II. RECETTE POUR SAVOIR SI L'ON A DU MÉRITE
Il nous est bien difficile de connaître l'opinion des autres sur notre propre mérile. Si nous nous fions aux vaines apparences que l'on nous montre, nous serons bien souvent trompés. Il nous faut done avoir recours à quelques pelits moyens familiers pour surprendre ce que l'on pense réellement de nous.
Un chasseur adroit et expérimenté doit prendre le gibier par son côté faible ; de même il nous faut prendre l'homme. On ne l'attrape pas, lui, cel animal que l'on dit raisonnable, au lacet, comme les grives ; à l'aide d'un
morceau de lard, comme les rats.
La Commère, août 1842. Le Préeurseur, 15 décembre 1846
Non : l'endroit par où on le prend, c'est son amour-propre.. C'est par là qu'il trahit sa pensée.
Si vous êtes écrivain, artiste, homme d'intelligence enfin, et que vous soyez quelque peu tenté de connaître l'opinion du publie sur votre comple, ce que vous aurez à faire pour contenter votre curiosité ne sera pas bien difficile.
Supposons que vous ayez fail un ouvrage quelconque, que vous l'ayez livré au jugement du publie, mettez-vous à l'affût, et voici les divers indices qui vous donneront la juste mesure de ce qu'on pense de vous :
Si la foule, en général, admire votre ouvrage, el s'extasie à son aspect ; si les hommes qui suivent la même carrière que la vôtre, font chorus avec les autres : — mauvais signe, très-mauvais signe !
Si tous ceux qui ont de l'esprit ou veulent en avoir vous font belle mine quand ils vous rencontrent dans la rue; si l'on vous fait force compliments sur votre œuvre : — mauvais signe !
Si l’on dit de vous : c’est un bien bon garcon, c'est un homme bien modeste, un homme sans vanité, sans ambition : — bien mauvais signe !.… très-Mmauvais
signe! archi-mauvais signe! Vous êles obligé alors de faire quelque chose de mieux pour amorcer un peu les amours-propres.
Si après cela, vous voyez çà el là quelque figure qui grimace en passant à côté de vous, si vous rencontrez des gens d'esprit, des épiciers savants qui ne vous saluent plus Comme auparavant : — bon signe! le courage doit vous revenir.
Si vous apprenez que dans le publie on lance des boutades contre vous : que l'on vous lrouve des ridicules : — eæcellent signe! excellent signe! Vous êtes en bon chemin.
Si tout le monde s’acharne contre vous, que des ennemis nombreux s'élèvent de loutes parts pour vous accabler; que l’on trouve détestable tout ce que vous dites, tout ce que vous faites; que l'on vous accuse de vouloir faire du bruit, que l’on vous traite d'ambitieux , d'orgueilleux… alors, oh! alors vous avez intéressé le publie sur votre compte, vous avez blessé l'amour-propre de beaucoup de gens, vous êtes devenu quelque chose, vous avez du mérite enfin,
Nora. — Quand la voix de l'amour-propre blessé s'écrie : C’est mauvais, c'est mauvais ! Souvenez-vous Loujours que cela veut dire : C’est bien, c'est
bien !