‹ Œuvres littérairesChapitre 257 sur 262 · DAT LI EE OR ST ARR RE ER "0 RER ANSE 2 SIENS SO TT CITES CE € V · texte numérisé non relu

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qu'elle dise le contraire, la ville de Liége a reçu communication de l’article du contrat signé le 4° septembre 1853, entre l'État et M. Wiertz, article qui donne à ce projet de convention un caractère sérieux et définitif.

Ces conditions qui ne se sont pas accomplies, ne peuvent être autre chose que le silence de l'artiste sur des lettres plus ou moins menaçantes, écrites en vue de presser le peintre de faire vile la chose.

Les travaux d'imagination, chacun le sait, ne sont pas purement matériels ; si je dis à mon tailleur: « Je veux que mon habit soit fait pour dimanche», j'ai le droit d'être mécontent si cette condition n'est pas accomplie...

D'un autre côté, l'on comprend aussi que le tailleur, pour rassurer la pratique lui fasse parvenir des communications relatives à l'habit, et lui écrive de temps à autre des choses comme celles-ci : « Je fais aujourd'hui les manches, demain j'attache les poches, etc., ete. »

Il à fallu dix ans à l'artiste pour perfectionner son œuvre ; il à fallu dix ans aux échevins de la ville de Liége pour comprendre que celte œuvre à une valeur. Aujourd'hui, l’on ne veut pas laisser au peintre le temps de méditer et de mettre à exécution une œuvre nouvelle.

Au nombre de ces conditions qui ne se sont pas accomplies, il s'en trouve une d'un caractère très-sérieux :

La ville de Liége a consenti à accepter un autre tableau, pourvu que ce tableau fût équivalent à celui dont la ville était privée.

Équivalent! Comment comprenez-vous cela, monsieur le bourgmestre ?

Est-ce de la valeur artistique qu'il s’agit ?

Comment la juger ?

La ville de Liége sera-t-elle satisfaite ?

La ville de Liége, peut-être; mais messieurs les échevins ?

Nommerez-vous une commission d'artistes ?

Allez-vous renouveler l’éternelle question, non résolue encore depuis des siècles, du beau et du laid?

Ah! messieurs, vous voilà lancés dans une voie hérissée de contradictions et d'examens, bien difficile à suivre !

Si vous traitez matériellement les choses, ainsi qu'on aurait bien droit de le soupçonner, la valeur intrinsèque de la toile sera exigée égale à la première; or, vous ne serez peut-êlre pas fâchés de savoir que la première Loile fut payée deux mille francs à Anvers, à la maison Vannufel et Coveliers.

Toutes les réclamations demandent à l'artiste de fixer Le sujet et les dimensions de la toile nouvelle.

Le sujet!

Quatre échevins et un bourgmestre vont donc juger de la conception d'une œuvre d'art sur un titre, et en accepter, en discuter, en refuser le sujet.

Les dimensions !

Si la toile devait avoir un centimètre de moins que la première, l'équivalent, sans doute, serait réclamé à qui de droit, devant qui de droit.

Il y a plus; le placet ajoute :

« Et du même contexte, j'ai déclaré audit sieur Wierlz que ma requé- » rante proteste de tous dommages-intérêts soufferts ou à souffrir et qu'elle » réserve tous droits quelconques. »

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Des dommages-intérêts! Que M. Wierlz y prenne garde! Il a déjà prive si longtemps la ville de Liége de sa propriété! Si l'inspiration se fait attendre et que Liége ait encore à souffrir, Lout son atelier ne suffira pas à payer les dommages el tous droits quelconques.

Savez-vous, monsieur le bourgmestre, ce qui arriva lors de l'entrée de votre huissier à l'atelier de M. Wicrtz? C'était un matin; le peintre, Loujours occupé de son art, se promenait tranquillement el méditait, lorsque votre messager lui remit l'exploit, et l'artiste, qui sut toujours mépriser l'or, repousser l'appât du gain, put lire en tête de ce papier, des mots dont vorei le sens :

— La ville de Liége accuse M. Wiertz d'avoir dérobé le tableau de là Chute des Anges, pour le vendre ensuite, à son profit. —

La vente de lu chose d'autrui, — dit le papier timbré.

Après celte leclure, le peintre replia le papier; il avail lout vu, avec le léger sourire d'un homme qui connaît les passions humaines, qui en a pilié et qui les étudie tranquillement, au profit de son art.

L'huissier sort; « Qu'on le rappelle! » — s'écria l'artiste, car il lisait au bas de l'exploit : « Coût, sept francs quatre-vingts centimes. » M. Wiertz voulait payer, il ne trouva dans son secrétaire que cinq franes cinquante centimes ; et il avait besoin, ce jour là, de faire les frais de quelques couleurs où pinceaux pour travailler. à la nouvelle toile, peut-être, dont il doil vous faire hommage, M. le bourgmestre.

Le pays jugera un jour ce qu'il y a d'odicux et de ridicule dans tout cela.

Il y verra :

1° Un don d'une grande valeur, aecepté avec mépris d'abord, puis réclamé par huissier, en échange d’un service sans valeur aucune ;

20 Le présent d'un artiste se tournant contre lui, comme s'il avait été fait à des ennemis de sa réputation d'artiste et d'honnête homme;

3° Un nouveau don accepté en échange du premier, et la prétention en justice de reprendre le premier;

4° Un artiste honorable accusé d'avoir volé ce qu'il a donné;

5° Un échange de bons procédés où celui qui reçoit exige que le cadeau soit de grande valeur, où celui qui donne est sommé, de par la loi, de faire une œuvre d'art de grande valeur, s’il ne veut être Lraîné devant les tribunaux, elc., etc.

Qu'y a-t-il, cependant, en réalité dans tout cela ?

Est-ce le premier don qui livre l'artiste aux huissiers, en attendant les juges et les gendarmes?

Quand M. Wiertz donna sa toile avant qu'elle fût peinte, quelle valeur avait-elle ?

Aux yeux des conseillers liégeois, aucune, si l'on en juge par la valeur donnée en échange. L'église de Saint-André se prêlait gratuitement au premier marchand forain.

Aucune, si l'on en juge au cas que l’on fit du tableau pendant einq années.

Aux yeux du peintre? Sa loile n'a acquis de mérile qu'après dix années d'études et de travaux, qui en ont fait une œuvre entièrement nouvelle.

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Sur ces dix années, l'église Saint-André entre pour dix-neuf jours.

Dix-neuf jours de location d'une grange banale! Quelle valeur !

L'équivalent que le papier timbré réclame, doit être, en toute justice, caleulé à l'époque du cadeau et d’après la valeur donnée en échange, à ce compte il se réduit à zéro ?

La vente de la chose d'autrui est nulle, dit le papier limbré.

On voit comment cette chose appartenait à cet autrui.

Disons ce qu'on entend par la vente.

Lorsque M. Wiertz eut fait sur la toile de l'église Saint-André une œuvre nouvelle, il joignit cetle œuvre à celles qui font l'objet d'un accord entre lui et le gouvernement belge.

D'après cet accord, le peintre reste détenteur de ses œuvres pendant sa vie, conserve sur elles tous ses droits d'artiste, les seuls qu'il apprécie, et en cède la propriété à l'État, à la condition qu'elles ne soient jamais séparées.

L'État, de son côté, accorde à M. Wiertz l'usage de son atelier, dont le terrain vaut déjà plus que le double de la somme dépensée.

Pour l'artiste, c’est là le rêve de toute sa vie accompli, c’est le couronncment de tous ses efforts.

Avoir un atelier assez vasle, conserver toutes ses œuvres sous Son pinceau, les fixer, les réunir à jamais dans sa patrie et dans une même salle! M. Wiertz préfère ces avantages artistiques à toutes les ofîres des marchands.

La vente d'un seul tableau lui eût donné Lout cela en propriété entière ; mais M. Wiertz ne vend pas ses tableaux.

11 ne vend pas même sa chose! et on l'accuse d’avoir vendu la chose d'autrui!

Des mandataires d’une ville comme celle de Liége devraient y réfléchir à deux fois avant de se servir de pareils termes, au sujet d'un artiste aussi désintéressé.

Mais il y a une convention ! Ici, l'huissier croit triompher et il menace.

La convention ! Elle prouve que M. Wiertz, malgré le cas qu'on avait fait de son œuvre, loin de nier son présent, loin de vendre la chose d'autrui, est toujours disposé à donner sa chose à autrui. De plus, la ville de Liége, en donnant son adhésion à la convention, a accepté, a ratifié cette cession, qu'on incrimine aujourd'hui (1).

La convention! Est-ce un marchand? Est-ce un artiste qui l'a signée? M. Wiertz ne vend, ni ne commerce, ni ne trafique.

Devient-il marchand malgré lui, quand il promet un don? Non! C'est M. Wiertz, avec ses habiludes antimercantiles, avec sa pauvreté volontaire (2),

(1) Lettre au ministre du 16 septembre 1855.

(2) Ce mot n'est pas exagéré. A la mort de l'artiste, l'inventaire notarié a constaté un actif de 502,250 fr. 50. Un seul tableau y est évalué 50,000 fr., c'est un Grand de la terre. Le chiffre le moins élevé est 500 fr. : le Chien dans sa niche. Celles des esquisses qui ont été inventoriées sont cotées à 4 fr. — Dans la somme totale, quand on a retranché les tableaux, les plâtres, les palettes, les chevalets, les échelles et les bancs de

me —

À l h | mn !

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