‹ Œuvres littérairesChapitre 162 sur 262 · LA LUTTE EST LA TERREUR DES RÉPUTATIONS USURPÉES · texte numérisé non relu

LA LUTTE EST LA TERREUR DES RÉPUTATIONS USURPÉES

Un homme parfaitement étranger au maniement des armes et à qui Voltaire avait fait une renommée de grand maître d'escrime, eut l'esprit de ne jamais consentir à se baltre avec qui que ce fût, el conserva ainsi toute sa vie cette belle réputation qui le rendait aux yeux de ses contemporains un ohjet d'admiralion et de terreur.

Si la modestie nous permellail de comparer nos œuvres à celles de ces grands hommes que le préjugé rehausse si fort de son prestige, s’il nous était permis de lutter avec eux, pas un de ecs grands hommes peut-être ne conserverail le rang où nous le voyons élevé. Peut-être verrions-nous même, sur le trône de Corneille, de Phidias ou de Raphaël, s'élever des hommes sans nom, sans éclat, et à qui il ne faudrait, ainsi qu'au vainqueur du géant Goliath, que l'heure du combat pour se révéler.

Encore une fo mesurer contre des forces supérieures aux nôtres. Celte supériorité, si l'on veut bien y réfléchir, n’est souvent qu'une illusion. Osons accepter le gant qu'on nous jette! C'est avec cette audace qu'une poignée de soldats met quelquefois une armée en déroute, que dans les grands événements politiques, les révolutions, par exemple, des hommes obscurs, sortis du sein de la foule, se trouvent tout à coup des orateurs, des héros, et éclipsent toutes ces grandeurs que l'habitude et le préjugé nous font regarder quelquefois comme des prodiges.

is, ne craignons pas la lulte, ne craignons point de nous

Si les hommes voués aux arts avaient la force, le courage, le dévouement

des hommes poliliques ; si, comme eux, ils avaient l'enthousiasme, l'amour de la gloire, celui de la patrie ; si, comme eux, ils osaient braver les préjugés pour affronter la lutte, que ne devrions-nous pas attendre alors de nos écrivains et de nos artistes!

Dans l'espèce de tournoi auquel j'appelle aujourd'hui nos écrivains belges, qu'ils s’échauffent de ees exemples de vertu civique, qu'ils s'eflorcent de les imiter! Le despotisme sous lequel leur Lalent gémit aujourd'hui n'offre-t-il point une analogie frappante avec ces despolismes insensés qui si souvent ont soulevé des armées de héros? Allons, enfants

des muses, poëtes, écrivains de la Belgique, éhantez aussi votre Aarseillaise; secouez ce joug honteux qui vous opprime, et vengez, vous le pouvez, l'insulte si souvent faite à vos talents et à votre patrie !

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