‹ Œuvres, lettres et poésiesChapitre 67 sur 127 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

[A Bruxelles, .... 1634.]

Mademoiselle, quoique vous m'assuriez que l'Ile de France n'a point été des trois provinces rebelles', je soupçonne quelques insulaires, et il y en a quelqu'une que je voudrois bien tenir pour en faire la justice qu'elle mérite. Quand elles n'auroient point fait d'autre faute que d'avoir incliné aisément, comme vous dites,

» Le cardinal de la Valette.

2 Voyez la lettre précédente.

à croire du mal de moi, je les trouverois encore assez coupables, et je serois bien fâché d'avoir autant failli contre pas une d'elles. J'ai eu peine à entendre ce que vous dites de la corneille et du fils du roi d^ Angleterre; mais si je l'entends bien, c'est une des plus grandes malices du monde. Vous n'avez jamais rien fait contre moi qui m'ait fait tant de dépit, et je ne l'oublierai jamais que je ne m'en sois vengé. Mais à quel point est montée la persécution, et que ne dois-je pas attendre, puisque M™® votre mère même semble s'être déclarée contre moi? J'ai été extrêmement étonné quand j'ai reconnu son écriture, et que j'ai vu qu'elle se moquoit de moi et de ma loyale amie ' . Je ne crois pas pourtant qu'elle ait fait cela de sa volonté, et il faut que vous le lui ayez fait écrire le poignard sur la gorge. Tout cela, mademoiselle, m'avoit mis dans une extrême colère ; mais la douceur que vous m'avez envoyée m'a apaisé. J'ai trouvé dans la lettre de M. de Chaudebonne le sucre que vous pensiez avoir mis dans la mienne, et je l'ai goûté avec tout le plaisir que je devois. Je vous avoue que nous n'en avons pas de si bon chez nous; envoyez-m'en souvent, je vous en supplie : j'en ferai un fort bon suc, et, contre la maxime de médecine, que toutes les choses douces se tournent en bile, cela apaisera la mienne qui est fort émue. Aussi, à dire le vrai, c'est une extrême méchanceté

• Il étoit sujet à se coiffer de personnes assez saugrenues; il l'avouoit lui-même, et, pour confirmer les dames dans celte opinion, il leur envoya le portrait et des lettres d'une Flamande qu'il aimoit. Mine de Rambouillet dit en voyant ce portrait que c'étoit une vraie tête à être appelée ma loyale amie (T.).

de se moquer d'une pauvre enfant qui n'a appris le français que pour l'amour de moi, et qui a eu au moins l'esprit de me choisir entre tous ceux qui sont ici'. Cependant je vous puis répondre qu'elle écrira bientôt d'une autre sorte, et que dans trois mois elle sera en état de se revancher. Du temps que M™^ de [Saintot] ^ disoit gausser et pitoyable^ et qu'elle croyoit qu'il ne falloit pas dire triste ^ elle n'écrivoit guère mieux que cela ; et néanmoins aujourd'hui on parle de son esprit partout, et on fait voir jusqu'ici des copies de ses lettres. Mais pour satisfaire à la question à laquelle vous me conjurez de répondre en vérité et en sincérité de conscience, je vous dis, mademoiselle, qu'en vérité et en sincérité je ne crois pas qu'il y ait eu une personne qui ait cru que c'ait été pour ma gloire que j'aie envoyé le poulet que vous avez vu, et j'aimerois encore mieux avoir fait une lettre de cette sorte, (ju'un jugement comme celui-là. Mais je ne devrois plus donner si hardiment mon avis de rien sans savoir de qui je parle, après avoir été attrapé comme je l'ai été, en ce que j'ai dit de ceux qui ont mémoire de ce qu'ils ont fait au berceau. Je confesse que je croyois que l'on s'en voulût moquer, et que même on le dîit faire. Mais puisque c'est vous et M. le cardinal de la Valette qui l'avez dit, je m'en dédis volontiers, et je n'ai garde d'offenser des personnes qui se souviennent de si loin \****

' C'est sans doute la dame dont il est parlé dans la note précédente.

2 Voyez les Historielles, t. 111, p. 28.

' Ils avoient dit qu'ils se souvenoient de leur plus tendre enfance (T.).

t30 LETTRES DE VOlTtlftE.

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