AVENIR DE L'ART
[est un but vers lequel l'esprit humain tend sans cesse, ce but c'est la faculté de réaliser tous ses désirs. La perfection attribuée à Dieu n’est autre que celle qu'ambitionne l'humanité. Notre esprit sera tourmenté jusqu'au jour où nous pourrons dire : Cela est parce que nous avons dit que cela soit!
Arriverons-nous à cette perfection tant espérée? Nos progres incessants semblent l’affirmer. Quelle raison peut tout à coup nous arrêter? Avons-nous plus de droit que les générations précédentes de croire à l'impossibilité de perfections nouvelles? Se peut-il qu'il y ait un jour d'arrêt dans nos destinées? Quel que soit le terme où doivent s'arrêter les efforts de l'humanité, ce n’est que
par une ascension lentement progressive qu'elle peut s'élever; c’est
par étapes qu'elle voyage vers la terre promise s étapes, dont la durée est de plusieurs milliers d'années, semblent, pour la plupart des hommes, l'étendue qu'il leur est permis de parcourir, et, semblables à l'enfant qui croit voir dans l'horizon le bout de la terre, les wénérations de vingt siècles se figurent qu'un monde nouveau ne peut succéder. Il résulte de cette erreur les effets les plus étranges : la croyance aveugle dans la stabilité des choses qui n'appartiennent qu'à l'époque, l’acharnement à vouloir maintenir ce qui n'est qu'instrument de transition et de voir dans cet imstrument le but éternel de toutes nos études et de toutes nos aspirations.
Cessons d'être enfants, cessons de croire que les choses même
* Ge fragment, de la dernière époque, devait sans doute servir de conclusion.
Te
CE
oi
les plus sérieuses, les plus grandes, les plus belles, doivent constamment occuper les générations à venir. Ces choses, si importantes à nos veux, ne sont que des préparations, des études detachées, qui, rassemblées un Jour, constitueront toute la puissance humaine.
Les divers élements qui doivent ainsi nous élever aux sommets, ont de nos jours acquis une perfection plus où moins avanece; les uns sont à leur début, les autres sont arrivés à leur dernier développement, La dificulte de discerner les choses perfectibles de celles qui ne le sont plus nous fait tomber dans de singulières aberrations.
Parlons seulement ici de ce qui regarde l'art. Bien des gens S'imaginent que l'art peut indéfiniment se perfectionner. C'est une erreur, est une limite où 1l s'arrêtera. En voici la raison : c'est que les conditions dans lesquelles est restreinte limitation de la
nature sont immuables. On veut un tableau, c'est-à-dire une sur-
face plane, entourée où non d'une bordure, et, sur cette surface, la représentation produite au seul moyen de diverses matières colorantes. Obhoé de ne point sortir de ce cercle, il est facile de prévoir le terme où doit s'arrêter sa perfectibihté. Quand le tableau sera arrivé à satisfaire notre esprit dans toutes les conditions qui lui sont imposées, on cessera de s'en occuper. Tel est Ie sort de toute chose qui à atteint son but; elles causent de Fennui, on les abandonne.
Dans les conditions qui constituent le tableau, toute tentative a été faite. Le probleme le plus difficile était le relief parfait, les rofondes perspectives portées à Fillusion la plus complète, Le stéréoscope l'a résolu. ne s'agit plus maintenant que de joindre à cette perfection les’autres perfections trouvées. Qu'on ne pense
as que l'art, borné à ces conditions de la surface plane, puisse
jamais sortir de son cercle. I est facile de prévoir que son dernier
mot sera prochain.
Si nos paroles semblent étranges à ceux qui connaissent notre oi dans le progres, nous répondrons que c'est précisément cette oi qui nous fait tenir ce langage. Nous avons si haute opinion de
a puissance de lhounne, que nous croyons bientôt indignes de
ui les petites choses qui ocenpent aujourd'hui sa pensce. ] | { À
L'art n'est qu'une de ces petites choses, l'art n'est qu'une pre-
paration transitoire, une étude, un jouet. L'humanite, bientôt sortie de l'enfance, abandonnera ces simples imitations, immobile,
muettes. lui faudra un champ plus vaste, plus conforme au déve-
loppement actuel de ses progres, de ses connaissances, de &
découvertes. L'homme est imitateur par imstinct; c'est le créateur qu'il vent imiter. ne sera satisfait que alors qu'il sera parvenu à imiter Dieu en toutes choses.
La peinture donc, selon nous, sera bientôt remplacée par un art plus sérieux, par limitation de la vie. L'art alors sera sorti du cercle qu'il parcourt sans cesse.
Quand on songe à cette élévation probable de l'esprit humain, n'est-il point déplorable de voir toute tendance rétrograde? Et, pour ne pas sortir de la question qui nous occupe, ne se sent-on pas ému de pitié en voyant de petites écoles s'élever contre Ja
marche progressive des arts?