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V. BRUXELLES CAPITALE ET PARIS PROVINCE

On sail ce que c'est qu'un effet de houle de neige: grosse d'abord comme le poing, la boule grossit, à mesure qu'on la roule

Ainsi naissent et grandissent les villes,

Une maison a nne sorte d'attraction qui en appelle une autre, deux maisons en appellent quatre, quatre en appellent huit; Paltraction qui exisle entre les habitations, c'est la nécessité, ce sont les besoins de la vie qui en sont cause; plus le nombre d'habitations aura grandi, plus les besoins seront nombreux, plus grande sera l'attraction.

Là où il y aura le plus grand nombre d'hommes, là hrilleront avec le plus d'éclat l'industrie, le commerce, les arts, les sciences, les lettres, à toutes les splendeurs humaines seront allirées comme par enchantement, toutes viendront s'y fixer.

Divisez Paris en einq ou six villes, dispersez ces villes, eà et là et Paris aura perdu toule sa force, laule sa puissance, tout son rayonnement, tout son prestige.

L'union fait la force.

Tout le monde sait cela, cela n'esl pas nouveau et nous en sommes charmés, notre lâche sera facile.

Done, une grande réunion d'hommes, c’est tout le secret qui fait la puis-

sance, la prospérité des grandes villes. Relenons hien cela.

Cela posé, cela convenu, quels seront les moyens d'agrandir les villes? Les moyens faciles, prompts, efficaces ?

La cause puissante de l'agrandissement des villes, chaque jour nous la touchons, nous marchons dessus et nous ne la voyons pas.

Quand, dans vos promenades, dans vas courses d'affaires loin du centre de notre ville, vous rencontrez des construclions nouvelles, n'avez-vous rien remarqué dans les espaces vides, dans les espaces laissés entre les groupes de maisons ? Non, vous n'avez rien vu, ear vous êles de la classe indifférente des hommes préférant le repos à l'étude, le sommeil à la réflexion.

Eh bicn ! là où vous n'avez rien vu, se passe un phénomène curicux. Ces briques, ce mortier, ces amas de matériaux propres à la bâlisse, savez-vous qui les amène là? Voyez ce colosse dont la tête est dans les nues, un de ses pieds posé près de ce groupe de maisons et l’autre près du groupe opposé. Ce géant, qui se tient ainsi à califourchon sur l’espace, c'est le démon de l'industrie, toujours veillant, toujours actif; il a horreur du vide: c'est lui qui couvre ce sol de briques et de pierres ! C'est lui, toujours lui, des routes, le long des

qui échelonne les maisons que vous voyez le long

projets de rues, aux abords des lieux habil c'est lui qui sème ces maisons nombreuses, qui semblent se tendre les bras et faire la chaîne pour porter secours à celles qui sont éloignées.

Voici un groupe de maisons. A 600 mètres de là, on y établit une place. Cette place est destinés aux promenades, aux fêtes publiques. On y va, on s'y promène; mais en s'y promenant, on se fatigue. On veut se reposer, se rafraîchir. Que faire? Pas de cafés, pas de restaurants. Attendez; ne vous découragez pas; dans un mois, dans quinze jours, vous aurez cela. Le démon de l'industrie a pensé à vous, comme il pensera à bien d’autres.

Voilà une maison ; en voilà deux, en voilà trois. Cette population

isolée, à son tour, a de pressants besoins. Le tailleur, le boltier, le bou-

langer sont éloignés. Vite, notre géant de l'industrie à l'œuvre! 11 bâtit, il échelonne, il accumule des maisons, et voilà tailleurs, bottiers, boulangers,

bouchers remplissant l'espace. Au centre de la ville, ils étaient coudoyés, enviés, jalousés par des concurrents du même métier. Ils y croupissaient, y languissaient, mouraient de faim; maintenant, les voilà dans la nouvelle rue, bien large, bien aérée; ils se portent bien. La pratique va mal; mais attendez, elle ira mieux; puis elle ira bien ; car les maisons sans cesse sc multiplient. L’attraction, vous le savez, va toujours son train. Il y a un an, il n’y avait rien. Cette année, la rue se dessine ; dans peu de temps, la rue sera prospère. Évidemment, les maisons sont douées de sexes différents : il y a des accouplements.

Quelle est la cause d’un pareil résultat? La distance. Cela vous étonne ? Oui, la distance. La distance a produit Lout ce phénomène.

Cela dit, qu'on nous permelte d'adresser à la ville de Bruxelles cette apostrophe :

Vous vous appelez capitale de la Belgique; votre position géographique est belle; celle que vous occupez dans l'industrie et les arts est plus belle encore; osez dire ceci et sans trembler : Je veux être capitale de l'Europe. — Cela vous fait sourire, lecteurs, c’est bien; mais permetlez-nous de continuer.

La grande réunion d'hommes, avons-nous dit, c'est le secret qui fait la

force, la puissance, la splendeur des villes.

Voyons, Bruxelles contient 300 mille âmes ; c'est un loyer d'attraction sur toule la Belgique.

Paris contient un million d'âmes; c'est un foyer d'allraclion pour une partie de l'Europe.

Eh bien! si Bruxelles veut dominer l'Europe, il faut qu'il amasse trois ou quatre millions d’âmes dans son sein.

Pour accomplir cette grande œuvre, nous avons donné le moyen matériel : ménager la distance, espacer les habitations. Mais pour compléter ce grand travail, d'autres soins, ceux qui appartiennent à l'intelligence, seront

nécessaires. Nous ne dirons, en passant, qu'une chose du ressort de l'homme d'État: il faut une loi, une loi qui oblige le riche bâlisseur à garder les distances voulues. Qu'on ne se récrie pas contre une telle loi; elle’ ne serait pas plus arbitraire, pas plus vexatoire que celle qui m'oblige à céder mon jardin, mon Champ, ma maison aux empiètements d'une route, d’un chemin de fer, établis dans un but d'intérêt public.

Nous laissons aux gouvernants, aux savants économistes, aux grands industriels, le soin de méditer sur cette matière.

Quatre millions d'hommes réunis à Bruxelles! Cela paraîl extravagant, cela paraît impossible.

Attendez. Voici mon plan, voici ce que je veux.

Prenez celte carte de la Belgique, jetez un coup d'œil sur l'ensemble : ‘que remarquez-vous ?

De grandes et nombreuses villes, rapprochées les unes des autres, liées

par des chemins de fer. Bruxelles, Anvers, Malines, Gand s’enlacent de leur longs bras de rails et semblent s’étreindre comme des membres d’une seule famille. Tout ce que vous venez de nommer de villes, tout ce que vous venez de voir d'espace entre ces villes, toute celte étendue que voyez, c'est mon plan, mon nouveau plan de Bruxelles capitale, capitale de l'Europe. Malines, Anvers, Gand sont des jalons, des groupes d'attraction: cos

groupes déjà liés par les chemins de fer ; ces ébauches de rues déjà arré- Ltée

ées, que nous reste-t-il à faire ?

Secondez l'opération mystérieuse de la propagalion: échelonnez vos palais, vos maisons ; riches constructeurs, bâtissez de Bruxelles à Malines, bâtissez de Malines à Anvers, bûli craignez-vous, gens à fortune! Craignez-vous des vides, du vide dans vos affaires, du vide dans vos relations? Aveugles ! Votre surface s’élar sant, c'est la boule de neige qui progresse, c’est ouvrir vos bras à de nouveaux avantages, c'est ouvrir vos bras pour mieux saisir tout à la fois Loutes les puissances, toutes les grandeurs, toutes les gloires, tous les plaisirs, tout le luxe dont Paris est si fier. Étendez-vous, étendez-vous, dis-je : compre-

z (Anvers à Gand; étendez-vous, que

nez tout ce qu'il y a d'électrique, de magique dans la réunion d'un grand

nombre d'hommes, — la boule de neige toujours; — vos quatre millions

d'hommes réunis, e’est une montagne d'aimant où viendront se précipiter

toutes les richesses de la terre.

Ériger Bruxelles en capitale de l'Europe, eclle idée demande certains développements ; nous les donnerons plus lard, si le ciel nous prête vie. Il sera facile de nous faire des objections ; il nous sera plus facile encore d'y répondre.

Maintenant, nous avons un petit comple à régler avec les hommes en général, avec nos compatriotes en particulier.

A ceux qui nous diront : Votre projet est inexécutable, votre projet est insensé, votre projet est absurde, vous rêvez, vous êles fou, — à ceux-là, nous rÉpondrons :

L'homme, savez-vous ce que c'est que l'homme? L'homme est ce qu'il y a de plus faible, de plus timide, de plus chétif, de plus défiant, de plus paresseux, de plus poltron, de plus méchant, de plus obstiné, de plus entêté, de plus bête sur laterre ! Mais Louchez un certain ressort logé dans la tête de l'animal, et vous avez ee qu'il y a de plus généreux, de plus audaeieux, de plus intelligent, de plus puissant dans la création. Le ressort qui

transforme ainsi l'homme, qui le fait passer de la faiblesse à la force, de la

erainte à l'audace, de la bêtise à l'intelligence, savez-vous ce que c'est?

C'est la révélation de sa propre puissance, c'est la conviction profonde qu'il peut quand il veut, que sa volonté est plus forte que le feu, plus forte que l'eau, plus forte que l'air, et qu'elle doit le conduire jusqu'aux étoiles.

Orgueil! orgueil! vous écriez-vous.

De l'orgueil! Ah! que nous sommes heureux d'en parler à vous, chers contemporains ! à vons surtout, chers compatriotes!

L'orgueil que vous signalez avec horreur, lorgueil que vous jetez à

la face de tout ce qui travaille, de tout ce qui s'élève, de tout ee qui Î

rayonne; lorgueil qu'une sole morale condamne, qu'une sotle sagesse

condamne, qu'une sotle modestie condamne, l'orgueil que vous lrailez de -le, si monstrueux, si abominabie

vice, de péché même, n'est pas, Croy que vous le dites ; l'orgueil, c'est Lout ce que l'homme a de force el d'énergie au cœur, à la tête, aux entrailles; l'orgueil c'est une vertu, entendezvous, une vertu sublime; c'est elle qui distingue l'homme penseur de l'homme paresseux, l'homme créateur de Fhomme qui ne crée point.

L'orgueil est d'origine divine.

Dieu donna à l'homme la raison, à la brute l'instinct; la raison, à l'homme, l'instinct à la brute amenèrent, au commencement du monde, les mêmes résultats : l'homme et la brute mangeaient, buvaient, dormaien£. Il

va avail égalité parfaite entre l'homme et la brule. Cette égalité, Dieu s'en

aperçu! I voulut relever l'homme, lui donner le désir de créer, comme lui, les œuvres grandes, sublimes ; il voulut enfin qu'il lui ressemblät, et, puisant dans son sein une brillante étincelle, il l'appliqua au front de l'homme. Cette étincelle, c'était l'orgueil.

L'orgueil n'est donc pas tant à dédaigner. Moralistes imbéciles et timides, Dieu la partagé avec nous; Dieu peut-il nous reprocher l'abus de l'orgueil, lui qui fait tant de gigantesques solcils, tant de gigantesques choses, resplendissantés de la plus orgucilleuse magnificence ?

Dieu, c'est l'orgueil même dans sa manifestation la plus sublime.

Revenons maintenant à notre projet. C'est à ceux qui sont doués d'anc trempe vigoureuse, à ceux dont la tête est de fer, la cervelle de flamme , à ceux dont l'œil ardent pénètre l'avenir, à ceux dont le regard mesure fièrement l'espace de la terre aux cieux, et osent dire : Nous y arriverons, — que nous soumettons notre plan.

Les hommes qui nous liront, qui nous comprendront, seronl-ils de ceux qui ont en main la pâte du pouvoir? Hélas! pouvons-nous lespérer? Le grand nombre n'est-il pas celui des niais, des engourdis et des trembleurs ? Qu'espérer, par exemple, de ce M X..…., cette manière de dindon castrat et

ventru? Son abdomen à lui est le pays tout entier. C’est pour lui qu'il propose une loi, qu'il défend un intérêt quelconque. Qu'espérer de cet homme qui dit,-en voyant une colonnade grecque : « Qu'est-ce que c'est que ça? » en voyant l’Apollon et la Vénus : « Qu'est-ce que ces bons hommes?»

Chers compatriotes, l'enthousiasme vous manque, l'exaltation vous manque, l'amour de votre pays vous manque, la révélation de vos propres forces vous manque. Voyons ! un peu d'orgueil, s'il vous plaît! Vous pouvez être un grand peuple, un grand peuple par l'intelligence ; vous pouvez faire de grandes el belles choses, glorieuses pour vous, glorieuses pour Fhumanilé; vous avez tout ce qu'il faut pour cela, sauf ce que je viens de signaler. Vous vous prosternez devant vos voisins. Enfants! les hommes

sont des hommes partout. Qu'ont-ils donc de plus que vous, vos voisins?

La vivacité, la légèreté, l'initiative, le feu de paille? Vous avez la gravité, la méditation, la persistance, le feu qui fait les grandes œuvres.

Vous voyez le Parisien remuer, travailler, édifier sans cesse; vous le eroyez plus intelligent que vous, plus habile dans les arts, les sciences, l'industrie. Prévention ridicule ! prévention qui fera éelater de rire les races futures! Innocents! ne voyez vous pas que Paris, gonflé de gloires élrangères, ne doit son grand luxe, son grand nom, ses sciences qu'à une CAUSE : LA RÉUNION D'UN MILLION D'HOMMES ?

Allons done, habitants de la Belgique ! réunissez-vous aussi, vous aurez du mouvement, de la vie! des fêtes, des monuments, des théâtres, des acteurs, des chanteurs, des danseurs. EL la foule, la foule des poètes, des

Re mure relie

fl (I

peintres, des musiciens, qui accourrom! Des palais de verre, des palais de fer, des musées, des exposilions, artistiques, industrielles, universelles, et tout cela plus beau, et tout cela plus grand, et tout cela plus splendide dans volre ville immense, votre ville monumentale, votre ville aux quatre millions d'habitants, que dans Paris qui vous élonne, ce Paris infect, aux 1 près du luxe la misère grouille, où la faim

ruelles sales et gluantes, 0 dévore.

Allons ! vite, à l'œuvre, Wacez-moi des rues! Jelez-moi des ponts ! De

l'enthousiasme, de l'enthousiasme! Arrière la raison! arrière la s arrière le bon sens! Merveilles du monde, merveilles des arts, me syeilles de tous les temps! Pyramides, temples, statues! Jupiter de Phidias ! Coupole de Michel-Ange! Vous

le jour? Est-ce à la froide ?

ous, chefs-d'œuvre immortels, à qui devez-vous raison ? est-ce à la timide sagesse? Non. C’est à

l'enthousiasme, c’est à l'audace, c'est à l’orgueil, c'est à l'exaltation, c’est à

l'héroïsme, c’est à l'amour de la gloire.

Allons, Bruxelles! lève-toi; deviens la capitale du monde el que Paris,

pour loi, ne soit qu'une ville de province

« L'homme a loujours raison, a dit Voltaire, quand il parle seul. Mais la critique ne parait une chose juste, qu'alors qu'elle a triomphé des raisons qui lui ont été opposées. »

M. Wiertz offre pour prix un de ses tableaux, à l'écrivain, poële ou journaliste, qui, en sa présence el en présence d'hommes compétents en malière de peinture, saura faire de ses œuvres exposées, une critique capable de renverser les objections de l'auteur, fondées sur les principes de l'art,

Il pense comme Diderot, que tout critique qui recule devant un défi de celle nature, « peul être regardé où comme un homme méchant, ou comme un ignorant où un poltron’. »

Avis. — Monsieur Wiertz offre de faire gratuitement des tableaux pour les amateurs de peinture qui, possédant un Rubens ou un Raphaël, — vérilables, — voudraient placer son œuvre pour pendant à l’un ou l'autre de ces maîtres ”.

Monsieur W. demande un domestique sachant peindre des accessoires du moyen-âge, faire foules les recherches, ete., etc., telles

que, élc ele

© Fmprimé sans date sur une grande afliche, * Annonce publiée dans les journaux.

* Annonce publiée dans les journaux.

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— En 1851, Wiertz écrivait :

« Fai résolu d'apporter, pour ma pari, une page à l'œuvre qu'accompliront un jour des hommes de talent et qui aura pour titre : Grammaire des peintres.

» J'ai fait un recueil d'observations sur les causes qui constituent le beau chez les plus grands maitres. Ce que Raphaël, Michel-Ange, Rubens, ete., ont senfi, sera érigé en principes.

» Ce travail sera publié prochainement sous ce titre : Du Beau dans l'art de la peinture.

(Salon de 1851, p. 250 du présent volume.)

Celle idée avait préoccupé l'artiste toute sa vie.

Ï avait écrit sur un carnet : « Écrire ce livre : Des Causes qui constituent la beruté, suivi de la théorie de la peinture. » Et ailleurs : Ecrire ce livre : Ce qu'étaient les peintres anciens, ce que doivent étre les peintres modernes. — Ailleurs encore : Les

Tableaux des maitres corrigés. — Les règles fixes du beau.

re Les fragments qui en uvre abordé les détails

Ce livre devait contenir une théorie complète de la pei sont restés peuvent en donner à peine l'idée, car l'auteur n de son sujet. Des morceaux qu'on trouvera ici, les uns ont été rédigés en vue de cet

ouvre date plus ancienne, doivent être considérés comme des essais où des fragments, se nt subi une rédaction nouvelle pour

ge et ils avaient déji été communiqués à quelques amis; les autres, dune

rapportant à cet ensemble d'idées, mais qui aur entrer dans la Grammaire des peintres. D'autres, enfin, remontent plus loin encore. On pourrait assigner des dates approximatives à ces rédactions diverses : les fragments de la première époque dateraient de 1840 à 1848, ceux de la seconde se placeraient entre 1850 et 1858, et les derniers auraient été rédigés vers 1860,

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