‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 45 sur 151 · LETTRE P · texte numérisé non relu

LETTRE P

ilale est, Cornifici, tuo Calullo, Maie est, mehercule, et laboriose.

[iG3«.]

Tout de bon, monsieur, je n'ai eu de ma vie l'esprit si agité qu'à celte heure. Cependant vous m'écrivez des folies , et vous êtes aussi gai et aussi enjoué que si nous étions encore tous deux dans le Cours, et que nous n'eussions ni l'un ni l'autre aucune cause d'ennui. Au lieu de me parler du sujet de mon déplaisir, et de me dire ce que vous en jugez (cari! y a lieu d'exercer ses conjectures là-dessus, aussi bien que sur le plus obscur passage de Tacite), vous m'alléguez Lampridius et Athénée, quain inepte! et en un temps où je dispute de moi-même savoir si M"'^ de*** m'aime,

• Pierre Coslar, né à Paris en IG03, mort en IGGO : voyez sa Vie à la suite delà première édition des Hisiorieites de Tallemant, in-R*, l. VI. Il s'altacli.i à l'abbé de Lavardin , depuis évfique du Mans, qui l'emmena avec lui à son prieuré de Saint-Liguiéres, prés «le Niort, où ils passèrent ensemble les années 1638 à 1044. Les seire lettres de Voilure furent écrites durant cet espace de temps, de 1638 à 1642 (voyez plus bas, p. 144, note 2).

' Enlreiieii^ de Voilure et de Coniar, \{\b\, in-4, p. 35.

on si ollc ne m'aime pas, et que cela est devenn nne chose problématique, vous me venez entretenir de Pharaon. Lorsque nous revenions ensemble d'Arcueil, si je vous eusse été discourir des rois d'Egypte, songez le grand plaisir que je vous eusse fait, et la belle attention que vous m'eussiez donnée. Néanmoins, je vous avoue que je n'ai point été fâché de lire tout ce que vous m'écrivez. Ce que vous m'avez mandé [de votre savante province, de votre page et de votre sommelier'], m'a fait rire [malgré moi],

Tilyusque vuUu Risit inrito.

Votre patruissime^ m'a semblé fort plaisant aussi. Plante a souvent de méchantes bouffonneries; mais, sans mentir, il dit aussi quelquefois de bons mois, et voilà comme j'accorde Horace et Cicéron, dont l'nn dit qu'il est méchant bouffon, et l'autre qu'il est passim refertus urbanis dictis. L'autre jour j'y lisois d'un vieillard qui, ayant surpris quelqu'un auprès dn lieu où il avoit caché son trésor, le fouilla, lui fit montrer la main droite, et puis la main gauche, et, n'y trouvant rien, dit : cedo , tertiam [çà, la troisième]. Cela représente plaisamment un viellard soupçonneux, qui s'imagine qu'un homme a une troisième main pour le voler. Je ne vous puis dire l'extrême plaisir que vous me faites, de m'écrire de la sorte que vous m'écrivez. J'étudie mieux dans vos lettres que dans tous les livres du monde, et j'y trouve de plus belles choses.

' Entretiens, p. 21.

2 TMd.

r.ORRESPONOANCK AVEC COSTAB. 8;')

Pour CCS messieurs <lc Quintus MetoUus Celer', je ne les connois point. Vous me mandez qu'ils lurent pris pour Indiens; pour moi, je crois qu'ils furent pris pour dupes. Au reste, vous parlez des vents, comme feroit Christophe Colomb. Vous avez bien la mine d'avoir pris tout cela mot à mol dans un livre : car je jurerois que vous n'avez jamais su qu'à cette heure ce que c'est qu'un rhombe de vent; et, pour ce qui est du détroit de Vegas, je ne voudrois pas assurer que vous le connussiez fort.

A ce que je vois, otl&ïv signifie basiare et amare; c'est que baiser et aimer, convertuniur\ Mais je m'assure que [M™e de...] démentoit ce passage d'Aristénète.

Votre pasteur, ses moulons, et Hercule, m'ont bien plu; et l'âne même est joli% comme vous le faites parler. Dites-moi, si c'est dans les Fables d'Ésope que vous l'avez trouvé. L'application de l'apologue me semble dangereuse : et allez-vous-en un peu prêcher cela à Ruel '! Mais revenons à nos moulons. Il est vrai (pi'Hercule en mangeoit volontiers, et grande quantité. Les Argonautes, en allant à Colchos, le laissèrent dans une île. On en rend plusieurs raisons, toutes assez belles : les uns disent, que c'est qu'd rompoit toutes les rames en ramant; les autres, qu'il pesoit trop; quelques-uns, que les Argonautes eurent peur qu'il remportât seul toute la gloire; el d'autres, que ce fut

' Entretiens, p. 'M.

' Ibid.

* Ibid., p. 33.

* Il avait prf'cli»^ à Hiicl en préseriPR ilu cardinal on lfi33.

80 LETTRES [)E VOlTEnE,

pour co qu'il mangooit trop. Il me souvient d'avoir Ui dans un poëte grec (c'est-à-dire grec et latin) qu'il remuoit les oreilles en mangeant, et pour ce que cela m'a semblé plaisant, j'en ai retenu les vers que voici :

Illum si edenlem videris, slrepunt genœ, Intus sonat guttur, sonat maxilla, dens Stridet caninus, sibilant nares , movet Âures, soient armenla sicut haud minus.

Je suis fâché que je ne pris garde à vous, quand vous mangiez ce biscuit de canelle à Gentilly : car sans doute, les oreilles vous alloient.

Je trouve, au reste, votre version du grec en vers François fort heureuse ; mais, dites le vrai, combien de fois avez-vous invoqué Apollon pour cela ?

Le mot d'Achilles Tatius, que « la queue de paon est une prairie de plumes, » est joli, mais peut-être un peu trop hardi; et il me semble que Tertullien a mieux rencontré, qui dit, après avoir dit beaucoup de choses de la robe du paon : ISumquam ipsa, semper alia, etsi semper ipsa, quando alla; toties denique mutanda, quoties movenda.

Que voulez-vous que je fasse à Ulpian, qui appelle les chrétiens imposteurs? Idem Trehatio et Papiniano ridebatur. Nous perdrions notre cause dans le Digeste; mais le Code nous est plus favorable.

Adieu, monsieur; je suis, en vérité, votre, etc.

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