‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 37 sur 151 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

Madame, quelqu'une des fées, à qui vous dites que vous abandonnez vos lettres après les avoir écrites, a touché à celle que vous m'avez envoyée. Encore faut-

A MADAME '*'. Tl

il que ce soit une des plus savantes de leur troupe , et qui ait autant demeure à la cour que dans le bois. Je ne crois pas qu'il y en ait beaucoup entre elles qui en sussent faire autant, et je pense que la même qui vous inspire qu:uid vous parlez, vous a cette fois aidée à écrire. Outre les gentillesses que j'y ai remarquées et les beautés visibles qui y sont, il y a encore quelque chose qui fait que le cœur est touché autant que l'esprit, et une vertu secrète qui produit des efi'ets extraordinaires. Aussitôt que j'ai eu achevé de la lire, je me suis trouvé guéri de tous mes maux : et comme s'il n'y eût plus eu d'absence au monde, point de désirs, ni de craintes, mon âme a été dans une parfaite tranquillité. Cela, madame, me semble n'avoir pu se faire que par féerie ; et vous aimer comme je fais et être content sans vous voir n'est pas une chose qui puisse arriver naturellement. Quoi qu'il en soit, je vous suis obligé de m'avoir mis en l'état où je me trouve ; et puisque la raison ne me pouvoit consoler, vous avez bien fait d'y employer les charmes. Je crains seulement qu'ils ne durent pas assez. Je me défie d'une joie que je sens et dont je ne vois pas la cause ; et j'ai peur qu'il n'arrive de moi, comme de ces corps que Ton évoque du tombeau, et qui, n'étant animés que par magie, n'agissent que pour peu de temps et tombent tout à coup dès que renchantemcnt est fini. Ne souflrez pas que cela soit de la sorte ; et puisque vos paroles me raniment, et que vos lettres sont des caractères avec lesquels je ne saurois mourir, ayez soin de les renouveler toujours, et faites -moi au moins subsister par artifice, jusqu'à ce que je vous

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retrouve, et que votre présence nie redonne une véritable vie. Il faut croire que la description que vous nie faites de vos aventures est bien agréable, puisqu'elle m'a fait prendre plaisir à tant d'inconriniodités que vous avez eues. Je vous supplie, continuez à me rendre compte de toutes vos fortunes; et comme vous me dites celles que vous avez eues dans le bois, mandez-moi celles que vous aurez lorsque vous coucherez à la ville. Au reste, vous avez bien pris l'occasion de faire paroître que vous savez la ***

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