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PEINTURE MATE

On nous demandera en quoi ce qui précède se rattache à notre procédé.

Nous répondrons que, dans la peinture murale, nous voulons le vrai et que notre procédé, mieux que la fresque ancienne, se prête à l'exprimer; que notre procédé se prête merveilleusement à la couleur, à la force, à l'effet, au modelé, au rendu, à toutes les qualités enfin qui font la gloire de notre vieille école flamande, la gloire de nos vieux maitres, si habiles à trouver l'idée pittoresque.

On se tromperait grandement, si l'on Simaginait que les procédés de l'art sont sans importance. Pour certaines aptitudes, le procédé est tout. Il faut vingt ans d'exercice au maniement de la peinture à l'huile, I est méme des artistes qui passent leur vie, impuissants à se rendre maîtres de la matière, Souvent le défaut de pratique tient le génie en laisse; il en est qui possèdent une imagination ardente, et force leur fut toujours de s'arrêter à quelques croquis.

Généralement une invention nouvelle est toujours

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assez mal accueillie. Celui qui dit : «Je viens d'inventer, soulève contre lui des contradieteurs sans nombre. Un inventeur est l'ennemi naturel de ceux qui n'inventent pas; il blesse souvent bien des vanités cachées, et la foule des mécontents se dit tout bas ce mot menacant

« Je ne suis pas inventeur, je serai juge! -

Il y à trois siècles que l'on cherche, il y a trois siècles que l'on sent le besoin d'un procédé nouveau; il y à longtemps qu'on désire une peinture sans miroilement, une peinture mate qui offre tout à la fois la vigueur de l'huile, sa transparence, sa force et son éclat.

Nous avons cherché, et nous croyons avoir trouvé. Nous ne prendrons pas ici de ridicules détours de modestie. Nous dirons tout de suite et franchement que nous avons été au delà de tout ce que nous avions souhaité.

Nous aflirmons que notre procédé est préférable à tous les anciens procédés. Certaines qualités déjà peuvent en être appréciées ; notre atelier contient des tableaux peints depuis six ans * dans la manière nouvelle.

Tous les procédés ont leurs qualités comme ils ont leurs défauts.

La fresque ancienne à la promptitude, mais ne souffre point de retouche. La détrempe est facile, mais manque de solidité, L'aquarelle est brillante, mais difficile à conserver, Le procédé à l'huile, le plus parfait de tous, a la vigueur, mais il s#roite et il est difficile à manier. Sans doute, il est possible de corriger le miroitement au moven de l'inclinaison, mais combien cette position inclinée jure avec les lignes architecturales! À l'aspect d'une galerie

de tableaux à l'huile, ne se croirait-on pas au moment d'un tremblement de terre?

© L'artiste écrivait ceci en 1859. Ses premiers tableaux peints d'après son procédé remontent en effet à 1835.

— ]l]l — Notre procédé est destiné surtout à remplacer la fresque ancienne.

La fresque ancienne a des inconvénients.

La muraille, considérée dans sa solidité, à fait penser

que la peinture su: muraille doit être solide. Erreur, cependant. Exposée à mille accidents causés par son immobilité, li muraille souffre, et conséquemment la peinture avec elle. Tantôt c'est l'humidité qui la pénètre, tantôt cest une lézarde qui l'éventre, tantôt c'est un incendie qui la détruit. Ce n'est pas tout : des événements politiques surviennent-ils? rien n'échappe aux dévastations du soldat. Que de précieuses fresques en Italie sont dégradées! Elles portent des mutilations de toute espèce, et dans les flancs de plusieurs l'on voit encore la trace des clous où furent pendues des armes.

La salle où Léonard de Vinci peignit sa fameuse Cène, servit un jour de corps de garde; les soldats voulurent communiquer à une pièce voisine : que firent ces vandales? Ils percèrent une porte, une large porte, au milieu du chef-d'œuvre!

La conservation d'une chose tient souvent moins À sa solidité matérielle qu'aux moyens faciles de la garantir des causes de destruction.

Un incendie se déclare-t-il dans un édifice? vite on emporte ce que l'on peut : les meubles sont sauvés, les livres sont sauvés, les papiers sont sauvés, les moindres objets sont sauvés, tout est sauvé, excepté la peinture à resque.

L'idée de peindre sur le mur même nous vient d'ancienne tradition. Mais continuer à imiter les fresques antiques et peindre sur le mur, plus rien ne juâtifie cette vieille habitude. Pour suivre cette méthode, que de peine ne dut-on pas se donner? I fallut lutter avec la

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