AL COMTE D'AVAUX
jeune homme qui se plaignoit à lui de ne pouvoir trouver d'exordc à une harangue qu'il avoit faite : Numquid, inquit, adolescens, melius dicere vis^ quant potes ? Certes, pour vous avouer le vrai, je voudrois bien ne vous rien écrire , nisi perfectum ingenio, elaboraium industria, nihil nisi ex intimo artificio depromptnm. Cicéron pourtant, qui étoit un grand artisan de paroles, et de qui j'ai pris ces dernières, se Irouvoit empêché, aussi bien que moi, dans de pareilles occasions . Et me scripto aliquo lacesses, dit-il à quelqu'un de ses amis ; ego enim melius respondere scio, quam provocare. Toutefois, monseigneur, comme on dit que, qui répond paye, je crois aussi que qui paye répond, et que c'est à moi, de quelque façon que ce soit, à trouver moyen de vous entretenir, puisque je suis payé pour cela. Vous feriez pourtant une grande libéralité, vous qui aimez à en faire, si, au bien que vous m'avez déjà fait, vous vouliez ajouter celui de m'écrire quelquefois : car je vous avoue qu'il n'y a que vous qui me puissiez donner de l'esprit, et il me semble que j'en manque plus que jamais, depuis que je n'ai plus l'honneur de vous voir et de vous entendre. Que si vous prétendez que la dignité de plénipotentiaire vous dispense de répondre, Papinian avoit à sa charge toutes les affaires de l'emiûre romain, et je vous montrerai en cent lieux, dans de gros livres, Papinianus respondit et respondit Papiîiianus. Les plus sages et les plus prudents étoient ceux qui avoient accoutumé de répondre, et de là responsa sapientum, ei prudentum responsa. Les oracles mêmes, quand vous pu seriez un, répondoient , et il n'est pas
6 LETTKES DE VOITURE.
jusqu'aux choses inanimées qui ne se mettent quelquefois en devoir de répondre :
Les eaux et les rochers, et les bois, lui répondent.
Trois paroles qye vous me direz me donneront matière de vous écrire plusieurs pages :
Nardi parvus onyx eliciet cadum.
Il ne vous faut point de temps pour cela, ou, s'il en faut quelqu'un, il ne faut que ce temps et cet esprit que vous e?B ployez les soirs à vous jouer avec vos gens. Pardonnez, monseigneur, à mon importunité : car, pour vous dire le vrai, j'ai un désir incroyable de savoir de vos nouvelles ; et si vos lettres se pouvoient acheter à prix d'argent, il y auroit longtemps qu'il ne me resteroit plus rien de vos quatre mille francs, et que je vous aurois rendu tout ce que vous m'avez donné. Nous avons eu cette année une grande difficulté à être payés ; néanmoins, je l'ai été. Selon que M. de Bailleul ' me parle de temps en temps, il me semble qu'il attend quelque remerciement de vous. Je vous supplie très -humblement, quand vous lui écrirez (aussi bien, peut-être, vous ne savez quelquefois que lui dire), de lui en toucher quelque chose et de lui témoigner qu'il vous a fait plaisir. M. de*** sera bientôt auprès de vous. Sa femme, qui est fort jolie et fort aimable, est extraordinairement aimée de la reine. Faites, je vous supplie, qu'il die du bien de vous à son retour. Je suis en quartier de maître d'hôtel chez le roi, et pas trop mal chez la reine. Mais je vous en-
' Le président Le Bailleul. 11 fut fait siirititendanl des 11nances en 1643, et mourut en (652.
AL COMTE d'AVAUX (1644). 7
Iretieiis trop longtemps, et c'est un hasard si vous avez le loisir d'en tant écouter. Je vous baise Irès-huinblement les mains, et suis, monseigneur, votre, etc.