‹ Œuvres, lettres et poésiesChapitre 75 sur 127 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

Madame , puisque c'est à bon dessein que je vous recherche, je crois qu'il n'y a point de galanterie que je ne puisse faire , et qu'après avoir fait des vers pour vous% je puis bien vous envoyer des bouquets. C'est un présent que les dieux veulent bien recevoir des hommes; et puisque les fleurs sont le plus pur et le plus bel ouvrage de la terre, je pense qu'il n'y a personne à qui elles doivent être offertes à meilleur titre qu'à vous. Au moins sais-je bien que vous les devez aimer de cela, qu'il n'y en a pas une qui n'accompagne sa beauté de quelque vertu, et qu'elles ne veulent pas être touchées, non pas même des princes ni des rois. Mais quoiqu'elles soient filles du Soleil et de l'Aurore, et qu'elles disputent de l'éclat avec les perles et les diamants, je suis assuré qu'elles prendront leur lustre aussitôt qu'elles vous auront approchée, et que vous ferez voir que les beautés de la terre ne sont point comparables aux célestes. Je crois, madame, que vous souffrirez sans scrupule que j'appelle ainsi la vôtre, et que vous, qui rapportez toutes choses au ciel, ne voudrez pas lui ôter l'honneur d'avoir fait tout seul une si rare personne : et certes, ce seroit donner trop d'avantage aux choses d'ici-bas que de vous mettre de leur nombre, et puisque l'on nous commande de les mépriser, il y a grande apparence de croire que vous

' Mss. de Conrart, p. 853.

^ Voyez au t. II les stances commençant par ce vers : La terre brillante de fleurs, etc.

n'en êtes pas , vous, madame, qui êtes l'objet de l'estime et de l'affection de tous ceux qui vous voient, et qui n'avez jamais jeté les yeux sur pas une âme raisonnable que vous n'ayez gagnée. Je vois bien quelle conséquence vous pouvez tirer de là, si vous tenez la mienne capable de raison; mais, madame, je vous suijplie très-humblement de croire que le plus grand effet que vous ayez causé en elle est celui de l'admiration, et que je suis, quoique le Faune veuille dire ', avec toute sorte de respect, votre, etc.

(Eq lui envoyapt dquze galants' de ^i^ban d'Angleterre, pour une discrétion qu'il avait perdue contre elle^).

Mademoiselle, puisque la discrétion est une des principales parties d'un galant, je crois qu'en vous en envoyant douze, je vous paye bien libéralement ce que je vous dois. Ne craignez pas d'en prendre un si grand

• Voyez le dernier couplet de la pièce précitée. ' Mss. de Conrari, p. 625.

' On nommoil galants des nceuds de ruban de soie qui se plaçaient sur le haut de la tête. Il y avoit une foule d'autres nœuds de ce genre qui composoient la toilette des femmes à cette époque, et qui prenoient différents noms suivant les lieux qu'ils occupoient : le mignon, V assassin des dames, le badin, etc. (Voyez Y Abomination des abominations des fausses dévotions de ce temps, par le R. P. Archange Ripaut, gardien des capucins de Saint-Jacques de Pari».j

* L'usage déjouer des enjeux indéterminés, laissés à la discrétion du gagnant, nous était venu d'Ilalie, de Florence, où il ne s'est pas perdu encore. Voyez Henri Estienne, dans ses Dialogues du nouveau langage français italianisé.

nombre, vous qui jusqu'ici n'en avez voulu recevoir pas un. Car je vous assure que vous pouvez vous fier en ceux-ci, et qu'ils se sauront taire des faveurs que vous leur ferez. Quelque gloire qu'il y ait à recevoir des vôtres, ce n'est pas peu de chose d'en avoir tant trouvé de cette humeur, en un temps où ils sont tous si pleins de vanité. Aussi a-t-il fallu les aller quérir bien loin et les faire venir de delà la mer. Vous savez bien, mademoiselle, que ce ne sont pas les premiers de ce pays-là qui ont été bien reçus en France '. Mais voici, sans doute, les plus heureux de tous ceux qui en sont venus, et si vous les recevez, ils ne doivent pas envier ceux qui ont servi les princesses et les reines. Car sans mentir, mademoiselle, il n'y a rien sur la terre au-dessus de vous, et quiconque auroit part en votre esprit, se pourroit vanter d'être en la plus haute place du monde. Je parle beaucoup pour un homme qui paye une discrétion. Mais considérez, s'il vous plaît, que ce n'est pas trop qu'un poulet pour douze galants, et que ceux pour qui j'écris, au moins ceux de leur pays, ont une si étrange façon de se faire entendre qu'il semble qu'ils parlent d'amour quand ils ne font que des compliments ^ Ne trouvez pas étrange, qu'étant leur secrétaire, j'aie en quelque sorte imité

• Ëougiiingens (Buckingham), Carlisle etHolIand. Garlisle n'étoit pas coquet, il éloit sérieux; Holland cajoloit M^i^ de Che-, vreuse (T.). — Le comte de Garlisle elle comte de Holland avaient ètè envoyés etl France, en 1G25, pour traiter du mariage de la reine d-Angleterre. Quant à Buckingham, on connaît ses succès à la cour de France.

^ M"e de Chevreusè disoit qu'on avoit tort de dire que des gens- \l\ parloient d'.-imonr, que ce n'éloienlqiie de pures civilités (T.).

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leur style, et soyez assurée que si je n'eusse eu à parler que pour moi, je me fusse contenté de dire que je suis, mademoiselle, avec toute sorte de respect, votre, etc.\

A Paris, le 12 octobre 16352.

Monseigneur, dites la vérité : combien y a-t-il que vous n'avez songé si les quatre derniers livres de l'Enéide sont de Virgile ou non, et si le Phormion est de Térence? Je ne vous interrogerois pas si librement ; mais vous savez que dans les triomphes, les soldats ont accoutumé de railler avec leurs empereurs, et que la joie de la victoire donne des libertés que sans cela l'on n'oseroit jamais prendre. Avouez-nous donc fran> chement combien il y a que vous n'avez pensé à la petite Erminie, aux vers de Catulle et à ceux de M. Godeau. Si est-ce, monseigneur, que quand vous auriez oublié tout le reste, vous devez vous souvenir toujours de son Benedicite ^ : car personne n'eut jamais plus de raison de le dire que vous, et ne fut tant obligé de rendre grâces au dieu des armées. A dire le vrai, la conduite et la fortune avec laquelle vous avez sauvé

' Après celte lettre, il faut lire la romance espagnole, Fuera, fuera, etc. (T.). — Voyez t. II, aux Poésies.

^ Pendant la campagne de 1635, sur le Rhin,

^ La première pièce que le cardinal de Richelieu vit de M. Godeau, et qui lui valut l'évêché de Grasse pour un jeu de mois que tout le monde sait ( T.). — Cette pièce, une des meilleures de l'auteur, esl une paraphrase du Cantique des trois Enfants : Benedicite omnia opéra, Domine, etc.

la nôtre ' est un des plus grands miracles qui se soient jamais vus dans la guerre, et toutes les circonstances en sont si étranges que je les mettrois au chapitre des menteries claires % si nous n'en avions tant de témoins et si je ne savois qu'il n'y a point de merveilles que l'on ne doive croire de vous. La joie que cela a donnée ici à tout ce que vous aimez n'est pas une chose qui se puisse représenter. Mais vous pouvez vous imaginer, monseigneur, que les personnes qui étoient autrefois ravies de vous ouïr chanter ou de vous faire voir des vers, doivent être infiniment contentes, à celte heure qu'elles entendent dire que vous faites lever des sièges, que vous prenez des villes, que vous battez des armées, et que la principale espérance du bon succès de nos affaires est fondée en votre personne. Je vous assure que cela est écouté en ce lieu avec tous les sentiments que vous sauriez désirer, et que, sans que vous y pensiez, vos armes font ici des conquêtes qui sont plus à désirer que toutes celles que vous pourriez faire delà le Rhin. Quelque ambitieux que vous puissiez être, cela vous doit donner envie de revenir, car en vérité, monseigneur, ce n'est pas une bataille qui est aujourd'hui la plus belle chose du monde à gagner; et vous m'avouerez vous-même qu'il y a telle rose de soulier ^ qui vaut mieux que neuf cornettes impériales". Je suis, monseigneur, votre, etc.

' Construction irrégulière blâmée par le P. Bouhours {Remar-' ques nouvelles, etc., p. 64).

^ Ceci est mis pour imiter le jargon de Groisilles. Voyez HistO' rieites, l. IV, p. 16.

^ 11 ainioil l'orl qu'on fût bien ch.uiaîé ( T.).

'* Au combat entre Vaudrevange et Boulay on Lorraine, où Gal-

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