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qui entraîne d'abord par la nécessilé, puis ensuile inspire cel amour du sain qui paralyse le germe de Loue idée grande et sublime ‘
CeL espril mercantile, que Paris souîe comme un poison aux qualre Coins de la terre, aurait-il fait assez de progrès parmi nous pour élouffer jusqu'à la dernière semence de cet enthousiasme qui poussail nos pères? Je ne le crois pas : les diverses révolutions dont nous venons d’être les témoins on assez prouvé que le sentiment de la gloire est comme un feu caché qu'une élinecelle fait jaillir.
Si la gloire des armes à pu ressaisir son prestige, à quoi lient-il done
qu'un même enthousiasme n’enflamme le cœur des enfants des arts? Pour-
ont su imiter les actions grandes et généreuses
quoi, quand des Belges des guerriers et des orateurs de la Grèce, ne verrions-nous pas nos artistes üler aussi du désir d'égaler par des chefs-d’œuvre les hommes qui se sont distingués dans les arts?
S'il existe souvent une grande différence entre l'artiste el l'homme poliique; si celui-ci à Lant de chaleur et d'exaltation dans les affaires qui
‘occupent, landis que l'autre est plein de mollesse, d'indifférence, el,
disons-le, d'une sorte de poltronnerie dans l'exercice de son art; c'est que
‘homme politique, homme de guerre agit presque toujours sous l'influence
d’une passion qui excile son énergie, élève sa pensée; c’est que l'amour de
a gloire, le désir de se rendre utile à la palrie le porte sans cesse aux
œrandes actions. Qu'on appelle l'artiste à des travaux qui exeilent aussi son
“11 n'est peintre, poète, ou musicien qui ne coure à Paris, croyant \ puiser la science, C'est un grand malheur pour les arts.
Quand cesserons-nous, nous autres Belges, de croire à la supériorité de nos voisins ? Quand comprendrons-nous que nous avons chez nous dix fois plus d'éléments qu'il Wen faut pour former de grands artistes? Quand nous apercevrons-nous enfin que l'esprit, la vivacité, la légèreté, linconstance dans les idées comme dans les actions, sont précisément les qualités qui font les hommes les moins propres à cultiver les beaux-arts dans
un ordre supérieur,
Pour nous guérir de la sotte prévention dont nous sommes entichés en faveur de la nation qui se dit la première du monde, il suflira de faire les trois réflexions suivantes :
Première réflexion. Pour rire de nous, les Francais se plaisent souvent à comparer la France, immense contrée de 50 à 40 millions d'individus, à la Belgique, petit pays d'une population de 5 à 4 millions. H y a du côté de la grande nation un immense avantage : c'est celui dont peuvent se vanter dix hommes contre un. Mais en supposant les parties à force égale, c’est-à-dire en opposant les trois millions de Belges à trois inillions de Francais pris dans n'importe quelle partie de la France, il se trouve que la Belgique l'emporte sur celle-ci d'une facon fort remarquable sous le rapport des arts ei
de l'industrie, ete., et par Le nombre de grands hommes qu'elle à produits.
Deuxième réflexion. Si parmi les hommes qui se distinguent en France sous le rapport des arts et des lettres, l'on comptait le nombre des étrangers, combien en resterait-il de Français par la naissance ?
Troisième réflexion. Quels sont les pays qui ont donné naissance aux plus grands artistes du monde? L'Halie, l'Allemagne, la Belgique
ambition, son enthousiasme; qu'on lui dise : Voilà les chefs-d'œnvre de Raphaël, de Rubens, de Michel-Ange; que ces grandes œuvres deviennent pour vous l'objet d'une lulle constante, que ces grands hommes se présentent à votre imagination comme des héros qu'il faut égaler, qu'il faut surpasser même; qu'on lui dise aussi : Une récompense vous attend, la gloire immortelle, un nom qui honore la patrie; qu'on lui dise Loutes ces choses, el vous le verrez aussi s'échauffer, se passionner avec autant d'ardeur que ces soldats de la république qui, au nom d’Annibal et de César, franchirent d'un bond les pies élevés des Alpes.
Que les amis des arts, si nombreux et si dévoués dans notre patrie, cherchent les moyens d'inspirer à nos artistes de l'héroisme, de l'amour
pour la gloire; qu'ils cherchent à leur inspirer ce noble orgueil qui fesait dire au Corrège : Z{ moi aussi, je suis peintre ! ek nous verrons bientôt éclore des œuvres dignes des hommes qui ont illustré les siècles derniers. Mais il faut, pour arriver à ce beau résultat, que l’on s'empresse d'abandonner les moyens vulgaires par lesquels on prétend encourager les arts. Malheureusement, nous n'entendons dire partout, même par les gens les plus sensés, que ces paroles pernicieuses : 2 faut encourager les artistes par de nombreux achats de leurs œuvres; à faut qu'on les paie bien si l'on veut qu'ils travaillent. Malheureux ! que failes-vous avec de tels principes? vous croyez protéger les arts et vous les tuez; vous croyez faire des artistes, vous ne faites que des artisans. D'où vient cette multitude d'ouvrages dont le nombre vous paraît dejà trop grand? d'où viennent ces éternels sujets de taverne que souvent vous blämez? d'où vient enfin celte quantité prodigieuse de... (je n'ose dire le mot dont vous vous servez) qui abondent dans vos expositions? C'est que vous encouragez les artistes à produire ces choses-là ; c'est que vous les payez, c'est que vous promettez de l'or à {ous ceux qui vous en apporteront.
Protecteurs des arts! Celle facon d'encourager n'inspire aux arlisles que l'amour du gain, et l'amour du gain, je le répète, n'élève point l'âme, n'enfante rien de grand ; l'amour du gain, c'est l'éleignoir du génie, de l'enthousiasme, de l'inspiration.
Si mes conseils pouvaient êlre de quelque poids. si l'on voulait bien avoir loi en mon expérience, je demanderais que ce système d'encouragement fût remplacé par un autre. C'est relativement à la peinture que je vais €
iver d'exposer mes idées :
Je l'ai déjà dit, les sentiments de gloire et d'ambilion font les grandes œuvres ; inspirer ces passions est, selon moi, le grand secret qui peul seul conduire les artistes à d'immenses progrès ; pour y parvenir, il faut admettre au sein des expositions modernes, les œuvres des grands maîtres
anciens.
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Voici comment je voudrais que l’on mît cette méthode en pratique : Les expositions, dirigées, soit par le gouvernement, soit par les sociétés
à tous les artistes de
particulières, seraient ouvertes comme par le pass toutes les classes, quel que soit le but vers lequel ils tendent; mais un salon particulier, que je nommerais salon des grandes leçons, serail ouvert; là seraient placés, de distance en distance, quelques chefs-d’œuvre que l’on aurait pu rassembler, je suppose deux ou trois tableaux de Rubens, deux ou trois de Raphaël ou de Tilien, quelques tableaux des meilleurs maîtres hollandais, tels que Gérard Dow, Mieris, ele., ele., un ou deux des meilleurs paysagistes. Dans les villes secondaires, où il est difficile de se procurer ces chefs-d'œuvre, le gouvernement rendrait facile l'exéculion du projet par l'envoi de ces ouvrages aux époques fixées pour les expositions. Avant l'ouverture du salon des grandes leçons, on ferait un appel à tous les peintres; on les inviterail à trailer les mêmes sujels que les tableaux des grands maîlres exposés; ce serail un concours, une lutte ouverte entre nos peintres modernes eLles anciens, où la conscience de l'artiste serait son propre juge, où la récompense due aux efforts heureux, serait l'espoir d'un nom immortel : car ces œuvres, placées à dans le but qu'inspire une noble ambition, devraient y rester fixées en altendant le jugement de la postérité.
De quelle ardeur, de quel enthousiasme les artistes ne seraient-1ls pas animés en travaillant à de telles œuvres, dans un tel but!
Afin de compléter ce mode d'encouragement, le gouvefnement ou les sociétés des beaux-arts devraient allouer des fonds à l'achat des toiles, des couleurs, des pinceaux, el de tout ce qui est nécessaire à l'exécution des
œuvres de peinture; ces objets, dont on ferait provision, seraient livrés
gratuitement aux artistes prêts à entrer en lice, mais auxquels la fortune
ne permettrait pas de faire les frais nécessaires à ce genre d’études.
En suivant celle méthode, en faisant cet appel aux peintres, les prolecteurs des artistes découvriraient bientôt les hommes véritablement passionnés pour l’art, les hommes seuls dignes de tous leurs encouragements. Bien peu de peintres, sans doute, se présenteraient à ce difficile tournoi, bien peu auraient assez de courage, d'ambition, d'amour de la gloire pour oser tenter une telle lulte; mais de quoi se plaint-on aujourd'hui? qu'un trop grand nombre de jeunes gens se livrent aux arts sans goût, sans vocation. Eh bien! ce serait done là une épreuve qui aurail déjà un résultat immense : celui de séparer livraie du bon grain: el de dissiper à l'instant même cette multitude d'ouvriers attirés par la soif du gain, En perdant l'espoir de voir acheter leurs ouvrages par les amateurs de peinture, ces hommes d'argent abandonneraient bientôt leurs pinceaux
pour embrasser les métiers auxquels ils sont propres. Les protecteurs des
arts gagneraient singulièrement à ce procédé; les sommes à allouer seraient beaucoup moins grandes et seraient bien plus utilement mises à profit. Quatre à cinq artistes peut-être réclameraient alors leurs soins ; que faut-il de plus à la gloire d'un pays; un seul quelquefois ne suflirail-il pas ?
Tel est selon moi le mode d'encouragement qui porterait les meilleurs fruits. Si un jour l'on veut bien en faire l'essai, je tâcherai de donner à cette idée un plus complet développement.
Bien des gens sans doute me diront, en lisant ces lignes : De quoi voulez-vous done que les artistes vivent s'ils travaillent uniquement pour la gloire ? A cela je répondrai que ma méthode ne s'adresse qu'aux véritables artistes, et voici celui à qui je donne ce nom. Si c'est un homme privé de toute fortune, il ne sacrifiera point pour cela son art, il ne le prostituera pas à de capricieuses fantaisies d'amateurs; s'il est pauvre, il s'’habituera aux privalions, renoncera à loutes les jouissances de la vie matérielle, et, s'il le faut, il aura un métier à part qui le fera vivre. Le véritable ârtiste vit, mais il ne vit que pour vivre dans l'avenir, semblable au héros qui n'a pas faim au moment du combat; semblable au saint anachorète embrasé de l'amour divin, son enthousiasme l'alimente et le soutient. Si vous le voyez fuir le monde, se vouer même au célibat, c'est dans la crainte d'être enchaîné par des devoirs qui pourraient le détourner de ses nobles travaux. Le véritable artiste ne tient pas à jouir d'un bonheur vulgaire; il ne tient pas à la fortune, aux équipages, aux grands Lrains d'une maison; ce dont il a besoin, ce dont il a faim, c’est la gloire : c’est pour elle seule qu'il vit, c’est elle qui le fait vivre.
Si de grands peintres, qui ont illustré notre école, n'ont pas toujours possédé ces qualités éminentes, si malgré cela ces rares génies ont fait de belles choses, ce n'est point par là qu'il faut chercher à les imiter. Bien
des artistes aujourd'hui, peur excuser leur avarice, s'appuient de l'exemple quelque peu fastueux de nos anciens peintres flamands ; mais ces artistes devraient se souvenir, que pour atteindre au sublime, il ne faut point chercher à concilier l'amour du gain avec celui de l'art ; l'homme qui veut atteindre au but dans son art, a besoin de loules ses facullés intellectelles; il doit fuir Lou ce qui peut porter atteinte à leur force, à leur purelé.
Si j'étais chef d'académie, je dirais aux jeunes peintres : « Méprisez les dons de la fortune; que votre génie reste libre; indépendant, ayez une haute idée de votre art, comme ce fier Italien qui ne voulut point se découvrir devant le Pape qui le regardait peindre. Ne cherchez point les faveurs des grands : que sont-ils près de vous si vous devenez un grand artiste ? La gloire d'un grand peintre est au-dessus de toutes les gloires ; on parle avec admiration de Raphaël, de Rubens, de Van Dyck; on sait à peine le
nom des grands seigneurs ou des grands ministres qui vivaient dans leur lemps. Qu'une si belle carrière exalle votre enthousiasme, enflamme votre courage. Gardez-vous d'imiler vos contemporains dont les succès ne son souvent dus qu'aux caprices d'une mode passagère ; évilez surtout, évitez la contagion que répand dans les arts l'esprit l'util et léger de nos voisins. Les œuvres des grands maîtres, qui ont élé approuvées par les siècles, doi-
vent seules vous servir d'étude. Lisez Plutarque. Comme le disait un
peintre célèbre : en lisant la vie des grands hommes, notre imagination s'échauffe et s'agrandit; quel que soit le genre d’ambilion dont ils aient été animés, leur exemple exeile en nous une certaine énergie, un désir brûlant de nous élever comme eux. Quand vous vous livrerez aux travaux de votre art, rappelez-vous avec quelle héroïque fureur ces grands hommes
ont travaillé à leur gloire : Alexandre-le-Grand s’appliquail sans cesse à
ler l'illustre macc-
imiter les sublimes héros de l'Iliade ; César, jaloux d’é donien, pleurail un jour en songeant que lui, César, n'avait rien fail encore dans un âge où ce héros remportait d'éelatantes vieloires. Avant de vous mettre à l’œuvre, souvenez-vous de tous ces traits de vertu et
d'héroïsme, de ces chefs-d'œuvre d'art qui font l'admiration des siècles. Si, au souvenir de loutes ces choses, vous êles saisi d'enthousiasme, si vous sentez que votre poitrine se gonfle, qu'une soif de gloire vous transporte, c'est que vous êtes artiste; alors, vous saisirez vos pinceaux el, comme un de ces héros d'Homère cherchant dans la mêléeun ennemi digne de lui, vos regards se porteront vers les œuvres immortelles de Raphaël, de Michel- Ange, de Rubens, vous travaillerez alors avec le désir ardent d'égaler ces maîtres; et, votre lâche achevée, plein d'une noble fierté, vous vous écrierez comme Salvator Rosa : Que Michel-Ange vienne maintenant, et nous verrons s'il fait mieux !
Ce que vous aurez produit ne sera peut-être qu'une chose imparfaile encore, mais sera au moins le résultat de tout ce que pouvait l'entier développement de vos facullés, et, soyez-en bien sûrs, ee que jamais Pamçur
du gain n'eût pu vous inspirer.