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Malheureux! osez-vous croire Rubens moins fort qu'un lapin d'académie!
Cette scène du Massacre des innocents conduit naturellement à observer une autre scène du même genre par Raphaël, dans le même sujet :
Un soldat aussi et une femme pleine de colère qui lui arrache les veux.
Le dessin de cette figure est beau sans doute ; les contours sont coulants, les muséles bien attachés, les proportions bien observées. On y voit l'étude de l'antique et du modèle; mais tout cela est froid, compassé, tout cela pose, tout cela sent le marbre, tout cela est sans mouvement, Sans vie, auprès de l'œuvre de notre immortel maitre.
N'établissons point de parallèle : ce serait peu g'énéreux. Ceci n'est qu'un accident, une lance brisée: l'illustre émule de Rubens va se relever, saisir des armes plus formidables, porter des Coups plus terribles. Le combat sera acharné, furieux. Les dieux de l'Olympe assemblés sont attentifs : Jupiter prend la balance d'or, et chacun attend, dans une anxiété profonde, l'issue du combat.
La Transfiquration , la Dispute du sacrement, FÉcote d'Athènes, l'Incendie de Borgo, Sont les armes imposantes du peintre italien.
La Descente de croix, la Chute des réprouvés, la Bataille des Amazones, l'Érection de la croix, sont les forces puissantes de notre héros.
Si l'on se rappelle ces chefs-d'œuvre, on voit d'abord
© L'artiste, dans son manuscrit, avait donné ici deux dessins,
représentant les épisodes de Rubens et de Raphaël qu'il décrit.
Dh que les deux artistes se sont élevés à un idéal qui leur était propre.
Raphaël dirige son génie vers une perfection fondée plus particulièrement sur l'antique, Rubens vers une perfection plus particulièrement fondée sur la nature. Le dessin de Raphaël à plus de grâce, plus de simplicité, plus de sagesse; celui de Rubens, plus de grandeur, plus d'éner-gie, plus d'expression. Le premier rend mieux les formes féminines d'une nature idéale; le second, les formes viriles, qui accusent la force, la vigueur, la puissance. Les contours de celui-ci charment par une ondulation douce et harmonieuse; les contours de celui-là saisissent, entrainent, par leur variété et leur mouvement, L'un connait tous les moyens de donner à la forme un sentiment de beauté sereine que l'on voudrait rencontrer dans la nature; l’autre à tant de prestige dans le choix de ses formes qu'elles paraissent plus palpitantes, plus vraies que la nature elle-même. Le dessin de Raphaël est si pur qu'il semble qu'il perdrait infiniment si l'on cherchait à x appliquer les avantages de la couleur ; le dessin de Rubens est si parfaitement lié aux autres parties de l'art et les complète si bien qu'il ne peut en être séparé. Enfin, l'on pourrait dire que, par la beauté de ses contours, Raphaël est le plus grand dessinateur des temps modernes, et que, par le choix et la combinaison de ses formes, Rubens en est le plus grand peintre.