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resque et de l'idée, et il voulait qu'un effet matériel incarnt la pensée philosophique.
Ses tableaux achevés, l'artiste avait repris la plume, pour recommencer une revue de salon, abandonnée depuis cinq ans. Il y répétait ses idées
Les écrivains sont-ils meilleurs juges en peinture que les peintres? Qu'est-ce que le beau en peinture? Est-ce folie de peindre pour la gloire? Les peintres doivent-ils vendre leurs ouvrages ? Est-il possible de surpasser les grands maîtres? Bien fuire n’est qu'une question de temps. Les artistes doivent-ils être modestes ou craindre de se faire des ennemis ? Du meilleur moyen de ramener la peinture vers les grands principes de l'art : le parallèle entre les œuvres modernes et les chefsd'œuvre du passé. Enfin, son désir d’étre comparé à Rubens, ce qu'il appelle : Un noir attentat à la gloire de Rubens.
Suivait l'examen des tableaux, avec des illustrations au trait; puis, le relevé des contradictions des feuilletonistes : les uns disant oui, les autres disant non, d'autres oui et non, comme Sganarelle.
Pendant qu'il s'affirmait ainsi, le Triomphe du Christ était accueil avec admiration, comme une grande idée, comme une épopée gigantesque. Provocations, satires, pamphlets, « idées bizarres, excentricités », tout futoublié; les plus violents antagonistes rendirent les armes, et Don Quiblague salua l'œuvre avec enthousiasme. L'artiste était resté fidèle à la grande peinture, la grande peinture triomphait.
« C'est tout un poëme épique », dit le Précurseur.
« De pareilles œuvres se paient un million, dit M. Jubinal, ou bien elles ne se vendent pas; on meurt de faim, au besoin, à côté d'elles. »
« Chapeau bas, messieurs! dit la Revue dé Belgique, car voici un
homme de génie. »
L'usine du Renard n'avait été mise que momentanément à la disposition de l'artiste, et, si le succès ne lui manqua point, Wiertz n'avait encore ni un atelier fixe où peindre de grandes toiles, ni des édifices publics où les placer. Le succès du Triomphe du Christ va mettre fin à cet état nomade et lui donner les deux choses à la fois : son musée.
En mars 1850, il écrit à M. Rogier, ministre de l'intérieur :
» Les paroles bienveillantes que vous avez eu la bonté de m'adresser dernièrement me font espérer que vous voudrez bien prêter quelque altention
aux lignes suivantes ; elles vous feront connaître en son entier le projet dont j'ai eu l'honneur déjà de vous dire un mot.
» Avant d'entrer en matière, permettez-moi, Monsieur, d'exprimer ici ma pensée sur l’orgueil dont chacun m'accuse.
» Je suis orgueilleux et j'aime à l'être ; j'aime à l'être, parce que l’orgueil est, dans ma conviction, la première vertu des hommes brülant du désir d'accomplir de grandes choses ; je suis orgucilleux et ne crains point de le paraître, sachant qu'aux yeux des gens sensés, il n’y a pas lieu, avant la fin de l'œuvre d’un homme, de le condamner ou de l’absoudre, et que, pour juger les peintres, il faut attendre deux siècles au moins.
» Maintenant, Monsieur, me voilà un peu plus à l'aise pour vous parler de mon projel.
» La dimension de mes ouvrages, la ferme résolution de les conserver, le désir d’en créer de nouveaux sur des proportions colossales, tout me fait sentir la nécessité de construire un atelier vaste, commode et bien éclairé.
» Ma fortune ne me permet point de faire construire un édifice. La vente d'un tableau pourrait peut-être m'en faciliter les moyens ; les propositions mêmes de quelques spéculateurs officieux m'en donneraient aussi la possibilité; mais toutes ces ressources, peu d'accord avec mes principes, m'ont fait prendre la résolution de m'adresser au gouvernement, espérant qu'il comprendra ma pensée.
» En conséquence, Monsieur, je voudrais faire don à l'État de tous mes tableaux de grande dimension, s’il voulait bien consentir à pourvoir aux frais nécessaires à la construction d’un atelier.
» Je proposerais les conditions suivantes :
» 49 L'atelier, dont les dimensions prêteraient aux formes monumentales, deviendrait, à la fin de ma carrière, la propriété de l'État, et pourrait servir soit de musée, de salle d'exposition, ou bien encore de refuge à tous ces besoins artistiques qui font si souvent courir à la recherche de grands locaux, si précieux et si rares dans les grandes villes.
» 2 Mes tableaux devraient, pendant ma vie et après ma mort, rester invariablement fixés aux murs de l'atelier.
» Voici quel serait'le plan de l'atelier :
» Je désirerais qu'il fût construit dans le quartier Léopold, sur la hauteur qui borde la nouvelle station et domine la propriété de M. Dubois.
» Le terrain que je choisis est isolé, mais peu coûteux, et il deviendra plus tard le centre d’une immense et riche population.
» La longueur de l'atelier serait à peu près de 35 mètres sur 15 mètres de largeur. La hauteur devrait être de 13 ou 16 mètres environ.
» La construction la plus simple, quatre murailles et un toit vitré, pour-
rait coûter peut-être 25 à 30 mille francs : mais le gouvernement soufrirait-il
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que celle somme servit à élever un édifice d'un si misérable aspeel? Laisserait-il perdre à l'architecture, — si fatiguée dans notre pays des murailles nues et des maisons en manière de cages d'oiseaux, — l'occasion de placer une pauvre colonne, une saillie architecturale quelconque? Ne préférera-t-il pas dépenser deux et trois fois la somme indiquée plus haut, à l'érection d'un édifice qui fût à la fois grand et monumental, objet d'art et d'utilité ?
Le ministre trouve la proposition « d'une réalisation très-difiicile au point de vue administratif »; il offre à l'artiste de mettre à sa disposition, sous certaines conditions, une somme de 30,000 franes. C'était Le minimum demandé.
Quant au désir de l'artiste que le bâtiment prenne un caractère monumental, € l'exiguité » du budget des beaux-arts est un obstacle. « Toutefois, dit le ministre, il serait convenable que la construction fût » établie de telle manière qu'elle pût, dans l'avenir, recevoir un accrois- » sement. »
L'idée de Wicr{z était admise tout entière, au moins pour l'avenir, et il put rêver de voir son musée devenir le beau temple grec en grès rose, dont il voulut tout d'abord représenter en briques les ruines.
Les négociations ainsi entamées aboutirent bientôt. Ce premier conlat est trop important pour ne pas être donné ici en entier :
« Entre M. Ch. Rogier, ministre de l’intérieur, etc.
Et M. Wiertz, peintre d'histoire, il a été convenu ce qui suil :
Art. 4. — Le gouvernement belge met à la disposition de M. Wiertz une somme de trente mille francs destinée spécialement à mettre M. Wiertz à même de se construire un atelier dans le quartier Léopold.
Arr. 2. — Cette somme de trente mille francs sera payée en trois termes annuels de dix mille franes chacun.
Arr. 3. — Le bâtiment et le fonds sur lequel il sera construit, devien+ dront la propriété du gouvernement. A cet effet, M. Wiertz remettra l'acte constatant l'achat et le paiement du prix du fonds.
ART. 4. — M. Wiertz aura sa vie durant la jouissance de l'édifice prémentionné, il ne pourra céder ou transférer cette jouissance à aucune autre personne.
Arr. ÿ. — M. Wiertz, eu égard aux avantages qui lui sont faits par le présent acte, cède dès à présent au gouvernement la pleine et entière propriété des tableaux suivants : Le Combat D'HOMÈRE (1), — LA CHUTE DES
(1) C'est le second Patrocle,
ANGES, — LE Tiiourus pu Christ, Ces tableaux, winsi que ceux dont M. Wiert: pourrait ullérieurement disposer en faveur du gouvernement, demeureront invariablement fixés aux murs de l'atelier, qui deviendra ainsi un musée, dont l'accès sera permis au publie, sous certaines conditions à régler ultérieurenent.
Ainsi fail el convenu à Bruxelles, le 2 Juillet 1850, en double original, etc. Signé : Cu. RoGIER, — WiERTZz, »
Ge contrat signé, Wiertz achète le terrain et se bâtit un atelier sur le plan du petit temple de Poœstum. Mais ses prévisions ne tardent pas à être dépassées; la dépense s'élève bientôt à plus du double de la somme allouée, et Wiertz n'a aucune ressource, excepté sa peinture; il offre donc au ministre trois nouveaux tableaux : le Christ au tombeau, Eve et Satan. Sa lettre reproduit une résolution qu'on rencontre dans toute sa vie :
«Je me permettrai de vous rappeler, M. le ministre, que mon inten- » tion est de laisser, à la fin de ma carrière, la totalité de mes ouvrages » ixés aux murs de l'atelier (1). »
Enfin, il ajoute :
« Je sais apprécier Lout ce que le gouvernement a fait de sacrifices en m'accordant des choses en dehors des habitudes administratives : mais je crains qu'une interprétation exagérée de ce sacrifice ne devienne un argument capable de faire repousser mes dernières sollicitations. S'il en étail ainsi, je prendrais la liberté de faire remarquer que :
1° A part les formules ordinaires écartées pour moi, il ne m'a été accordé de faveur que celle à laquelle tout artiste à droit en vendant ses œuvres au gouvernement ;
2° Que la somme qui m'a été donnée n'est point consacrée à mes propres intérêls seulement, mais à ceux de l'État, en élevant un édifice utile dans l'avenir et dont la valeur est déjà doublée aujourd'hui ;
3° Que la somme qui m'a été accordée, pour une fois, pourrait bien offrir un chiffre moins élevé que celle à laquelle tous les artistes peuvent pré- Lendre toute leur vie en recevant des commandes du gouvernement.
’ardonnez-moi, Monsieur le Ministre, ces longues obser rations ; mes études, ma liberté, mon repos sont menacés, el l'implacable huissier est à ma porte. »
L'ofre fut acceptée, et un nouveau contrat fut signé par le ministre (M. Piercot), le 1° septembre 1858.
(1) 20 octobre 1852,
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