A MONSIEUR
Monsieur, je craignois que mes lettres, si elles venoient seules, ne fussent pas trop bien reçues de vous, et sans cela je vous aurois remercié, il y a longtemps, de la faveur qu'il vous a plu me faire ; mais j'ai pensé qu'elles n'arriveroient pas trop tard, pourvu qu'elles vinssent avec celles de M"^ du Plessis, et que vous leur feriez toujours fort bon accueil, les trouvant en si bonne compagnie. Je portai à cette belle dame la lettre que vous lui écriviez, aussitôt que je l'eus reçue, et je vous puis dire, sans vous flatter, qu'elle fut lue d'elle en ma présence plus d'une fois, et qu'elle en demeura parfaitement contente et satisfaite. Ne croyez pas néanmoins, pour ce que je vous en dis, être mieux dans ses bonnes grâces, et ne prenez pas cela pour un témoignage de beaucoup d'affection : car ce que vous lui avez écrit étoit de sorte qu'il eût causé le même effet en une personne indifférente, et je ne crois pas qu'il y ait femme au inonde qui ne l'eût reçu avec beaucoup de contentement, si ce n'est peut-èli c qu'il y en
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ait quelqu'une qui n'ait point de vanité. Aussi, si vous estimez à quelque fortune la grâce que l'on vous fait de vous en remercier, je ne prétends pas que vous m'en sachiez aucun gré, ni que vous croyiez que mes prières et mes sollicitations y aient contribué quelque chose : car je ne crois pas qu'il se pût faire qu'une si bonne lettre demeurât sans réponse, ni que celle qui l'a reçue pût rien oublier de tout ce qui vous peut obliger à lui en faire voir une seconde. Dans celle qu'elle vous envoie, vous verrez des preuves de ce que je vous dis (mais vous les aurez déjà vues en lisant ceci, car sans doute elle aura été ouverte la première), et c'est là que voi^ jugerez si je suis menteur, et si vous ne l'êtes pas lorsque vous vous dites malheureux. Au moins, ayant des assurances du contraire de si bonne main, vous ne devez plus, ce me semble, vous appeler ainsi, ni vous plaindre davantage d'une absence sans laquelle vous ne pouviez pas recevoir cette faveur. Pour moi, quand toutes ces considérations-là n'y seroient point, je ne pourrois pas être triste de votre mal, tant que je vous entendrois plaindre de si bonne grâce, ni être touché de pitié, pour vous voir en une condition que j'estimerois plutôt digne d'envie : car, sans mentir, je ne puis pas comprendre que l'on puisse se plaindre de la solitude étant auprès de Mf"« la comtesse de Moret, ni croire qu'un honnête homme puisse être malheureux avec elle. Et en vérité, depuis qu'elle est partie d'ici, et qu'elle vous a emmené, je trouve dans Paris ce désert que vous trouvez dans vos forêts, et je ne pourrois pas voir le cloître sans tristesse, quand même la plus belle dame qui y seroit se disposeroit à m'y donner tout
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contonleincnt. Mais pourtant, parmi cet ennui, je ne m'estime pas encore tout à l'ait malheureux, puisque vous me faites Thonneur de vous souvenir quelque- Ibis de moi, et de croire que je suis de tout mon cœur et plus que personne du monde, monsieur, votre, etc.