‹ Œuvres littérairesChapitre 48 sur 262 · NUS · texte numérisé non relu

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fonde, le style élevé, le contour savant. Ce n'est point à ces honorables exceptions que nous allons faire allusion.

L'art a-t-il pour but la décoration d'un édifice, ou a-t-l pour but d'instruire et de charmer les veux?

Dans un prochain travail, que nous intitulons Du beau dans l'art nous traiterons cetie question avec quelque développement. En attendant, nous ne dirons, sur cette matière, que ce que notre procédé exige, Nous espérons être suflisamment compris. \

La peinture aujourd'hui n'a ni règle ni lois : donc chacun en parle à son aise.

Qu'est-ce que la peinture sans l'idée poétique, dit le poète; sans idée philosophique, dit le philosophe; sans l'idée morale, dit le moraliste; sans l'idée humanitaire, ! dit le penseur; sans l'idée religieuse? dit l'homme reli- Dieux.

D Ces exigences diverses ont produit de déplorables X | effets : des artistes ont pris les critiques au sérieux, et il [ en est qui prétendent enseioner, sur la toile, la morale | la philosophie, la relision. L'Allemagne, la réveuse Allemagne ne pouvait manquer de se livrer à sou penchant. La peinture allemande en général est toute philosophique,

N toute Littéraire, comme la peinture flunande est toute

matérielle,

oute pittoresque.

Disons-le tout d'abord :

La peinture purement littéraire n'est pas de la peinture.

| | WA \ ÿ I faut disünguer dans cet art deux parties : la partie qui Sadresse à l'esprit, la partie qui Sadresse aux veux. |

La partie qui Sadresse à l'esprit forme le canevas de

l'œuvre,

La partie qui adresse aux veux forme lœuvre ellehème,

ne

I suit de là que la partie qui Sadresse aux veux seuls peut faire tableau, tandis que la partie qui sadresse à l'esprit seul ne peut former une œuvre d'art.

Le tableau, privé de la partie de l'esprit, mais pourvu des qualités qui charment les veux, peut ètre un bon tableau.

Le tableau, privé des qualités qui charment les veux et pourvu seulement des qualités qui charment l'esprit, n'est pas même un tableau.

Qu'on ne Sétonne done pas qu'un magot de Teniers, une bambochade d'Ostade, une friperie quelconque, soient des chefs-d'œuvre; mais qu'on sétonne encore moins qu'une page pleine d'idées mystiques, philosophiques, élevées, morales, puisse être une œuvre détestable.

De tout ceci, peut-on conclure qu'un tableau doive s'adresser uniquement aux veux ?

Non.

La combinaison des parties qui s'adressent à l'esprit et des parties qui s'adressent aux yeux, constitue l'œuvre complète, Fœuvre sublime; mais à une condition cependant, éest que la partie des yeux soit portée à la plus haute perfection.

Allier la partie de l'esprit à la partie des veux offre une difficulté Hinmense, et cette difficulté semble aujourd'hui vénéralement ignorée.

lei prend place un des points principaux dont nous avons à parler.

L'alliance de la partie de esprit à la partie des veux est rarement bien comprise.

La plupart des peintres de nos jours procèdent de cette manière :

On cherche une peusée, une belle pensée, soit philoso=

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phique, soit poétique, soit morale; cela fait, on se dit cette idée fera tableau, un tableau magnifique, un tableau qui impressionner.

Qu'arrive{-il souvent? que le tableau m'est point maguifique, qu'il w'impressionne pas: le tableau n'est pas un tableau.

Quel est le secret de ce mécompte? Cest que l'artiste n'a point trouvé l'idée convenable, l'idée qui se plie, qui se prête, qui se soumet aux exigences de la partie spécale de Son art, la partie des Yeux.

Lne suffit done point de trouver une belle idée pour

accomplir une belle œuvre; il faut l'idée qui se formule, pour ainsi dire, sous l'action du pinceau: il faut Libre PITTORESQUE.

Tous les arts puisent au même fonds, mais chacun

d'eux à un langage, une facon d'exprimer où de rendre qui lui est propre.

Le peintre peut penser comme le poète, mais non exprimer sa pensée comme le poète.

Les écrivains, les philosophes, les sens d'esprit n'adinireut que l'idée, füt-elle mal choisie et contraire aux précoptes de l'art. Les savants ne réfléchissent pas à ceci : que l'idée qu'ils admirent peut avoir été trouvée dans un livre, inspirée par un ami, soufllée par un voisin ofli- Cieux.

D'après ce que nous venons de dire, on comprend que nous madmettons pas comme œuvre d'art les peintures mystiques, symboliques, morales, relisieuses, humani-

taires; en un mot, que nous ne considérons pas comme

tableau et bon tableau cette peinture que nous appelleons ltléraire, à moins qu'elle ne contienne les qualités

voulues de pittoresque, de dessin, de couleur et de claire

obscur.

Nous croxons que la mission de l'art est de plaire aux yeux d'abord, pour plaire à l'esprit ensuite; nous pensons que la peinture est impuissante quand il Sagil d'instruire, que ce est pas là son affaire, qu'une page écrite en dit plus cent fois que quarante tableaux ensemble.

Mais nous pensons aussi que lart ne peut avoir pour but la décoration d'un édifice et que le style décoratif nuit à l'expression d'une idée. De quelle impression croit-on frapper les veux par une peinture où l'ornement brille aux dépens du vrai? Ne rira--on pas, par exemple, des anges de bois nageant dans un ciel d'or? Qui prendra au sérieux le saint, ridiculement symétrique, risiblement culuminé? Le peintre moraliste m'atteindraitl pas plutôt son but, si son ciel et ses anges paraissaient vrais, si le saint de carton prenait apparence de vie?

La grande peinture d'histoire est chose sévère. Il faut qu'elle soit traitée libre de toute recherche symétrique où ornementale, dans ses formes, dans son coloris, dans ses effets. Nous admettons que l'ornement joue, badine, si lon veut, autour du cadre; mais nous voulons que l'œuvre soit respectée; que le pinceau, une fois entré dans le panneau qui lui est destiné, devienne sérieux, rationnel, vrai; que, semblable au diamant enchâssé dans son alvéole d'or, œuvre brille par les qualités qui charment les yeux et qui seules disposent l'âme aux impressions de l'idée. Nous voudrions que le peintre d'histoire cherchât moins l'harmonie de son œuvre avec celle de l'architecte et du macon; que son dessin füt vrai, malgré le style de l'architecte; que son coloris fût vrai, maloré la pierre, le plâtre ou le mortier. Le tableau ne doit pas sembler être fait pour l'édifice, mais l'édifice pour le tableau; c'est-à-dire que le peintre doit

anse

Sarranger de manière à faire de l'édifice le cadre naturel de son œuvre; le contraire fait perdre à l'œuvre son iuportance, sa dignité, ses moyens de toucher le véritable but,

Nous le répétons, la grande peinture d'histoire est

chose sévère, et cette sévérité implique le vrai sans les conventions puériles des premiers temps de l'art.

|° Placons la Descente de croix de Rubens à côté d’une peinture aux sublimes pensées mystiques, mais dénuée l de la vérité et du rendu de nos pelutres flamands. Pla- Cons l'œuvre pleine de vie près d'un de ces murs enlumi- E ués, Supposons notre parallèle sous les voûtes sacrées d'un temple. Des groupes intelligents se succèdent; de bonnes gens pour qui vous travaillez sont agenouillés et prient : à on Sémeut, on sextasie, les yeux s'emplissent de larmes: pi dites-moi, peintres à fresque, dites-moi, pensez-vous & que ce soit votre peinture énigmatique, invraisemblable. x qui les inpr'essionne À 4 La peinture des veux est la seule bonne, parce que la peinture est l'art qui s'adresse aux veux, que cest par les veux que la peinture trouve le chemin de l'âme. À: La peinture littéraire passera.

À La peinture des veux est éternelle, \ \ D N

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