PEINTURE INDÉPENDANTE
» Jusqu'à ce jour, la peinture fut esclave, traitée comme marchandise, soumise à tous les caprices d'amateurs.
» La peinture indépendante s’affranchit de ces servitudes ; elle brave
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(D) Voir plus haut, pp.
l'influence de la mode, elle secoue le joug des fantaisies individuelles el des systèmes en vogue. Elle n'a en vue ni la décoration, ni l'ameublement ; le but de ses eforts n'est point le lucre; elle vise aux qualités artistiques, elle cherche le beau et le vrai, consacrés par les sièeles. En un mot, la peinture indépendante n'entre point dans le commerce et ne s'adresse qu'à l'intelligence. »
Enfin, il avait entrepris une œuvre annoncée bien des fois : une étude générale sur le beau. Il voulait remonter jusqu'à la conformation de l'œil humain pour rechercher les principes du beau plastique, comme la science du langage remonte à la conformation des organes de la parole. Puis, il eût fait pour les grandes écoles ce qu'il avait fait pour l'art de Rubens; il eût établi les lois de la composition, de la variété et de l'unité, etce.; les règles du dessin, du coloris, du clair-obscur ; et il eût terminé par de larges apercus, dont une partie existe, sur l'avenir de l'art (1).
D'un autre côté, il avait cherché depuis longtemps un procédé de reproduction pour la peinture et une matière pour la sculpture, plus solide que le plâtre et plus malléable que le marbre. La gravure sur bois ne pouvait lui convenir. I avait lui-même lithographié Æsmeralda, Quasimodo, quelques portraits et le Patiocle ; mais il n'était pas satisfait du dessin sur pierre. Il avait salué avec enthousiasme l'invention de Daguerre (2) et la photographie (3); bientôt il entreprit de nombreux essais de ce procédé; quand il publia les six grisailles photographiées intitulées : En famille, il avait déjà essayé, avee M. Fierlants, de photographier là Lutte homérique au moyen d'un carton en grisaille au pastel, et le cliché du Sommeil de la Vierge, exécuté sous ses Yeux, a pu servir à la reproduction de son musée, faite après sa mort.
Si ce procédé répondait à ses désirs et pouvait rendre les qualités de l'école flamande, il se proposait d'illustrer l'liade , qu'un ami avail commencé de lui traduire en vers (4). Dès 1869, il s'était essayé à rCproduire son musée, «non pas seulement tel qu'il est, mais tel que le » peintre le rève et le réaliserait si les moyens d'exécution répondaient
» à la fécondité et à la hardiesse de son génie » (5).
(4) Voir plus haut, pp. 559 et suiv.
(2) Voir plus haut, p. 508.
(5) Page 509.
(4) Marbres antiques, par Ch. Potvin, Bruxelles, 1862. O5) Le National du 18 décembre 1862
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En effet, son vaste atelier ne lui suffit plus. Déjà il a esquissé trois nouveaux groupes de sculpture : Za Perfection humaine, Combat de serpents, la Fraternité, et il en a annoncé un autre : peintre, il avait pris Rubens pour émule; sculpteur, il veut s'attaquer au Laocoon. Les projets de tableaux ne lui manquent pas non plus; depuis 1840, il a esquissé la Fin du monde, et il a repris plusieurs fois, pour le müûrir, ce sujet qui aurait couvert toute une paroi de son musée; il a crayonné les Titans menacant le soleil, la Course des nations à la lumière, la Belgique chasseresse, etc.
Le 93 octobre 1862, on lisait dans Observateur :
« Nous apprenons qu'il est question d'agrandir considérablement l'atelier de M. Wiertz. Trois vastes salles y seraient ajoutées, l’une destinée à la sculpture, les deux autres à une série de tableaux dont les esquisses annoncent une œuvre grandiose. Une de ces compositions occupera tout un panneau de la galerie; elle aura pour titre : La Fin du Monde. On comprend tout ce que le pinceau de Wiertz peut tirer d'un tel sujet.
» Considérées sous le rapport des conceptions, de l’ensemble de l’œuvre et des splendeurs artistiques, ces galeries promettent de dépasser la première qui ne serait, en quelque sorte, que le péristyle du musée nouveau. Le gouvernement ne manquera pas de seconder les grandes visées de l'artiste, le seul qui atteigne le genre héroïque et soit à la hauteur de l'épopée. Rassembler ces œuvres d’un audacieux génie, c’est élever à la Belgique un monument qui fera dans l'avenir un de ses plus beaux titres de gloire. »
L'artiste lui-même écrivait :
« Que diriez-vous, mon ami, si tout à coup un musée trois fois grand comme le mien se présentait à votre imagination, si l’œuvre la moins importante de ce musée l'emportait sur tout ce que j'ai créé jusqUACIE >
Ces projets auraient reçu un commencement d'exécution si la santé de l'artiste avait répondu à l'activité de sa pensée et si des ennuis moraux ne s'étaient ajoutés à ses souffrances physiques. Son atelier n'était pas bâti lorsque les réclamations de la ville de Liége vinrent le troubler dans son espérance de réunir toutes ses œuvres sous son pinceau. Ces réclamations devaient se renouveler pendant plus de dix années (1), et les menaces, l'intervention d'un avocat, même d'un
(1) 4re lettre, 24 mars 4851. — 27 juillet 1862, lettre de M. Romberg, annonçant que le conseil communal attendra le moment favorable pour réclamer ses droits.