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La Esmeralda

(4) Étienne Hénaux, — Voir aux annexes.

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nemi, et cette guerre que son pays n'accepte point, il va l'entreprendre dans une vigoureuse offensive.

[ a vu le métier dominer l'art : il prend la résolution de ne vendre aucun tableau.

Plus d'une fois, des objections lui ont été présentées contre la grande peinture : « Quelques personnes n'ont observé, écrit-il, que » dans ce pays, ce genre n'estpas lucratif; cela est vrai. Mais, comme » j'ai la folie de chercher La célébrité plutôt que la fortune, je suis » décidé à rester peintre d'histoire (1). »

Lorsque, en 1897, il faisait des portraits, tout heureux d'envoyer quelque argent à sa mère, sa mère lui avait écrit :« Je ne veux pas que vous ven- » diez de vos études, car je sais que cela vous fera trop de peine (2). »

Après son échec à Paris, Wicrtz formule ces sentiments en une ligne de conduite sévère. Un ami lui demande de peindre des tableaux de famille, il répond

« Peindre des tableaux pour la gloire, des portraits ex buste pour la » soupe, telle sera l'occupation invariable de toute ma vie (3). »

Wiertz sacrifiait, d'un seul coup, non-seulement la fortune, non-seulement la gloire de voir figurer ses œuvres dans les musées et les grandes collections des deux mondes, mais aussi le saint rêve d'enrichir sa vieille mère et le doux rève d'avoir une famille, Artiste, il cherchait l'héroïque dans l'art; homme, il ne connut, pour trancher les difficultés, que les sacrifices de l'héroïsme.

Fa vu la grande peinture en discrédit, exelue du marché : il se fait le champion de la grande peinture; il demande que les œuvres des plus grands maîtres soient placées, dans les expositions, à côté des productions modernes (4). Il aborde une toile d’une dimension inconnue jusqu'alors : la Révolte des Enfers, qu'il sollicite de placer auprès de la Descente de croix dans la cathédrale d'Anvers, et il va se donner publiquement pour émule de Rubens lui-même :

« Au sein de la cathédrale d'Anvers règne, comme sur le trône de l'art, le chef-d'œuvre de Rubens, la Descente de croix.

« C’est contre cet inimitable type de perfection que je veux éprouver

(1) Brouillon d’une lettre datée d'Anvers, le 18 juin 1857. Le nom du destinataire, qu'il nomme M. l'abbé, manque.

(2) 8 janvier 1827.

(5) Lettre à M. P. Wäuters, du 28 novembre 1839.

(4) V. plus haut, pp. 280, 295 et 501.

op

les efforts de mon pinceau. Dans celle lutte, inégale à coup sûr, je dois succomber; mais, comme aux champs de Troie il était beau d'expirer sous la lance d'Achille, je veux, en luttant contre Rubens, succomber avec gloire!

» Je l'avoue hautement, la gloire de Rubens excite mon audace; loin que cette pensée soit en moi le fruit d’une téméraire présomption, elle est, au contraire, la manifestation sincère de l'enthousiasme ardent qui m'inspire tout ce qui peut me conduire au but où tendent mes eforts.

» Une toile de 80 pieds serait le champ immense où je voudrais traiter le sujet que j'ai conçu ; un atelier d'une dimension conforme à mon plan devrait être bâti exprès, si l’on ne trouvait pas un local convenable à cet usage.

» Les frais qu’exigerait une telle entreprise, un artiste sans fortune ne peut les supporter ; le gouvernement, s’il a foi dans mon projet, pourra devenir propriétaire de ce tableau, au prix des frais qu'entraînera l'exécution.

» La seule récompense que je sollicite et qui doil m'être promise avant de mettre la main à l’œuvre, c'est l'honorable faveur de voir fixer pour toujours mon tableau à côté de l’immortelle Descente de croix.

» Puisse mon exemple exciter des contemporains plus habiles que moi à se mesurer avec le prince de la peinture!

» Puisse celte entreprise faire comprendre toute la dignité de l'art et de l'artiste!

» Puisse enfin cet ensemble d'œuvres, qu'un but de gloire aura fait surgir, prouver à nos voisins que le peuple qu'ils détractent avec tant d’injustice, renferme en son sein des hommes qui comprennent le but des arts (4). »

Enfin, il a vu la critique frivole, ignorante ; il se reprend à écrire, et il aborde aussitôt deux genres différents : l'esthétique et la satire.

Un concours est ouvert à Anvers, en 1840, pour l'éloge de Rubens, à l'occasion des fêtes biséculaires en l'honneur du peintre flamand. Cest l'artiste qui se pose en émule du maître qui emporte le prix (2).

Mais ces écrits sérieux ne suffisent pas à la guerre qu'il veut mener vivement. Dès 1839, il a commencé des escarmouches de petits pamphlets et de mystifications contre le goût du temps. Le jury des récompenses de l'Exposition lui décerne une médaille; il s'en raille dans une lettre au ministre (3). Il autographie sur une feuille volante une lettre

(1) Lettre au ministre de l'intérieur. 1840. Présente édition, pp. 280 et 281.

(2) C'est à cette occasion qu'il fut nommé chevalier de l'ordre de Léopold. 50 août 4840. Il ne porta jamais de décoration.

(3) Charivari du 25 décembre 1859.

d'un membre du jury, où il parodie le jugement et l'orthographe de ses juges :

« J'ai le plaisir de vous annoncé que vôte reputtasion et faite puisse que vous avé sune medaille ! »

Et la lettre est illustrée d'une charge de son tryptique (1).

Il adresse aux critiques des questions sur la composition, le dessin, la couleur et l'harmonie (2).

I a appelé dans son Æloge de Rubens la France artistique d'alors Qune petite maîtresse, » et un journaliste a relevé le mot; il poursuit ce malencontreux critique de mystifications de toute sorte.

Il envoie à l'exposition du Louvre deux tableaux, dont l'un est de Rubens et y est refusé aussi bien que celui qui est signé : le Railleur,— refus qui fait le wiomphe du peintre mystificateur.

Une nouvelle exposition triennale s'ouvre à Bruxelles, en 1849; il commence une série de revues de salon qu'il continuera jusqu'en 1851; là, il flagelle le défaut de règle, l'anarchie du goût; il expose ses principes, juge les œuvres exposées et termine en opposant le journaliste au journaliste, et en montrant que les critiques pensent le blanc et le noir sur la même œuvre.

Que n'a-t-il pas fait dans cette petite guerre? Tantôt il peint la charge d'un de ses détracteurs : Don Quiblague ; tantôt il expose une carotte comme modèle du genre fini ; d'autres fois, il lance des boutades philosophiques, des suppliques ironiques au jury parisien, de petits pamphlets illustrés; à d'autres moments, il provoque ses contradicteurs en leur posant des questions d'art et les appelle au champ clos de la

discussion; ou bien il publie des annonces comme celle-ci : « M. Wiertz demande un domestique sachant peindre les accessoires du moyen-âge, faire toutes les recherches, ete. »

Il n'est pas jusqu'à ses toiles où il ne mette des inscriptions satiriques, asse une sorte de défi, en annonçant qu'il les a improvi-

et dont il ne f sées en quelques jours où qu'elles sont le résultat d'un procédé nou-

veau : le patientiotype (3).

(4) Voir plus haut, p. 276.

(2) Voir p. 274.

(5) Les 4 âges de la vie humaine étaient annoncés aux catalogues de Gand et de Liége, comme exécutés par le patientiotype, « machine au moyen de laquelle le peintre le plus médiocre peut à volonté donner à ses ouvrages le plus précieux fini. » Ce mot de patientiotype est répété dans une petite inseription, au bas du tableau : la Carotte.

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