‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 126 sur 151 · II. 2G · texte numérisé non relu

II. 2G

A SU bâtir un palais De divine arcliiteclure, Où se trouvent tous les dieux Mieux logés que dans les cieux.

C'est un grand temple d'ivoire Plein de grâce et de beauté.

En quelque lieu marqueté D'une ébène douce et noire.

Qui sert en ce lieu si beau Comme d'ombre en un tableau.

Deux flambeaux incomparables, Plus brillants que le soleil, Par un éclat sans pareil Et des rayons favorables.

Rendent les lieux d'alentour Pleins de lumière et d'amour.

La nef de cet édifice

Est pleine d'un jour très-pur,

Mais le chœur en est obscur

Et fait par tel artifice.

Que les yeux les plus perçants

Ne pénètrent point dedans.

Tout ce que la terre et l'onde Produisent de précieux, Tout ce qu'on voit dans les cieux Et qui paroît dans le monde, Est fait imparfaitement Au prix de ce bâtiment.

Mais un personnage antique.

Parent de Nostradamus, M'a dit en termes confus , Que ce temple magnifique,

Pour être plus exhaussé, Sera bientôt renversé.

(Â une demoiselle qui avait les manches de sa chemise retroussées et sales'.)

Vous, qui tenez incessamment Cent amants dedans votre manche, Tenez-les au moins proprement Et faites qu'elle soit plus blanche.

Vous pouvez bien avec raison,»

Usant des droits de la victoire.

Mettre vos galants en prison.

Mais qu'elle ne soit pas si noire. ,.

Mon cœur, qui vous est si dévoty Et que vous réduisez en cendre.

Vous le tenez dans un cachot.

Comme un prisonnier qu'on va pendre.

Est-ce que brûlant nuit et jour.

Je remplis ce lieu de fumée , Et que le feu de mon amour En a fait une cheminée?

(Sur une dame dont la jupe fut retrousst'e en versant dans un carrosse à la campagne '.)

Philis, je suis dessous vos lois.

Et sans remède à cette fois

' Un jour que Voiture étoilà table à l'hôtel de Rambouillet, il fit ces vers pour une demoiselle du logis qui éloil vis-à-vis de lui (T.).

^ M»^- de Marniic?, qui épousa depuis le fils aîné du doc de

Mon âme est votre prisonnière , Mais sans justice et sans raison Vous m'avez pris par le derrière :

N'est-ce pas une trahison ?

Je m'étois gardé de vos yeux; Et ce visage gracieux Qui peut faire pâlir le nôtre, Contre moi n'ayant point d'appas, Vous m'en avez fait voir un autre De quoi je ne me gardois pas.

D'abord il se fit mon vainqueur.

Ses attraits percèrent mon cœur, Ma liberté se vit ravie ; Et le méchant, en cet état, S'étoit caché toute sa vie Pour faire cet assassinat.

Il est vrai que je fus surpris; Le feu passa dans mes esprits, Et mon cœur autrefois superbe, Humble se rendit à l'amour.

Quand il vit votre eu sur l'herbe Faire honte aux rayons du jour.

Le soleil, confus dans les cieux , En le voyant si radieux.

Pensa retourner en arrière.

Son feu ne servant plus de rien ; Mais, ayant vu votre derrière, Il n'osa pas montrer le sien.

En découvrant tant de beautés.

Les Sylvains furent enchantés;

Duras. C'est le bossu et l'aîné des Drancas (T.). Voyez aussi HiHorieiies, t. VllI, p. 222.

Et Z('phire, voyant encore D'autres appas que vous avez, Même en la présence de Flore, Vous baisa ce que vous savez.

La rose, la reine des fleurs.

Perdit ses plus vives couleurs; De crainte r(eillet devint blême.

Et Narcisse, alors convaincu, Oublia l'amour de soi-même Pour se mirer en votre eu.

Aussi rien n'est si précieux :

Et la clarté de vos beaux yeux.

Votre teint qui jamais ne change.

Et le reste de vos appas Ne méritent point de louange.

Qu'alors qu'il ne se montre pas.

On m'a dit qu'il a des défauts Qui me causeront mille maux :

Car il est farouche à merveilles; 11 est dur comme un diamant ; 11 est sans yeux et sans oreilles.

Et ne parle que rarement.

Mais je l'aime, et veux que mes vers Par tous les coins de l'univers En fassent vivre la mémoire.

Et ne veux penser désormais Qu'à chanter dignement la gloire Du plus beau eu qui fut jamais.

Philis, cachez bien ses appas :

Les mortels ne dureroient pas Si ces beautés étaient sans voiles.

Les dieux qui régnent dessus nous,

Assis là-haut sur les étoiles,

Ont un moins beau siège que vous.

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