‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 54 sur 151 · II. \i · texte numérisé non relu

II. \i

134 LETTRES DK VOITURE.

mais voire considération cl. la sienne me rclenoieni :

Vupio enim magnifice accipcrc mmmns riros, Ut mihi rem esse reanlur.

Enfin, après avoir bien cherché sans rien trouver, il m'a semblé que l'on me pouvoit dire comme à cet autre : Numquid, adolescens, melius dicere vis, quam potes ? Et encore :

Quid muUum cupias, quum sit libi gobio lanlum In loculis ?

Je me suis donc résolu à faire ce que je pourrai, et contentez-vous-en, s'il vous plaît,

Rebmque veni non asper egenis.

11 faut que vous vous accommodiez à ma disette : je ne puis pas davantage. J'ai honte, je vous l'avoue, de vous découvrir ma pauvreté, et pour être pauvre, je ne laisse pas d'être ambitieux :

Hic livimus ambitiosa Pauperlale.

Je voudrois de bon cœur,

Ad Palalinas acipensera mittere mensas,

OU VOUS faire un souper comme celui, auquel dno millia lectissimoi^um piscium, septem avium apposita traduntur. Mais dites-moi, je vous supplie, mangezvous force acipensers, vous autres en Poitou? J'en ai envoyé demander ici. Mais on ne les connoît point aux halles. Il étoit pourtant autrefois fort estimé à Rome : huic tanitts olim hahehatur honos, ce dit Macrol)e

CORRESPONDANCK AVKC COSTAR (1642). 135

(pensiez-vous que j'eusse lu Macrobe?), ut a coronaiis ministriSj et cum. tibiis in convivium solerct ferri. C'étoit-là un beau privilège pour un poisson. C. Duilius en avoit à peu près un pareil : C. Duilium, qui primits Pœnos classe devicerat, redeuntem a cœna senem sœpè videbam puer. Delectabatur cereo funali et tibicine, quœ sibi nullo exemplo privaius sumpserat; tantum licentiœ dabat gloria. Ce n'est pas moi, non, qui le voyois comme cela, c'est Caton le Censeur. Et Cicéron, qui nous l'ait ce conte-là, rendoil aussi, comme je crois, grand honneur à ce poisson, et en mangeoit volontiers : car il se souvient de lui en ses Tusculanes, et le nomme sur tous les autres, comme un bon morceau. Si quem iyitur tuoriim afjlictum mœrore videris , huic acipenserem potius, quam aliquem Socratlcum libellum dabis. Cependant on n'en dit plus pas un mot. Jugez par-là ce que c'est que de la gloire des choses humaines, et quel cas on en doit faire après cela !

/, démenti et tœvag curre per Alpes, Ut pueris placea$, et declamatio fias'.

Quoi qu'il en soit (ce quoi qu'il en soit vient un peu de loin : car il se rapporte à ce que je disois, que je n*avois rien à vous donner), je vous traiterai de ce que j'ai, et je dirai comme cet autre :Vide axidaciam^ ctiam Hirtio cœnam. dedi sine pavone. 11 dit en un autre endroit à quoiqu'un, qui se vantoit qu'il lui l'eroit aussi mauvaise chère que je vous la ferai : Si persévéras me ad matris tvœ cœnam vocare, feram id quoquc. Voloc?rim viderc animum, qui mihi audeat

136 LETTRES l)i: \ 01 IL FIE.

ista quœscribis apponere^ aut etiampoli/pum, Mimant Jovis similcm. Crede mihi, non aiidebis : ante meuin ndventum, fama ad te de mea lautitia veniet : eam extimesces. Mandez-moi, je vous supplie, au vrai, quelle bête c'est que ce polypus Miniani Jovis. Sans mentir, je ne sais plus rien depuis que je ne reçois plus rien de vos lettres. Pour la promulside, cela n'est pas trop mal jusqu'ici; mais vous ne vous en contenterez pas: non enim vir es, qui soleas promulside confici : intefjram famem ad ovum ajfers. Venons donc au reste.

Pour ce qui est de ce que vous vous plaignez de ceux qui ne font pas les Grâces assez grandes , je pense qu'ils n'ont pas tant de tort; et la raison est, que les véritables grâces , et qui touchent le plus , consistent principalement en de petites choses, en certaines actions, certains mouvements du corps et du visage, dans les- ({uels, sans être quasi aperçues, elles font leur effet :

Componil furlim, subsequiturque décor.

Ce furtim veut dire, ce me semble, cela, et ce que les Espagnols appellent el no se que. Elles sont si petites que même on ne sait ce que c'est. Et ne vous mettez pas non plus en peine de leurs maris ^ : de quoi vous avisez-vous de vouloir rompre des mariages, qu'il y a si longtemps qui sont faits? Les dieux, comme vous disiez sur un autre sujet, en font bien d'autres : le monde est plein de ces mariages-là. N'ont-ils pas ma-

' Voyez Entretiens, p. 313.

^ Voiture répond à un passage de la lettre de Cofetar, où celuici se plaint de l'injure qu'Homère fait aux Grâces de marier l'une d elles à Vulcain el l'autre au Sommeil.

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