moins honorée d'elle que les autres déesses, entreprit sur sa vie. Mais Phébus la sauva, la changeant en une fleur, qui est encore aujourd'hui, comme elle, la plus belle et la plus délicate de toutes les choses créées. Le ciel et la terre se réjouissent de la voir. Elle est le soleil des fleurs, comme elle l'étoit autrefois des beautés. Elle porte la livrée de la pudeur et de la chasteté, et s'est réservé cette propriété, qu'encore aujourd'hui elle met en bonne odeur toutes celles qu'elle accompagne. Non plus qu'autrefois, elle ne désire pas qu'on l'approche. Elle s'arme d'épines pour s'en défendre, et il est aisé à juger qu'elle n'aime pas qu'on la touche.
' Mss. de Conrari, t. X, p. G03.
Elle se lient enfermée les trois parts de l'année. L' extrême chaud et l'extrême froid la blessent ' ; et l'on ne la voit paroitre qu'au printemps.
2. — MÉTAMORPHOSE DE JULIE FN DIAMANT. (Pour madame la marquise de Montausier'.)
En la partie du monde où le soleil se lève, et où le ciel engendre les pierres précieuses, na(iuit, par un miracle, une Naïade la plus accomplie que les dieux eussent jamais faite : et la mer n'avoit jamais rien vu de si beau, non pas même le jour qu'elle fit naître Vénus. Neptune, pour l'amour d'elle, donna de la jalousie à Thétis et à toutes les nymphes de l'Océan. Mais lassé de ses mépris , il la changea en une pierre que les Grecs appellent unique, ou diamant. Comme elle fut incomparablement belle, d'un esprit divin, insensible, opiniâtre et impérieuse, cette pierre a une beauté qui efface toutes les autres , un feu qui semble venu du ciel; elle ne se peut rompre par nulle force; elle résiste au fer et au feu, et elle monte jusque sur la tête des rois. Comme elle fut aimée de tous ceux qui la connurent, les grands et les petits l'aiment encore, et elle est désirée de tout le monde. Enfin, le ciel et la
' L'anlipalhie de la marquise de Rambouillet pour le feu ne lui vint que plus lard. 11 est fort probable que la belle Arthénice voulut lutter par le froid contre la disposition de son teint à se couperoser. Or ce teint avait été merveilleux de fraîclieur ; mais peu à peu il s'était enluminé, au point qu'on appelait M,„e de Rambouillet le lion de la cour, parce qu'elle était toujours rouge. Talleraant, dan» le* //w/omWe*, soulève le voile (Comte de Labordc, ie Palais Muzurin).
' }h'i. de Conrart, t. .N, p. GOi.
270 LKJTKKS DE VOlilKt;.
Ifci'ic ne l'ont rien de si parlait, et les honnnes ne connoissent aucune chose de si grand prix.
3. — MÉTAMORPHOSE DE LÉONIDE EN l'EHLE. (Pour mademoiselle Paulet',)
En la forêt d'Érimanllie fut jadis une Oréade, qui, dès son enfance, fut exposée aux bêtes sauvages, et allaitée et nourrie par elles. Elle eut un visage humain, un esprit divin, et une âme très-farouche. L'aniôurne servit jamais personne si bieii qu'elle, et jamais il n'eut une plus grande ennemie. Elle tuoit tout cG <|u'elle fegardoit, et en peu de temps elle fit plus de meurtres que les ourses et les lionnes qui l'avoient nourrie. Mais les dieux offensés de ses cruautés voulurent sauver les hommes qu'elle alloit détruire, et la changèrent en perle, qui garde encore la netteté de son teint et la blancheur dont elle obscurcissoit toutes choses. Toutes les autres pierres de prix se marient avec l'or. Celle-ci seule se passe de lui, et ne s'allie qu'avec ses compagnes. C'est l'ouvrage le plus poli et le plus agréable que le ciel fasse. Mais elle retient toujours quelque chose de sa première férocité : car nous voyons qu'encore les perles se jettent à la gorge des personnes qui se veulent servir d'elles, et ne se peuvent résoudre que dans le vinaigré, pour la sympathie qu'elle eiit autrefois avec lui.
' M-ss. dé Conrart ; t. X, p. 605. On trouve à la suite une pièce dé Chapelain, intitulée Mélamorphose d'Angélique en lionne^ C'est celte pièce à laquelle il est fait allusion dans la lettre 147 do Voiture. Voyez t. 1, p. asi.
IMECKS DIVERSES. ^71