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DES DISCUSSIONS

Un pourrait diviser les discussions en deux calécories,

Les discussions de la première catégorie, je les nomme :

Discussions à finale possible ou à conclusion.

Les discussions de la seconde, je les nomme :

Discussions à finale impossible où sans conclusion.

J'entends par diseussions à finale possible celles dont les conclusions reposent sur des preuves simples, claires

, inconteslables aux yeux de tous les hommes, quels que soient leurs goûts, leurs caprices, leurs penchants. Exemple :

Vous dites : « Là, au bout de ce champ, trois arbres sont plantés. »

J'ai vu, à l'exposition de Paris, des cercles nombreux admirer pendant trois jours un pelil tableau attribué à M. D., artiste célèbre. Le Lableau n'élail point de lui. Les amateurs furent bien surpris d'apprendre que le lableau de M. D. n'était point de M. D. Le lendemain de celte découverte,

nous arrive bien parfois de nous révolter un peu contre les préven- « C'est stupide cette chose que tout le monde admire ! » Mais qui l'oserait dire hautement? Braver des pré-

pme. des

Je dis moi que là, au bout de ce champ, deux arbres, el non frais, sont plantés.

Qui de nous est dans l'erreur ?

Nous approchons, nous examinons et nous comptons : un, deux... trois !

C'est moi qui suis dans l'erreur : la discussion est lerminée :

C'est une diseussion à finale possible.

Je nomme discussions à finale impossible, celles dont les conclusions

reposent sur des preuves de nature à être soumise goûts el des sentiments divers :

s à l'appréciation des

Exemple :

Vous dites : « L'action de cet homme est mauvaise. »

Je réponds : « L'action de cet homme est bonne, »

Le bien et le mal étant deux choses que, selon nos opinions, nous définissons différemment, je pose cette question :

« Qu'entendez-vous par bonne action ? »

Vous répondez : « J'entends par bonne action celle qui est conforme à la

La saine morale élant une chose que, selon nos opinions, nous définissons différemment, je demande :

« Qu'entendez-vous par la saine morale?

— J'entends par saine morale ce que la vertu el...»

La vertu élant une chose que, selon nos opinions, nous définissons différemment, je demande :

« Qu’entendez-vous par la vertu ?

— J'entends par la vertu ce que ma conscience, la justice... »

La justice étant une chose que, selon nos opinions, nous définissons différemment, je demande :

« Qu'entendez-vous par la justice ? » ete.

On le voit, ce genre de discussion ne finit point.

C'est une discussion à finale impossible.

A moins de s'entendre sur la définition des termes, les discussions à finale impossible peuvent durer loute une vie d'homme. Avis aux utopistes, empressés de faire adopter leurs principes.

Chaque fois qu'un orateur, fût-il même un Cicéron, emploiera dans la discussion des mots dont la définition n’est point la vôtre, il ne pourra jamais vous convaincre.

Toutes les fois que votre adversaire se servira des mots :

Dieu, justice, beauté, bonheur, bonté, vertu, gloire, sagesse, liberté,

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vie

amour, ambition, plaisir, honneur, etce., adressez-lui hardiment cette apostrophe :

« Je vous défie de me prouver ce que vous avancez. »

Le diable a lrouvé moyen de tout embrouiller dans le monde : ce moyen, le voici :

Il nous à placé à tous des lunettes invisibles sur le nez: à celui-ci des luneltes rouges, à celui-là des luneltes noires, à cel autre des lunettes jaunes.

Les mêmes objets se voient en rouge, en noir, en jaune, se voient de toutes les couleurs.

De là naissent, dans les arts, ces opinions si diverses: de là, les indécisions, les tâtonnements ; de là, cette éternelle confusion dans l'appréciation du beau.

La diversité de nos idées est un éternel obstacle à l'accomplissement des grandes choses.

Pourquoi le malin esprit nous permet-il de rester parfaitement d'accord sur de certaines vérités ?

Le lemps qui passe, la faim qui nous poursuit, la mort qui nous attend sont d’affreuses vérités que tout le monde reconnaît sans discussion.

Chose singulière! loute vérilé tenant du chiffre est incontestable. Ainsi, vous me dites : « Le beau, c’est le laid; » mais vous n'osez me dire : « Deux et deux ne font point quatre. »

Nos différentes manières de voir, les discussions qui en sont les conséquences sont une des choses les plus plaisantes d'iei-bas.

Nous voyons parmi les hommes, même les plus sages, des discussions acharnées, interminables ; la raison en est que ces hommes sages oublient de réfléchir à ceci :

Il est une foule de choses diversement définies dans la pensée de chaeun, une foule de choses dont nos goûts, nos penchants, nos passions enfin sont les seuls appréciateurs.

On ne peut prouver à un homme qu'il ne sent pas ce qu'il sent, ne voit pas ce qu'il voil, n'entend pas ce qu'il entend.

Pascal, dans son Art de persuader, dit: « Accordez-vous sur la définition des termes avant de discuter. »

Quoique les règles de Pasca

1 soient très-connues, il n'est peut-être pas hors de propos d'en rappeler ici quelques-unes.

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