A MADAME [dE COMBALET
A Blois, le 5 janvier [1635].
Madame , il me semble que je vous dois pour le moins une lettre pour un brevet ' ; et, quelques belles paroles que j'y puisse mettre, elles ne seront pas si riches que celles du parchemin que vous me venez de faire obtenir, puisqu'il y en a pour dix mille écus. M. de Puylaurens me Fa fait expédier avec tout le soin et l'aftection qui se pouvoit désirer. Je me doutois bien que lui, qui a fait en sa vie tant de cboses pour les dames, ne manqueroit pas de servir en ce rencontre la plus parfaite de toutes, et que la plus belle bouche du monde n'auroit pas été ouverte inutilement en ma faveur. Ce bonheur m'étant arrivé, je ni'imagine qu'il n'y en a point qui me puisse manquer, et il me semble que le moindre bien qui me puisse échoir est d'être riche, puisque vous désirez que je Ssois heureux. Cependant, quoique je n'aie pus coutume d'être fort sensible aux choses qui regardent mon établissement, j'avoue que j'ai reçu celle-ci avec une ej^trême joie, et je me serois trouvé moi-même trop intéressé en cette occasion , si je ne connoissois que ce que je considère davantage en ce bienfait, est de ce que c'est vous qui me l'avez procuré. Aussi, à
' Marie-Magdeleine de Vignerot, nièce du cardinal de Richelieu, mariée au marquis du Roure de Combalet. Elle étoit dame d'alours de la reine, et fut faite dudiesse d'Aiguillon de son chef, sur la fm de 1(347. Corneille lui dédia le Cid.
^ Le brevet de maître d'hulel de Madame, que Puylaurens lui flt
donner ù la recommandation dç Mmede Cowhalett Voyez l'Introduetioni
A MADAME DE ÇOMBALET (1635). 347
dire vrai, ceux qui mettent les richesses entre les choses indifférentes ne mettroienl pas votre bienveillance en ce rang-là; et pour moi, je pense que je ne dois pas tenir entre les biens de la fortune, un bien que la vertu m'a fait avoir. Je crois, madame, que sans mal parler, je vous puis appeler ainsi; et si je ne suis pas mal informé de tous vos succès , vous pouvez prendre ce nom-là à meilleur titre que celui que vous portez. Au moins est-il vrai qu'elle ne sest jamais montrée au monde si aimable qu'elle le paroit en vous , et ceux qui l'ont connue autrefois, et qui disoient qu'elle donneroit de l'amour à tous les hommes si elle se laissoit voir nue, l'auroient trouvée plus charmante étant revêtue de votre personne ; et certes, quand je considère les merveilles qui s'y rencontrent et tant de sortes de grâces dont le ciel vous a remplie, il me semble que celle dont je vous remercie à cette heure est la moindre que vous m'ayez faite. Je trouve que la place que vous me laissez prendre quelquefois dans votre cabinet vaut mieux que celle que vous me venez de faire accorder, et que vous ne me sauriez jamais faire du bien qui vaille celui de vous voir et de vous entretenir. Toutefois, madame, il pourroit être que le dernier que vous m'avez procuré est plus estimable qu'il ne paroît ', et comme on ne sait pas en-
* Le cardinal vouloit faire rompre le mariage de Monsieur et de la princesse de Lorraine. Voilure prend l'occasion de dire des cajoleries à Mme de Combalet, et de la flatter de l'espérance que ce sera elle qui épousera Monsieur (T.). En effet, telle paraît avoir été l'inlontion du cardinal j et la disgrâce de Puylaurens vint précisément de ce qu'il ne le servit pas dans celle négociation, comme
core à qui vous m'avez donné, et que cela est dans l'avenir, possible que la grâce que vous m'avez faite se trouvera plus grande que vous ne l'avez imaginé : car peut-être que vous m'avez donné à une maîtresse qui méritera de l'être de tout le monde, qui aura l'âme grande , et belle, et libérale, le cœur noble et généreux, la personne accomplie, toute pleine d'agréments et de charmes, et qui aura pour tous les hommes ces attraits secrets que chacun d'eux trouve en celle qu'il aime. Peut-être qu'elle aura un esprit au dessus de tout ce qui se peut imaginer, plein de feu et de lumière, beau et pur comme celui des anges; qu'elle sera instruite de plusieurs belles connoissances, qu'elle aura l'intelligence de trois ou quatre langues, qu'elle entendra la situation de toute la terre comme celle du petit Luxembourg , qu'elle saura les mouvements des cieux, le nom et la place de tous les astres, et qu'après tout cela, elle n'en connoîtra pas un parmi eux si beau, si clair, ni si brillant qu'elle. Permeltezmoi, s'il vous plaît, madame, de souhaiter qu'il en arrive de la sorte, et trouvez bon que je fasse des vœux pour cela, puisque j'en sais faire de plus utiles que vous pour le bien de la France. Aussi j'espère que les miens seront accomplis, et que quelques autres ne le seront pas. N'entreprenez pas, je vous supplie, de me faire jamais désirer autrement : car je suis, madame, votre, etc.
il l'aurolt voulu. Toutefois, ce passage delà lellre de Voilure n'en reste pas moins un modèle de délicatesse.