‹ Œuvres littérairesChapitre 213 sur 262 · NA EN MMRERT TE WE · texte numérisé non relu

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Musée, je désirerais que le tableau de Rubens fût transporté dans mon atelier et qu'il me fût permis de le conserver à partir du 1°" juin de celte année jusqu'au 30 octobre prochain.

» Je sais, Monsieur le ministre, tout ce que ma demande semble renfermer d'orgueil et de prétention; mais je vous prie de vouloir bien remarquer qu'il n’y a point d'orguel, ainsi que j'ai eu l'occasion de le dire un jour, à chercher un parallèle entre ses propres travaux et ceux des peintres les plus renommés, mais qu'il y à de la vanité, et beaucoup, à reculer devant un tel parallèle. C’est l'amour-propre, la seule crainte d'une comparaison exposant ses défauts à la critique et compromettant la part de vépulation acquise, qui font prendre à la plupart des peintres le parti modeste d'éviter ce parallèle. »

Il aurait fallu démonter le châssis et rouler la grande toile de Rubens; le ministre sy refusa. « Je n'ai pas besoin de vous dire, cerit-il à l'artiste, combien une pareille opération pourrait être préjudiciable à ces toiles anciennes, si précieuses. » (Lettre du 2 août 1848.)

Wiertz ne négligeait aucune de ses idées antérieures. Le tableau destiné à l'église Saint-Joseph porte la note suivante :

« Le peintre a fait don de ce tableau à l'église Saint-Joseph, à la » condition de le remplacer plus tard par un meilleur.

» Bien faire n'est qu'une question de temps. 22 septembre 1847. »

Le gouvernement avait fait les frais de toile des deux tableaux ; le ministre demande à l'artiste laquelle de ses œuvres il destine à l'État. (29 septembre 1848.) Voici sa réponse :

«Novembre 1868.

» Monsieur le ministre,

» J'ai offert, il est vrai, un tableau au gouvernement; mon intention même est de lui offrir un jour tous mes ouvrages ; mais ces offres, Monsieur le ministre, ne sont point faites dans un but d'argent. Grâce au ciel, le prix d’un tableau n'oceupe point ma pensée. Voici, en quelques mois, ce qui fait le rêve de ma vie :

» Chercher à porter l’art à la plus haute perfection possible.

» Ne point vendre mes ouvrages, afin que, les gardant sans cesse à ma disposition, je puisse les perfectionner chaque jour, et, à la fin de ma carrière, les ancantir, s'ils sont indignes de porter mon nom dans l'avenir.

» Quel est celui de mes tableaux que je destine au gouvernement ?

» Pardonnez-moi, Monsieur le ministre, si le système auquel je dois rester fidèle ne me permet point aujourd'hui de répondre à cette question. Quels seront, en effet, ceux de mes ouvrages qui. à la fin de ma vie, me

feront espérer un nom immortel? Quels seront enfin ceux que je sauverai de la flamme et jugerai dignes de figurer au Musée de l'État? Hélas! je ne puis maintenant ni le prévoir ni le deviner! »

Quand le jour de l'exposition arriva, le bâtiment, qui avait été construit au centre de Bruxelles, eut une annexe dans un quartier de ruelles et d'impasses, au bas de la ville, et les visiteurs durent se transporter dans une fabrique de machines, rue du Renard, n° 33, pour y voir les deux œuvres capitales de l'exposition : la Fuite en Égypte et le Triomphe du Christ.

On sait quel fut le succès du Triomphe du Christ.

L'artiste devenait de plus en plus coloriste. Mais un autre progrès est à signaler, car la conception est la première qualité d'une œuvre d'art.

Le Patrocle n'est qu'un groupe, un épisode de bataille ; la Revolte des Enfers est une grande scène pittoresque. Déjà de petites toiles accusaient Ja pensée philosophique du peintre; tel était l'Atelier ; telle était la Belle Rosine, où l'on voit une jeune fille nue regardant un squelette; tel était l'Age d'or, où, à côté d'un groupe de femmes et d'enfants assis dans la sérénité du bonheur primitif, l'artiste a placé un autre groupe debout, saluant, dans un élan d'enthousiasme, le lever du soleil sur la mer. — Dans le Triomphe du Christ, l'artiste a voulu représenter le mal vaincu par le martyre et le triomphe de l'esprit sur la matière. Au-dessous d’un groupe de démons qui se précipitent, Lucifer résiste encore, fier et indomptable. Les belles carnations de l'ange du mal, sa mâle figure, son œil profond, superbe, audacieux, qui cherche à regarder le Christ en face, tout ce déploiement de force, d'audace et de beauté, contraste avec la douce figure du crucifié, entourée de nuages et n'ayant d'autre éclat que le rayonnement de l'intelligence à travers les pàleurs de la mort. Mais cette suprème lueur de pensée et d'amour éblouit l’orgueil et la puissance de l'enfer ; car la force du Christ est son humilité, son arme est le martyre, sa grandeur est dans sa mort, Il meurt, et Satan est vaincu; des anges sonnent les fanfares du triomphe, d'autres percent les groupes de démons de leurs lances gigantesques, tandis que l’archange Michel se précipite comme une traînée de feu et chasse les démons d’un geste puissant. Wicrtz aimait à représenter l'intelligence sans éclat, sans ornement, sans autre grandeur qu'elle-même, et à lui opposer toutes les splendeurs de la matière. I regardait comme un des points les plus difficiles l'union du pitto-

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