NT
Cela est capricieux, cela est sot, cela est déplorable, soit! C’est original : on n'a point suivi les maitres.
On ne ressemble ni à Raphaël, ni à Rubens, ni à Michel-Ange! Mais, à malédiction! on ressemble à tout ce quil y a d'ordinaire, de médiocre, de mauvais, de pitoyable, accompli dans les temps primitifs où de décadence!
L'originalité, mal entendue, à fout hasard, ienorante, éest le plus grand fléau dont Fart puisse être atteint.
L'originalité, la véritable originalité, cest l'originalité aux qualités belles, grandes et sublimes. Cest l'originalité de Raphaël, nourrie des meilleures choses qui l'ont précédé; c'est celle de Michel-Ange, nourrie des meilleures choses qui l'ont précédé; c'est celle de Rubens, nourrie des meilleures choses qui l'ont précédé.
Nous l'avons dit plus haut, chaque intelligence m'a qu'une petite part d'individualité, Isolez un homme, que cet homme essaie de la poésie, de la peinture, de la musique : S'il n'a rien vu, rien étudié, sil n'a souvenir de rlen, il sera original, mais quelle sera cette originalité ?
Des chefs-d'œuvre à la manière des enfants, des enlu-
minures comme en font les Chinois, des images dignes de l'admiration des peuples sauvages!
L'abandon des types éternels du beau en vue d'être original, cette déplorable désertion de l'art a amené des Conséquences eTaves à
La rage de lindividualisme à poussé chacun à interpréter le beau à sa facon; il en est résulté pour tout le monde une obseurité, un désordre d'idées, tels que dans l'appréciation d'une œuvre, nos jugements ressemblent à du délire, à de la folie.
Il n'est plus possible, à l'heure qu'il est, de savoir : ce qui est beau, ce qui OST laid: ce qui est vrai, ce qui esi
Per /2
vo
Le\
rs
eee
faux; ce qui est grand, ce qui est petit; ce qui est gracieux, ce qui ne l'est pas; ce qui est esprit, ce qui est bêtise; ce qui est dessin, ce qui est couleur; ce qui est ombre, ce qui est lumière; ce qui est chaud, ce qui est froid ; ce qui est harmonieux, ce qui est sans harmonie. L'art, au milieu de ce chaos, s'est arrêté. Son char reste embourbé au milieu des incertitudes et des fâtonnements.
Supposez que, dans l'art d'écrire, chacun se serve, selon Son caprice et sa fantaisie, d'une langue, d'une orthooraphe, d'un style que personne ne comprenne; supposez que vous appeliez cheval ce que j'appelle porc; rocher, ce que j'appelle nuage; rivière, ce que j'appelle prairie ; supposez que vous écriviez ces mots avec des caractères hiéroglyphiques, bizarres, impossibles; supposez tout cela jeté au hasard dans un amas monstrueux d'idées sans nom, de discours sans forme, où le commencement soit le milieu; le milieu, la fin: et vous aurez une idée bien faible encore de la peinture d'aujourd'hui,
L'individualisme, cest la confusion des langues, la Babel de l'art!
Sauf quelques exceptions, Fartiste moderne est livré aux systèmes les plus drôles, les plus faux, les plus pitoyables qui se soient jamais vus. Tous les cerveaux sont tournés. On nv voit plus, on ne s'entend plus, on ne se comprend plus. Pour sortir de à, pour nous rendre à la raison, que faudra-t-il? Une révolution, un cataclysme, un déluge artistique quelconque !
Aimez-vous à rire, aimez-vous les contes bleus, les coqà-lâne, les surprises bouffonnes, les idées échevelées : irouveriez-Vous Curieux, anusant, par exemple, de voir des gens se disputer sérieusement, se prendre aux che-
veux sérieusement pour des questions du genre de celles-
ci: La lune at-elle plus d'éclat que le soleil? Un veau est-il ordinairement plus gros que sa mère? Ce qui est blanc est-il réellement noir? + où bien : « Ce qui est noir est-il réellement blanc? ».. Si de pareilles discussions vous amusent, entrez dans une salle d'exposition, Mais, si vous aimez les arts, si vous déplorez les époques de désordre, n'y entrez pas. Un penseur sérieux, il en franchit le seuil, éprouvera une pénible émotion. Il sera placé dans cette alternative singulière où, comme le dit un poète, on hésite entre le rire et le sanglot.
Après des siècles de perfection, disait Voltaire, viennent les siècles de décadence.
En effet :
Nous avons vu Léonard de Vinci, nous avons vu Michel-Ange, Raphaël, Rubens : on s'est attaqué à ces géants, on à tenté de s'élever à leur taille: on a travaillé beaucoup, on a lutté beaucoup. Mais, rebuté, épuisé, découragé, on à abandonné la partie. Cest alors que, dans leur impuissance, les génies modernes se sont écriés : « I faut de l'individualisme! Les grands modèles, cela est trop commun !….
Oui...
Les raisins sont trop verts.