DE LA CRITIQUE
« La critique n’est qu'un besoin de l'amour-propre, a dit un philosophe, et la louange et le blûme ne sont que les vengeances de la vanité. »
Si l’on en excepte les idiots, il n'est peut-être pas un seul homme sur cette terre, séjour de passions et de misères, qui ne soit pourvu d'une dose asse
forte d'amour-propre. L'aspect d'une belle œuvre, le récit d'une action glorieuse, le bruit d’un grand nom apportent toujours dans l'âme, même la plus modeste, une sorte de trouble et de perturbation. La supériorité des autres excile en nous un secret mouvement, y anime une puissante envie d'attirer les regards d'autrui sur rolre propre mérite. Louer ou blâmer sont les petits moyens commodes, faciles, souvent mis en usage en pareille occasion.
* Huprimé d'abord en feuilleton dans le journal La Nation, et publié ensuite en une brochure in-8°, de 74 pages. Bruxelles, Racs. 1848.
Quelle äme est assez bonne, assez candide pour ignorer qu'au fond du
cœur des hommes, louer veut dire : « Je suis juste, je suis généreux, je
à suis Connaisseur, je suis né pour le grand, je sais apprécier le beau, je LE 1 [4 sens vivement le sublime ! » que blämer veut dire : « Je suis difficile, je suis A: ; éclairé, je suis capable, et, moi aussi, je pourrais faire de belles choses, A | je pourrais même devenir un jour un grand homme ! » We |
Quand, par la louange ou le blûme, nous croyons être parvenus à faire pressentir que nous possédons aussi de belles qualités, que nous sommes aussi dignes d'admiration, un baume salutaire se répand dans toute notre
me, le mérite d'autrui s'abaisse devant nous, l'amour-propre est satisfait. Ainsi est faite notre chétive nature. Hélas!
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