‹ Œuvres, lettres et poésiesChapitre 19 sur 127 · DE VOITURE. XXIX · texte numérisé non relu

DE VOITURE. XXIX

chercher Thomme, Thomme droit et honnête, fier, délicat, obligeant et dévoué à ses amis. Son crédit, comme sa bourse, est à tous ceux qui en ont besoin. Il partage le sentiment de son amie M"" de Sablé, « que tous les plaisirs sont insipides au prix de celui que Ton trouve à faire du bien.» Et quelle noble manière d'obhger! Balzac lui écrit pour lui emprunter quatre cents écus en lui envoyant son billet. Voiture renvoie le billet avec un autre du double de la somme, ainsi conçu : « Je confesse devoir à M. de Balzac huit cents écus pour Thonneur qu'il m'a fait d'avoir pour agréable que je lui en prêtasse quatre cents. » Il n'y a presque pas un de ces petits écrits (on sait que c'était alors une mode toute nouvelle que M™" de Sablé et du Maure contribuèrent également à répandre) * qui ne renferme un trait à l'honneur de son caractère.

Voiture mérite moins comme poëte que comme prosateur. Quand ses lettres et celles de Balzac parurent , personne ne s'était encore avisé d'écrire en prose comme eux, et il courait par les ruelles des milliers de pièces qui valaient le sonnet à Uranie et le fameux rondeau

Ma foi, c'est fait de moi, car Isabeau, etc.

Cependant quelques fragments de ses élégies, les stances à la reine Anne d'Autriche , une grande partie de l'épître au prince de Coudé , que Voltaire n'a pas dédaigné d'emprunter, sont de la meilleure facture poétique. Mais sa versification est en général incorrecte; il se moque des règles', oiJ bien il sauve la prosodie aux dépens de la grammaire 3, accouple des vers d'inégale mesure dans d^ stances inégales, n'évite pas toujours l'hiatus*, prend la

' L'habitude de s'écrire par billets, dit Ménage dans ses Observations, fut introduite par M'^c de Sablé et M'»e du Maure, il y a irenle ou quarante ans ; c'est-à-dire vers 1630.

' La centurie que voici (t. II, p. 352).

Les tuilerie* sont fort belles (t. Il, p. 3G8).

* S'il vous avait v.i coiffée (l. Il, p. 424).

' Elle est bonne el habile (t. 11, p. 357).

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