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pi qui Séchappent du cratère dans des directions transversales.
Au centre, apparait un groupe serré de larges masses, ortement éclairées, dont l'union amène au point culminant de la composition les plus grandes portions de umière.
Ce n'est pas tout; le maitre songe à la richesse, à la variété, à l'abondance : les formes bizarres d'animaux antastiques, les serpents féroces, les démons r'ageurs, es monstres aux mille formes et aux mille couleurs... Qui ourrait dire toutes les qualités pittoresques agelomérées
Le
dans cette gigantesque page!
Des vides cependant restent sur les côtés de la masse principale; l'esprit inventif de l'artiste ne reste pas un moment oisif; tout autre serait fatigué, refroidi; lui, son imagination est semblable à la marche rapide d'un incen-
die qui grandit, grandit sans cesse: il jette dans les vides, comme à pleines mains, des légions d'hommes et de monstres, aveC un art qui étonne; ici, des combats de démons et de damnés dont les lignes expriment si bien la lutte acharnée, que vous reculez en frémissant: Ià, des groupes allongés en lignes parallèles qui semblent si bien entrainés vers le gouffre prêt à les engloutir, que vous palissez d'horreur.
Enfin, et comme pour terminer le drame par un dénouc-
ment éclatant, l'infatigable génie se surpasse lui-même là où il pouvait finir l'œuvre et se reposer : Au bas de cette espèce de trombe de feu, de fumée et de corps humains, on voit l'enfer et ses plus horribles épisodes. Quelle prodigieuse imagination ne fallait-il pas pour nous faire sentir de si grandes scènes par la seule distribution des lignes pittoresques. Ces expressions de rage inouïe, ces tiraille-
ments (le chairs déchirées, ces contorsions de damnés
lors
qui se désespèrent, ces mouvements de rotation, d'arrachement, de poussée, d'entrainement, ces bizarres contours qui se meuvent au milieu de choses sans nom et de formes indéfinissables, toutes ces idées tourmentent si fortement l'esprit, agitent si vivement le cœur, troublent l'âme de pensées si profondes, que le spectateur étourdi se sent défaillir, pour ainsi dire, sous le poids vainqueur de la puissante imagination de Rubens!
Le Jugement dernier de Michel-Ange n'a rien de comparable à ce que nous venons de voir”. Un seul regard suflit pour comprendre que le peintre n'a pas même songé à donner un ensemble pittoresque à ses masses; qu'il Sest contenté d'une ordonnance soumise aux conventions gothiques et qu'il fut complétement étranger aux artifices des masses liées et du elair-obseur qui les enchaîne. Aussi, l'unité, cette qualité éminente de Rubens, n'est que faiblement sentie dans l'œuvre de l'artiste florentin. À part ces (léfauts qui caractérisent l'époque, cette page est d'une
grandeur et d'une magnificence qui la rend bien digne
d'être comparée à la Chute des réprouvés.
Les deux peintres ont cherché à développer la puissance de leur génie, et tous deux ont atteint le nec plus ultrà des efforts de leur imagination. Michel-Ange sans doute voulut jeter un défi à tous les peintres à venir, Rubens voulut sans doute répondre à ce défi. L'un invente et compose presque toujours sous l'inspiration de l'antique, l'autre ne pense et ne travaille que sous l'inspiration de son génie et de la nature. Michel-Ange à tant d'habitude
* L'artiste, dans son manuscrit, avait placé ici un dessin du Jugement dernier de Michel-Ange.
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meer nes de composer qu'il s'aide à peine du modèle dans la composition de ses nombreuses figures; Rubens a tant d'imagination que, sans le secours même du modèle, 11 place ses figures et ses groupes dans les dispositions les plus inusitées et les plus difficiles. Le premier s'attache à lier les figures entre elles pour en former des groupes, le second à lier les figures entre elles et les groupes entre eux pour n'en former qu'un seul tout. Dans celui-là, on admire la simplicité des poses; dans celui-ci la vérité, la vie et le mouvement. D'un côté, l'expression du sujet est dans les détails; de l’autre, elle est dans les détails et dans l'ensemble. Les figures et les groupes du peintre italien sont plus propres au développement du dessin; ceux du peintre flamand sont plus favorables à l'expression, au clair-obscur et à la couleur. L'un compose en statuaire, l'autre en peintre. Ici, on voit plus de ces pensées qui tiennent à la poésie écrite et qui plaisent aux hommes de lettres; là, de ces pensées qui tiennent à la véritable poésie représentée et qui plaisent aux peintres. Michel-Ange possède les règles de la composition et semble chercher une perfection plus grande encore: rubens, arrivé aux dernières limites du possible dans l'art de composer, ue cherche plus, il semble avoir atteint la perfection que rêvait Michel-Ange, Enfin, si l'on résumait, d'après ces tableaux, le talent des deux maîtres dans la composition, peut-être pourrait-on dire que l'on voit dans Michel-Ange le grand peintre des sujets mystiques et allégoriques des Prophètes, dans Rubens le grand peintre des convulsions de la nature et des passions humaines, le talent le plus fougueux, l'imagination la plus vaste, le génie le plus élevé des temps modernes, l'Ho-
mère de la peinture!