‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 125 sur 151 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

Mais vous, de ses désirs unique et belle reine. Où cette âme se plaît comme en son paradis. Faites qu'elle retourne, et que je la reprenne Sur ces mêmes œillets, où lors je la perdis.

Je confesse ma faute, au lieu de la défendre; Et triste, et repentant d'avoir trop entrepris. Le baiser que je pris, je suis prêt de le rendre. Et me rendez aussi ce que vous m'avez pris.

Mais non, puisque ce Dieu, dont Tamorce m'enflamme, Veut bien que vous l'ayez, ne me le rendez point; Mais souffrez que mon corps se rejoigne à mon âme. Et ne séparez pas ce que nature a joint.

(Sur le môme sujet.)

Lorsqu'avecque deux mots, que vous daignâtes dire. Vous sûtes arrêter mes peines pour jamais. Et qu'après m'avoir fait endurer le martyre. Vous m'ouvrîtes les cieux et me mîtes en paix :

Mille attraits, dont encor le souvenir me touche. Couvrirent à mes yeux votre extrême rigueur; Tous les charmes d'amour furent sur votre bouche, Et tous ses traits aussi passèrent en mon cœur.

Vous prîtes tout à coup une beauté nouvelle. Toute pleine d'éclat, de rayons et de feux. Bons dieux ! ah! que ce soir mes yeux vous virent belle ! Et que vos yeux ce soir me virent amoureux!

Le pasteur qui jugea les trois déesses nues, Ne vit point à la fois tant de charmes secrets.

De divines beautés, de grâces inconnues, Que j'en vis éclater en vos moindres attraits.

Je crois qu'en ce moment la reine de Cythère Sans pas un de ses fils se trouva dans les cieux; Et que tous les amours abandonnant leur mère, Étoient dedans mon âme, ou bien dedans vos yeux.

Ils brilloient dans vos yeux, et brûloient dans mon amc. Perçant d'un si beau feu les ombres d'alentour. Que je vivois heureux, au milieu de la llammeî Et que j'avois de joie, aussi bien que d'amour!

Depuis, ils ont toujours gardé la même place. Admirant vos beautés et mon extrême foi; Et quoi que vous fassiez, Aminte, ou que je fasse, Je les vois tous en vous, et je les sens en moi.

Eux qui faisoient brûler le ciel, la terre et l'onde, Avecque tous leurs feux embrasent mon désir. Et laissent en repos tout le reste du monde. Pour me faire la guerre avec plus de loisir.

Tandis qu'ils vont doublant mes peines rigoureuses. Tous les autres captifs ont du soulagement; Et l'air n'est plus troublé de plaintes amoureuses, De pleurs, ni de regrets, que par moi seulement.

Écho ne languit plus d'une flamme inutile ; Daphné ne brûle plus le bel astre du jour; Et si le cours d'Alphée est encore en Sicile, Ce n'est que par coutume, et non pas par amour.

Diane aux yeux de Pan n'a plus rien d'estimable ; Neptune n'aime plus les nymphes de la mer; Et conmie en l'univers vous êtes seule aimable. Je suis le seul aussi qui sache bien aimer.

Sur sa maîtresse rencontrée en habit de gardon, un soir de Carnaval '.)

Je sens au profond de mon âme Brûler une nouvelle flamme.

Et laissant les autres amours Qui tenoient mon âme en altère.

J'aime un garçon depuis trois jours.

Plus beau que celui de Cythère.

Si le but de cette pensée A ma conscience oflensée.

J'en ai déjà le châtiment :

Car le feu qui brûla Gomorrhe Ne fut jamais si véhément Que celui-là qui me dévore.

Mais je ne crois pas que Ton blâme L'amoureuse ardeur dont m'enflamme Le bel œil de ce jouvenceau; Ni qu'aimer d'une amour extrême Ce que Nature a fait de beau Soit un péché contre elle-même.

Un soir que j'attendois la belle Qui depuis deux ans m'ensorcelle , Je vis comme tombé des cieux Ce Narcisse, objet de ma flamme ; Et dès qu'il fut devant mes yeux.

Je le sentis dedans mon âme.

Sa face riante et naïve Jetoit une flamme si vive.

Et tant de rayons alentour,

Anlcrieurc à 1633. Voyez t. I, p. 115.

Qu'à l'éclat de cette lumière Je doutiii que ce fût T Amour Avecque les yeux de sa mère.

Mille fleurs IVaîchement écloses.

Les lis, les œillets et les roses Couvroient la neige de son teint.

Mais dessous ces fleurs entassées.

Le serpent dont je fus atteint Avoit ses embûches dressées.

Sur un front blanc comme Tivoire, Deux petits arcs de couleur noire Étoient mignardement voûtés; D'où ce Dieu qui me fait la guerre, Foulant aux pieds mes libertés.

Triomphe sur toute la terre.

Ses yeux, le paradis des âmes.

Pleins de ris, d'attraits et de flammes, Faisoient de la nuit un beau jour :

Astres de divines puissances.

De qui l'empire de l'amour Prend ses meilleures influences.

Surtout il avoit une grâce.

Un je ne sais quoi qui surpasse De l'amour les plus doux appas.

Un ris qui ne se peut décrire.

Un air que les autres n'ont pas.

Que l'on voit, et qu'on ne peut dire.

Parmi tant d'ennemis rendue.

Ma liberté mal défendue Fut sous le joug d'un étranger; Mon cœur se rendit à sa suite.

Et dans le fort de ce danger Mu raison se mit à la fuite.

Sans le connoître davantage.

Ma volonté lui Ht hommage De tout ce qu'elle avoit en main ; Mais du méchant Tâme inconstante Me trompa dès le lendemain.

Et me frustra de mon attente.

Plein de dépit et de colère.

Soudain je m'en devois défaire.

Apprenant par cette leçon Qu'il n'avoit point d'arrêt en l'âme, Et que, sous l'habit d'un garçon.

Il portoit le cœur d'une femme.

Toutefois, malgré cette injure.

J'en pris un plus heureux augure ; Et je n'eusse pu croire alors Que le ciel dont il fut l'ouvrage.

Sous le voile d'un si beau corps.

Eut mis un si mauvais courage.

Mais sa malice découverte S'est reconnue avec ma perte.

Car depuis on ne l'a pu voir : Le perfide a gagné la fuite.

Tenant mon cœur en son pouvoir.

Avec ma liberté séduite.

Gagné d'une sorcière tlamme, J'avois mis les clefs de mon âme En la garde de ce voleur ; Mais d'une malice funeste.

M'en ayant ravi le meilleur, 11 mit le feu dedans le reste.

Mais je l'aime, et quoi qu'il fasse.

Je voudrois revoir cette face.

Ce chef-d'œuvre tant estimé.

Où le ciel tout son mieux assemble; Et depuis j'ai toujours aimé Une fille qui lui ressemble.

Avec les traits de son visage Elle a sa taille et son corsage, Sa voix, son port et sa façon.

Son doux ris, son adresse extrême ; Enfin, sous l'habit d'un garçon.

Je l'aurois prise pour lui-mpme.

Ses yeux savent les mêmes charmes; Elle use de pareilles armes Avec tous les mêmes attraits; Et crois, tant elle lui ressemble.

Qu'elle lui touche de bien près.

Et qu'ils sont alliés ensemble.

Elle connoît bien, la méchante, La cause du mal qui m'enchante Et qui me retient en langueur; Et sans doute elle pourroit dire Quelque nouvelle de mon cœur.

Et de celui qui le retire.

Car, sans avoir d'autre apparence.

Je jurerois en assurance, A voir son visage assassin Et son œillade cauteleuse.

Qu'elle a sa part en ce larcin.

Et qu'elle en est la receleuse.

Amour, petit dieu qui disposes Du règlement de toutes choses.

Et qui fais entendre tes lois Par toute la machine ronde.

Fais-moi justice à cette fois.

Toi qui lais droit à tout le monde.

Fais-moi raison de Tinhumaine Qui retient mon cœur à la gêne, Sans espérance d'avoir mieux ; Mais surtout ne vois pas la jjelle :

Car si tu regardes ses yeux, Je sais que tu seras pour elle.

La mauvaise me tient ravie Mon âme, mon cœur et ma vie :

Car chez elle se vint sauver Le voleur de cette dépouille; Mais j'espère tout retrouver, Si tu permets que je la fouille.

Vin.

(Pour Minerve en un ballet'.)

Vous qui chassiez de votre cour Toutes les mollesses d'amour.

Et les feux dont il se conserve , D'où vous sont ces attraits venus?

Et depuis quand, belle Minerve, Avez-vous les yeux de Vénus?

Les Grâces qui suivent toujours

La douce mère des Amours,

Vont à vous comme à la plus belle ;

Même ce dieu qui sait voler.

S'il vous voyoit mise auprès d'elle.

Ne sauroit à laquelle aller.

Si vous eussiez eu ces appas.

Lorsque vous vîntes ici-bas Vous faire voir aux yeux d'un homme.

Sans quitter le séjour des cieux,

' M'"e de Salntot (T,).

Vous eussiez rem porté la pomme.

Au jugement de tous les dieux.

Vos charmes ont plus de pouvoir.

Que ceux que nous venons de voir Dans Tenchantement d'une coupe ; Ils sont bien plus forts et plus doux, Et je ne sache en cette troupe D'autre enchanteresse que vous.

Cette Circé, dont les démons Aplanissent l'orgueil des monts, Qui remplit la terre d'alarmes Et renverse l'ordre des cieux, A dans ses livres moins de charmes Que vous n'en avez dans vos yeux.

Elle peut le monde troubler.

Elle fait les astres trembler.

Et bride le cours de la lune ; Mais vous, d'un pouvoir sans pareil.

Dans le milieu de la nuit brune.

Vous nous faites voir un soleil.

Mille rayons ensorcelés Sortent de vos yeux étoiles, Qui percent sans faire ouverture; Et redoutée en toutes parts. Vous faites branler la nature.

Par le moyen de vos regards.

Aussi faudra-t-il désormais Qu'elle vous cède pour jamais :

Car, plus docte magicienne.

Vous méritez le manîment D'une autre verge que la sienne.

Et qui charme plus puissamment.

Je me meurs tous Jes jours en adorant Sylvie! Mais dans les maux dont je me sens périr,

Je suis si content de mourir.

Que ce plaisir me redonne la vie.

Quand je songe aux beautés, par qui je suis la proie De tant d'ennuis qui me vont tourmentant,

Ma tristesse me rend content.

Et fait en moi les effets de la joie.

Les plus beaux yeux du monde ont jeté dans mon âme Le feu divin qui me rend bien heureux;

Que je vive ou meure pour eux, J'aime à brûler d'une si belle flamme.

Que si dans cet état quelque doute m'agite. C'est de penser que dans tous mes tourments

J'ai de si grands contentements.

Que cela seul m'en ôte le mérite.

Ceux qui font en aimant des plaintes éternelles. Ne doivent pas être bien amoureux.

Amour rend tous les siens heureux.

Et dans les maux couronne ses fidèles.

Tandis qu'un feu secret me brûle et me dévore, J'ai des plaisirs à qui rien n'est égal,

Et je vois au fort de mon mal Les cieux ouverts dans les yeux que j'adore.

Une divinité de mille attraits pourvue

Depuis longtemps tient mon cœur en ses fers ;

Mais tous les maux que j'ai soufferts.

N'égalent point le bien de l'avoir vue.

(Pour M"»* trAîguillon.)

« La terre brillante de fleurs.

Fait éclater mille couleurs D'aujourd'hui seulement connues.

L'astre du jour, en souriant.

Jette sur la face des nues L'or et l'azur dont il peint l'orient.

t( Le ciel est couvert de saphirs.

Les doux et gracieux zéphirs Soupirent mieux que de coutume ; L'aurore a le teint plus vermeil.

Et semble que le jour s'allume D'un plus beau feu que celui du soleil.

« Les oiseaux aux charmantes voix, Mieux que jamais dedans ces bois, Se font une amoureuse guerre.

Sans doute, la troupe des dieux A quitté le ciel pour la terre.

Ou la divine Oronte est en ces lieux :

(( Oronte, dont les yeux vainqueurs Ont assujetti mille cœurs, Dont elle refuse l'hommage; Qui naissant a reçu des cieux Toutes les grâces en partage, Et les faveurs des hommes et des dieux.

« Par la force de ses attraits.

Ces vieux troncs, ces noires forêts, Ressentent l'amoureuse flamme :

Voyez ». I, p. 2i9.

Tout cède à des charmes si chers, Et ses yeux qui nous ôtent l'âme, D'un seul regard la donnent aux rochers. »

Ainsi sortant de Fontenay, Dedans le chemin de Gournay, Faisant des vers à Taventure, Suivant l'humeur qui Temportoit, L'insensible et le froid Voiture, Parloit d'amour, comme s'il en sentoit.

Les nymphes des eaux et des bois, Écoutant sa dolente voix, Ne purent s'empêcher de rire; Mais un Faune qui l'entendit.

Aux dryades se prit à dire :

« Possible est-il plus vrai qu'il ne le dit. »

(Pour M"e de Bourbon?)

Belle déesse que j'adore.

Ne pleurez pas si longuement ; Si les perles se font des larmes de l'aurore. Vous perdrez un trésor bien inutilement.

Ces larmes me rendroient trop heureux et trop riche

Si vous les répandiez pour moi :

Vous perdrez pour une babiche.

Des pleurs qui suffiroient pour racheter un roi.

Celle qui vous ressemble Jiormis qu'elle est moins belle, Et qui dedans le ciel s'appelle Du nom qui vous convient si bien,

Jette quelques soupirs de sa divine bouche.

Et pleure les matins en sortant de sa couche;

Mais c'est pour un amant, et non pas pour un chien.

STANCKS. 301

Si vous voulez pleurer comme elle, Il faut devenir moins cruelle :

Employez mieux votre amitié, Et pleurez sur tant que nous sommes; Mais d'une bizarre pitié Ne pleurez pas les chiens, vous qui tuez les hommes !

(A la louange d'un soulier d'une dame'.)

Moi, qui fut pris ce carême Et qui me vis au pouvoir D'un beau soulier jaune et noir.

Que j'aimois plus que moi-même.

Je suis maintenant en feu Pour un soulier noir et bleu.

Comme un criminel qu'on mène Où son destin Ta réduit, « A la Bastille conduit

Sortant du bois de Vincenne :

Ainsi mon cœur prisonnier Va de soulier en soulier.

Le pied, qui cause ma peine Et qui me tient sous sa loi. Ce n'est pas un pied de roi.

Mais plutôt un pied de reine :

Car je vois dans l'avenir Qu'il le pourra devenir '.

Sur ce beau pied la nature.

Admirable en ses cflets,

' Mme d'Aiguillon (T.). - Mss. de Conrart, t. X, p. 1075.

' Allusion au projet qu'avait formé Richelieu de marier sa nièce à Monsieur, après avoir fait rompre son niariage avec la princesse de Lorraine.

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