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Une société construisait à Bruxelles un nouveau quartier qui porte le nom du roi Léopold I; elle y avait bâti une église. L'artiste, qui a médité longtemps une nouvelle épopée et qui croit le moment venu de l'exécuter, offre à la Société civile un tableau de non moindre dimension pour le maître-autel de l'église Saint-Joseph, à l'unique condition qu'on lui fournisse « une baraque » assez vaste pour l'y peindre; il en profitera pour sa grande composition (1). L'offre est acceptée; mais le marchand de bois demande 42,000 fr. pour bâtir le hangar, et il faut y renoncer. Heureusement, au moment même, un ami découvre une usine abandonnée, rue du Renard, à Bruxelles, et Wiertz obtient la
permission d'y peindre. Mais il ne renonce pas à faire quelque chose
pour l'église Saint-Joseph : « La place est si belle. » (2)
Dès le mois d'août 1845, Wiertz avait définitivement quitté Liége pour habiter Bruxelles. Installé, en 1846, dans l'usine du Renard, à peine at-il cette sorte d'atelier, qu'il se hâte dy rassembler ses œuvres dispersées. La Révolte des Enfers (3), le Christ au tombeau, la Esmeralda, Quasimodo, l'Attente, la Femme à sa toilette, Don Quiblague, ete., rentrèrent ainsi sous la main de l'artiste, et sa correspondance témoigne de difficultés nouvelles.
En mème temps, un autre soin l'occupait. Il n'avait pas abandonné l'idée d'établir un parallèle avec les grands maitres. Dès 1834, étant à Florence, il avait écrit sur un carnet : « RÉFLEXIONS AU PALAIS Prrri. La » comparaison est le sûr moyen qui nous éclaire sur le choix du beau el » nous instruise des causes de la beauté. » Rentré en Belgique, il ne perd aucune occasion derappeler cette idée au gouvernementdans sa correspondance, ou au publie dans ses écrits. À trois reprises, en décembre 1843, en avril 1846, en mars 1849, il avait fait appel, dans les journaux, aux personnes qui pourraient meltre à Sa disposition un tableau de Rubens (4) où de Raphaël, et plusieurs offres lui avaient été faites, sans le satisfaire (5) En 1840, il avait demandé au ministre « l'hono-
(4) « Depuis longtemps ayant l'intention d'exécuter une grande machine dont les proportions ne me laissaient pas espérer de trouver un local-assez grand pour la contenir, je m'empresse de pousser cette afaire el j'espère que dans peu de temps je serai à l'œuvre, » (Lettre à M. Wauters, mai 14846).
2) Lettre à M. P. Wauters, du 51 mai 1846.
(5, Lettres du bourgmestre de Liége des 9 et 15 août 4847. Lettre de Wiertz au bourgmestre de Liége, du 41 août.
(4) V. plus haut, p. 355.
(5 Lettres à Wiertz du 17 décembre 1845, des 16 et 22 avril et 11 mai 1846, des 8 el 12 mars, et 21 juillet 1849, ete
rable faveur de voir fixer pour toujours la Révolte des Enfers à côté de limmortelle Descente de Croix (1). » D'autres fois, il avait demandé que les tableaux de Rubens : le Christ au tombeau (2) et l'Éducation de la Vierge, (3) fussent placés à côté des siens traitant les mèmes sujets. Le Triomphe du Christ achevé, il adresse au ministre la lettre suivante :
« 6 juin 1848.
» Monsieur le ministre,
» Le plus puissant moyen de ramener la peinture moderne vers les grands principes de l’art, c'est de placer, au milieu de nos expositions, les tableaux des grands maîtres. Cette idée que j'ai essayé de développer dans une brochure que j'ai eu l'honneur de vous communiquer lors de sa publication, ne peut encore, je le sens, recevoir son exécution. Des intérêls privés, des systèmes d'école, des rivalités s'y opposent. Mais, quelle que soit la force de tous ces obstacles, fatals à l’art, une idée progressive, féconde, fût-elle sortie du cerveau d'un ignorant ou d'un fou, doit avoir tôt ou tard son application. A toute chose, son temps.
» Un jour viendra où les idées sur le beau en peinture seront nettes et précises.
» Un jour viendra où tout le monde sera à même de juger une œuvre de peinture, où tous les peintres seront à même de juger leurs propres œuvres.
» Un jour viendra où la règle et non le caprice, le principe et non la mode, l'exemple des grands maîtres et non l'opinion de tel ou tel, seront les seuls guides du peintre dans l'exécution de ses ouvrages.
» Un jour viendra que la peinture, elle aussi, chantera sa Marseillaise, et ce jour, ce jour de progrès, sera celui où l'on admettra au sein des expositions les œuvres des plus grands peintres dont les siècles auront approuvé les travaux.
» Mais, en attendant ce grand jour, qui peut-être viendra trop tard pour moi, je désire, pour mon propre compte, meltre à profit le moyen que je crois le plus propre à l'instruction d'un peintre.
» À cet effet, Monsieur le ministre, je viens vous prier de vouloir bien mettre à ma disposition le tableau de Rubens exposé au Musée, représentant le Portement de Croix, afin d'établir entre cette œuvre et les tableaux dont je suis occupé en ce moment, le parallèle dont le résultat doit être une grande et utile leçon.
» La dimension de mes tableaux ne leur permettant pas d’être placés au
(4) V. plus haut, p. 281.
(2) Lettre au ministre de l'intérieur, octobre 1840. (5)V. plus haut, p.187.