‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 127 sur 151 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

(Pour M«'« du Vigean. )

La plus adorable personne Qui se trouve dans Tunivers^ Et pour qui le fils de Latone Ne feroit pas d'assez beaux vers, Aminte^ la gloire du monde , L'amour de la terre et de Tonde, De cet agréable séjour Occupe la place première.

Et le remplit d'une lumière Plus belle que celle du jour.

Les Amours sont à ses côtés , Sages, retenus et modestes, Avecque les désirs célestes Qui méprisent les voluptés :

Devant cette beauté sévère, Que le vice même révère , Ils n'oseroient paroître nus.

Et, n'ayant plus rien de profane, Ils la craignent comme Diane, Et la servent comme Vénus.

(A la reine Anne d^^utrichc^. ">,

Je pensois que la destinée, Après tant d'injustes malheurs,

' Ce n'est qu'un fragment ; le reste a été perdu.

- Celte pièce a été publiée pour la première lois en entier

Vous a justement couroniR'e De gloire, d'éclat et d'honneurs ; Mais que vous étiez plus heureuse, Lorsqu'on vous voyoit autrefois.

Je ne veux pas dire amoureuse; La rime le veut toutefois.

Je pensois que ce pauvre amour

Qui vous prêta jadis ses armes,

Est banni loin de votre cour.

Lui, son arc, ses traits et ses charmes ;

Et ce que je puis profiter

En passant près de vous ma vie.

Si vous pouvez si mal traiter *

Un qui vous a si bien servie.

par M. de Monmerqué {France littéraire, octobre 1833), d'après un manuscrit qu'il dit avoir appartenu à la marquise d'Huxelles. On n'en connaissait jusque-là que trois stances, imprimées dans les SfémoireS de M'"»-' de Motteville, et les additions de lieuchot , insérées dans son édition de Voltaire (t. XIX, p. 221 ). M""^ de Motteville raconte ainsi à quelle occasion elle fut composée : « Pendant le séjour de la reine à Ruel, un jour qu'elle se promenoit dans les jardins en calèche, elle remarqua que Voilure revoit en se promenant... La reine lui demanda à quoi il pensoit. Alors Voiture, sans beaucoup y songer, fit des vers burlesques à la reine, qui étoient plaisants et hardis. Elle ne s'offensa pas de cette raillerie ; elle les a trouvés si jolis, qu'elle les a tenus longtemps dans son cabinet » ( Mémoires, t. I, p. 181 ). M. de Monmerqué ajoute : « M""^ de MoUeville, qui tenait cette pièce de la reine, aura cru devoir retrancher ce qui portait une teinte de galanterie un peu trop prononcée. Tallemanl, l'homme aux anecdotes, nous apprend qu'au moment où Pinchcne présenta les œuvres de son oncle à la reine, celle princesse les parcourut rapidement, paraissant craindre d'y rencontrer ces vers. Une publication indiscrète aurait peutêtre fait supprimer l'édilion. «Depuis, et tout récemment, M. Eug. Dauriac en a publié une nouvelle version, d'après une copie écrite de la main de Huct, cl placée en tête de son Qxem- C''>iJl6

plaire de Voiture ( Revue fruuçaise, du 20 mars 1855). ^j- -^'«^»'**"*^*-' ' Var, Si vous avc7, pu maltraiter. i -t^^ •

Je pensoisj — nous autres poètes.

Nous pensons extravagamment — Ce que dans Tétat où vous êtes Vous feriez, si dans ce moment Vous avisiez en cette place Venir le duc de Bukinghan , Et lequel seroit en disgrâce, De lui, ou du Père Vincent'.

Je pensois si le cardinal.

Je dis celui de la Valette, Pouvoit voir Téclat sans égal Dans lequel maintenant vous ête.

J'entends celui de la beauté — Car, auprès, je n'estime guère.

Cela soit dit sans vous déplaire.

Tout celui de la Majesté — Que tant de charmes et d'appas Qui naissent partout sous vos pas. Et vous accompagnent sans cesse ^, Le feroient pour vous soupirer.

Et que madame la Princesse ' Auroit beau se désespérer *.

Je pensois à la plus aimable Qui fut jamais dessous les cieux ^, A rame la plus admirable ^ Que formèrent jamais les dieux;

' Vincent de Paul, confesseur de la reine. 2 Ce vers manque dans le texle de M. de Monmerqué, qui avait signalé l'absence de la rime correopondanle avec le vers: Et que madame lu Princesse.

^ Madame la Princesse, mère du grand Condé ; nous avons vu que le cardinal de la Valette passait pour être 6on amant, "* Yar. Auroit beau s'en désespérer.

^ Var. Qu'on puisse trouver sous les cieux. ^ Yar. Adorable.

A ia ravissante merveille

D'une bouche ici sans pareille,

La plus belle qu'on vit jamais;

A deux pieds gentils et bien laits

Où le temple d'Amour se tonde;

A deux incomparables mains

A qui le ciel et les destins

Ont promis le sceptre du monde ;

A cent appas, à cent attraits,

A cent mille charmes secrets,

A deux beaux yeux remplis de flamme

Qui rangent tout dessous leurs lois.

Devinez sur cela, madame.

Et dites à quoi je pensois.

Sous un habit de fleurs, la Nymphe que j'adore L'autre soir apparut si brillante en ces lieux, Qu'à l'éclat de son teint et celui de ses yeux. Tout le monde la prit pour la naissante aurore.

La terre en la voyant fit mille fleurs éclore. L'air fut partout rempli de chants mélodieux, Et les feux de la nuit pâlirent dans les cieux. Et crurent que le jour recommencoit encore.

Le soleil qui tomboit dans le sein de Thétis, Rallumant tout à coup ses rayons amortis, Fit tourner ses chevaux pour aller après elle.

Et l'empire des flots ne l'eût su retenir ; Mais la regardant mieux, et la voyant si belle. Il se cacha sous l'onde et n'osa revenir.

[Vers 1620'.]

Il faut finir mes jours en l'amour d'Uranie : L'absence ni le temps ne m'en sauroient guérir. Et je ne vois plus rien qui me pût secourir, Ni qui sut rappeler ma liberté bannie.

' Voyez la Dissertation de Balzac sur ce sujet (in-folio, t. Il, p. 580). C'est le fameux sonnet d'Uranie qui donna lieu plus tard à la dispute des Uranistes et des Jobelins, après la publication du sonnet de Job, par Benserade (1G47). Voici ce sonnet :

Job de mille tourments atteint Vous rendra sa douleur connue, Et raisonnablement il craint Que vous n'en soyez point émue.

Vous verrez sa misère nue ;

n s'est lui-même ici dépeint:

Accoutumez-vous à la vue

D'un homme qui souffre et se plaint.

Bien qu'il eût d'extrêmes souffrances.

On voit aller des patiences Plus loin que la sienne n'alla :

Il souffrit des maux incroyables ; Il s'en plaignit ; il en parla :

J'en connois de plus misérables.

Les sonnets de Voiture et de Benserade partagèrent la cour et la ville, les salons et l'Académie, jusqu'à ce que la faveur décidée de M'n^de Longueville fît pencher la balance du côté des Uranistes f Voyez Cousin , Madame de Longueville, p. 328). Cela donna lieu à un grand nombre de madrigaux : en voici un que je crois inédit :

Permettez, princesse adorable, Que pour Job je sois aujourd'hui :

Car chacun aime son semblable.

Et je suis, loin de vous, malheureux comme lui.

{Belles-Lellres françaises , à la Bibliothèque de l'Arsenal, mss, 151, t. I, p. 711).

Dès longtemps je connois sa rigueur infinie; Mais pensant aux beautés, pour qui je dois périr, Je bénis mon martyre, et content de mourir, Je n'ose murmurer contre sa tyrannie.

Quelquefois ma raison par de ibibles discours M'incite à la révolte et me promet secours ; Mais lorsqu'à mon besoin je me veux servir d'elle,

Après beaucoup de peine et d'efforts impuissants, Elle dit qu'Uranie est seule aimable et belle, Et m'y rengage plus que ne font tous mes sens.

Belles fleurs,dont je vois ces jardins embellis. Chastes nymphes, l'amour, et le soin de l'aurore. Innocentes beautés que le soleil adore, Dont l'éclat rend la terre et les cieux anoblis :

Allez rendre l'hommage au beau teint de Philis; Nommez-la votre reine, et confessez encore Qu'elle est plus éclatante et plus belle que Flore, Lorsqu'elle a plus d'œillets, de roses et de lis.

Quittez donc sans regret ces lieux et vos racines. Pour voir une beauté dont les grâces divines Blessent les cœurs des dieux d'inévitables coups ;

Et ne vous fâchez point, si vous mourez pour elle :

Aussi bien la cruelle Fera bientôt mourir tout le monde après vous.

L'autre jour, au palais des cieux, En une fête solennelle.

Où la triomphante Cybèle, Traitoit ensemble tous les dieux :

Après maints discours sérieux.

Sur la régence universelle, Tout en rond la troupe immortelle Prit du nectar délicieux.

Lors on proposa par la table.

Laquelle étoit plus souhaitable Ou d'Angélique * ou de Cypris :

Les dieux furent pour la pucelle,

Et Vénus, la mère des ris,

N'eut que Mome et Vulcain pour elle.

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