‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 20 sur 151 · A LA REINE DE POLOGNE · texte numérisé non relu

A LA REINE DE POLOGNE

Madame, ce que je considère le plus du présent que m'a envoyé M""^ la marquise de Sablé % et de l'adresse avec laquelle Votre Majesté me l'a fait prendre, et m'a fait désobéir à la reine, sans me rendre coupable, c'est le prétexte qu'il me donne de prendre la hardiesse de vous écrire, et le moyen que j'ai par là de

' Mss. de Coîirart, p. 857. — Louise-Marie de Gonzague, née en 1622, mariée en 1645 (le 5 novembre) à Uladislas IV, roi de Pologne ; voyez plus haut, p. 332. Elle était nièce par sa mère du duc de Longueville.

' Elle envoya de Pologne à M^e de Montausier et à Mme de Choisy, sa bonne amie et sa correspondante, deux tapis de soie relevés d'or. Sans doute il y avait aussi quelque chose pour M^e de Sablé et le reste de la cabale de l'hôtel de Rambouillet. Elle n'eut garde d'oublier Voiture, qui, à son départ de France, avait été commandé pour la servir jusqu'à la frontière en qualité de maître d'hôtel du roi. Cependant elle ne passait pas pour libérale, et la maréchale de Guébriant et l'évêque d'Orange, qui l'avaient suivie en Pologne, n'en revinrent pas fort satisfaits.

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VOUS faire souvenir de moi, sous ombre de rendre à Votre Majesté les très-humbles remerciements que je lui dois. Je vous dirai donc, madame, que le plus avare homme du monde ne fut jamais si aise que l'on lui fit du bien, que je l'ai été de celui que je viens de recevoir de Votre Majesté, et que je me suis trouvé en celte occasion beaucoup plus intéressé, que je n'eusse cru de le pouvoir être. A dire le vrai, l'honneur de recevoir des marqu es de la bienveillance d'une des plus grandes reines du monde, et, ce que j'estime davantage, de la plus accomplie personne que j'aie jamais vue , est un intérêt dont les âmes les mieux faites peuvent être gagnées; et tous les rois de la terre n'ont rien à donner qui soit de ce prix-là. Je souhaite, madame, que toutes les libéralités que vous ferez soient toujours aussi bien employées, je veux dire aussi bien reconnues, et qu'entre tant de millions d'hommes qui obéissent à Votre Majesté, il s'en trouve quelques-uns qui prennent autant de plaisir que moi à publier ses louanges et à la bien faire connoître à tous les autres. Cela étant. Votre Majesté aura bientôt sur tous ses sujets le même empire qu'elle a eu jusqu'à cette heure sur toutes les âmes raisonnables qui l'ont approchée : c'est cet empire, madame, qui est né avec vous; que vous aviez devant que vous eussiez de sceptre, ni de couronne, et qui, si vous me permettez de le dire, est beaucoup plus estimable et plus absolu, que celui que la fortune vous a donné. Je prie Dieu que Votre Majesté jouisse longtemps de l'un et de l'autre, avec toutes les prospérités qu'elle mérite, et que je sois assez heureux, une fois en ma vie, pour

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VOUS voir dans votre gloire, et pour vous pouvoir dire moi-même avec combien de respect, de passion et de zèle je suis, madame, de Votre Majesté, le très-humble, etc.

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