‹ Œuvres littérairesChapitre 254 sur 262 · DT PES · texte numérisé non relu

DT PES

ramène à la science qu'après une période de déchaînement, où l'indépendance semble le talent, où l'audace passe pour du génie. Libre, on se croit tout permis; le goût publie, entraîné par la même révolution, autorise tout; la critique, non moins divisée, n'empêche rien, et les études elles-mêmes perdent toute autorité et participent de l'anarchie générale.

La classe qui règne et qui achète pourrait-elle imposer la sévérité du goût, les études sérieuses, la hauteur morale de l'art? Qui donc lui eût donné cette certitude d'éducation, cette élévation de sentiment qui manquent aux artistes et aux critiques, ses maitres? La classe qui règne date d'hier ; au goût de l’art qui l'honore, au sentiment de liberté qui l'anime, elle ne peut joindre ni les traditions du passé, ni une esthétique nouvelle. Le luxe grandiose des temps aristocratiques n'est plus; l'essor des beaux-arts, sous l'impulsion de puissantes démocraties, peut se rêver à peine : le règne du Tiers-État n'est pas celui de la grande peinture. Après les temples et les louvres, en attendant les palais de l'industrie, les forums et les panthéons, l’art est réduit aux hôtels d'une aristocratie nouvelle, qui ouvre déjà ses salons à l'histoire de la liberté, mais qui n'ouvre encore aux arts qu'un horizon, étroit comme sa fortune, borné comme sa pensée. Là règne la mode : il suffit de plaire.

Cette situation a produit deux résultats également dangereux : le métier et la spécialité. À quoi bon l'inspiration élevée et la science complète ; à quoi bon les hautes qualités philosophiques et esthétiques de la conception; à quoi bon le grand style et les difficiles combinaisons du pittoresque et du clair-obscur, si la pratique suffit au goût personnel, si le succès, si la fortune s'obtiennent par l'exercice patient d'une des qualités artistiques secondaires, qui sont plus que les autres à la portée de l'admiration publique? L'imitation servile de la nature, l'idée banale remplaçant la conception, le rendu, l'effet, la manière suppléant au style, tout ce qui frappe le vulgaire, triomphe.

Cette perfection de la forme, cette recherche du vrai seraient utiles à un art qui ne peut dédaigner aucun progrès, si elles ne se faisaient pas au détriment des conditions supérieures du beau; elles profiteront à l'avenir. En attendant, il n'est rien que le présent ne sacrifie aux qua-

lités matérielles du métier : conception, Composition, dessin, couleur, style, tout est réduit à la peinture de genre.

L'art, ainsi entendu, ne pouvait manquer de recourir aux spécialités, si favorables au commerce : chaque artiste veut avôir la sienne, depuis

Page 1