AU DUC DE BELLEGARDE
dont il me voit ici accablé, il m'a voulu donner cette consolation. Il est vrai, monseigneur, qu'entre les plus grands sujets d'affliction que j'ai reçus en ce pays, je mets le déplaisir de ne vous y avoir point trouvé. Je m'étois préparé à cet exil, sur l'espérance de le passer auprès de vous, et je croyois que je trouverois toujours la France en quelque part où vous seriez; mais c'eût été un trop grand soulagement pour un homme qui étoit destiné à être malheureux, et la fortune n'a pas accoutumé de faire tant de grâce à ceux qu'elle persécute. Cependant, monseigneur, je prends à bon augure de ce qu'elle nous rapproche du lieu où vous êtes, et je croirai qu'elle se veut réconcilier avec nous, si elle nous rend le bonheur de votre présence : car pour dire le vrai, monseigneur, je ne puis penser qu'elle vous ait entièrement abandonné, et c'est assez qu'elle soit femme, pour croire qu'elle ne vous peut haïr, et qu'elle reviendra bientôt à vous. Au moins, à son défaut, aurez-vous toujours cette extrême sagesse et cette grandeur de courage qui vous ont accompagné partout, et dont vous avez depuis quelque temps donné de si bonnes preuves, que je doute si ces années de malheurs ne vous ont pas été plus avantageuses que les autres. Je continuerois ici, monseigneur, bien volontiers ce discours; mais je crains de n'user pas assez discrètement de la liberté que l'on m'a donnée. * * *.