‹ Œuvres, lettres et poésies (volume 2)Chapitre 56 sur 151 · BILLET II · texte numérisé non relu

BILLET II

i Réponse ' . )

Je ferai ce que vous m'ordonnez, fidèlement, soigneusement et promptement; mais je vous prie de croire que j'y aurai bien plus de peine que vous ne pensez. M. le commandeur de Souvré est le seul de toute la cour, au moins de ceux de qui j'ai l'honneur d'être connu, qui ne m'a donné aucune marque d'affection dans mon déplaisir. Et cependant je suis persuadé qu'il a le cœur bien fait, qu'il sait que je suis à lui, et que son souvenir et ses soins se sont quelquefois abaissés jusqu'à des personnes qui n'avoient rien au-dessus de moi. Ces raisons m'av/)ient fait résoudre de vivre un peu plus réservé avec lui, et de ne m'en rapprocher pas qu'il ne lui plût de me rappeler, et de me rendre la familiarité que son procédé m'avoit ôtée. Mais de bon cœur je change de résolution, puisqu'il y va de votre service, et je suis bien aise que vous me commandiez une chose où vous pouvez juger que je dois avoir de la répugnance : car cela vous fera connoître que je suis capable de tout faire et de tout souffrir pour votre contentement, puisque je sacrifie à vos intérêts des ressentiments si justes.

' Costar avait écrit à Voilure pour le prier d'employer sou crédit auprès du commandeur de Hotivré, afin de faire payer k M'"'' de ... les arrérages de sa pension. Celle dame, qu'il ne nomme pas, paraît êlre des amies ou des piolégées de M'"*" de Sablé. Voyez Entrelkns, p. 453

CORRESPONDANCK AVEC COSTAR. ^47

BILLET IIP.

Je VOUS envoie un billet de M'"* de *** où vous verrez qu'elle veut absolument rompre avec moi, si je ne fais rompre bras et jambes à cet homme qui l'a fâchée. Il y a trois jours entiers que je la combats làdessus de toute ma force : mais plus je veux l'emporter sur elle, et plus elle s'emporte contre moi. Tout ce que je fais ponr l'adoucir, c'est comme si je jetois de l'huile dans le feu : cela ne sert qu'à l'enflammer davantage. Elle se plaint que je n'entre point dans ses intérêts et que je manque d'affection; et moi, qui ai bien pu lui persuader de m'aimer, je ne saurois à cette heure lui persnader que je l'aime , parce que je ne veux pas faire une lâcheté qui me rendroit indigne de son aniilié. J'ai beau lui représenter que des coups de bâton feroient bien du bruit, que l'éclat en seroit grand; que celte violence étant sue lui feroit plus de tort et plus de honte ({u'à celui qui l'auroit soufferte; que ce seroit roffénser, à le bien prendre, que de la venger comme elle veut, et que c'est la servir que de la conseiller comme je fais; je lui traduis le plus intelligiblement (ju'il m'est possilde ces belles paroles : Rogantibus pestifera largiri^ blandum et affabile odium est; et ces autres : Exorurl in perniciem rogantium, sœva bonilas est; mais elle n'écoute point ce que dit Sénèque , elle n'écoute que ce que lui dit sa passion et sa colère. En vérité, j*en suis en toutes les peines du monde, car je l'aime chèrement; et,

' Enlrf.hcn.s. j>. îôn.

i\H M:Tri«i-s i)i; von lui:.

(jiioique je la trouve fort déraisonnable, je ne laisse ]»ah (le la trouver encore Tort belle. Cependant, si elle s'o})iniatroit dans cette cruelle fantaisie, j'aiuierois mieux arracher de mon co3ur celte aiïection, et arracher mon cœur même, que de consentir à une brutalité comme celle-là. Assistez-moi, mon cher monsieur, je vous en conjure. Voyez-la le plus tôt (ju<^ vous pourrez, et tâchez de guérir cet esprit malade : c'est une opération digne de vous; vous lui sauverez riionncur et vous me sauverez la vie.

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