‹ Œuvres littérairesChapitre 14 sur 28 · CARACTERE · texte numérisé non relu

CARACTERE

Quelque plan de sagesse qu'on puisse former, en quelque lieu qu'on aille se cacher, on ne peut éviter d'être entraîné par la folie, flétri par Topinion, heurté par la violence, enlacé par la ruse, calomnié par l'envie, raillé par les femmes d'un sexe ou de l'autre, emmailloté par des tyrans stupides, mais qui sont quelquefois respectables dans l'ordre de la nature ou de la société. Ainsi gardons-nous d'éteindre en nous la soif de l'immortalité. Autant souffrir glorieusement dans un grand cercle, que d'être percé de mille aiguilles dans un coin obscur de cette terre.

Se transporter dans le passé, s'élancer dans l'avenir, sentir et penser en tous lieux, cette triple et vaste existence vaut bien l'étroit sentiment qui enchaîne un avare ou un voluptueux au fugitif objet de ses espérances, et le tient accroupi sur un point du temps et de l'espace. Comme la lumière qui jaillit d'un corps embrasé '' pâlit en s'éloignant de sa source, et s'affaiblit en I proportion de l'espace qu'elle emplit, le senti- ' ment de la douleur semble s'affaiblir en diverjl géant du foyer, et se raréfier en proportion du ' nombre d'êtres qui en sont les objets. L'homme souffrant sent peu à peu ses maux s'adoucir à mesure que, s'éloignant de lui-même, et s'étendant sur tout ce qui respire, il agrandit la sphère de ses sentiments et de ses pensées. Animé d'une ambition bienfaisante, toujours en action, il fournit sa carrière d'un pas uniforme, ses jours sont pleins, tout vit de sa vie, et il commande au moins à une partie de ses ennemis en les punissant par des bienfaits.

Bien étudier son fort et son faible, faire par soi-même tout ce qu'on peut bien faire, et faire par un autre tout ce qu'on ferait mal, et qu'il peut faire mieux que nous, après avoir bien reconnu s'il est notre ami de cœur ou d'intérêt.

Babil et constance, deux choses incompatibles. Ruminez, digérez vos projets en silence, afin que Féruption soit en acte ; car si elle est en parole, le vent emportera votre volonté avec elle. Tout projet élégamment babillé ne sera pas exécuté.

Les gens qui font métier d'avoir de Tesprit, n'ont pas le courage de couver leur projet jusqu'au temps marqué pour l'exécution. Ils vont et viennent, brûlants de montrer leur fécondité. Semblables aux femmes, ils laissent d'abord voir qu'ils ont un secret qui leur pèse et se vantent de ce poids. On les contredit, on les

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raille^ et bientôt tout est évaporé : amerty amen dico vobiSy receperunt mer cedem suant.

Voulez-vous maintenir votre caractère à la même température, garantir vos résolutions des vicissitudes de la chaleur et des mouvements alternatifs de votre sang, méditez bien vos résolutions pour le présent et pour Tavenir ; écrivez-les en style simple et précis, puis allez de suite, agissant à Theure marquée.

Sinon, pour être constant dans son but et ses moyens, pour vouloir les mêmes choses dans le même sujet; il faudra les vouloir aux mêmes époques de la table.

Un grand but est un sta soi. Il détruit ces vacillations causées par les révolutions diurnes et annuelles du soleil, et tient notre rayon visuel attaché sur le même rhumb, fixe la girouette humaine, et l'empêche de parcourir en entier l'horizon de nos vains désirs. Mais cette

fixité est dangereuse avant l'âge de trente ans ; car pour reconnaître son but, il faut en avoir manqué plus d'un.

La force habituelle de l'âme est en raison composée de la directe, du nombre, de la force physique et morale, de la proximité des ennemis qu'on surmonte habituellement sans exaltation, ou par lesquels on est vaincu sans dépit, et de l'inverse des armes que la fortune nous a mises entre les mains.

Pour se préserver de Faigreur, du dépit et de la haine, il faut contracter l'habitude d'abaisser un regard spéculatif sur les événements humains, l'engouement et les petits dépits de notre espèce. Voit-on l'horloger s'irriter contre une montre dérangée? le médecin contre son malade ? le peintre contre ses modèles ?

Audace froide, résultat des calculs. Pour retrouver son courage au besoin, il ne faut arrê-

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1er les projets qui demandent de la fermeté, que dans ces moments de tiédeur où Ton sent une supériorité de raison sur ses ennemis. Si votre héroïsme est étayé par une passion, cette passion ôtée, que deviendrez-vous?

Voulez-vous être et paraître géant de cœur et d'esprit, placez-vous toujours dans un grand cercle (temps, lieux, hommes et choses). Les hommes en dépit de l'envie qui les ronge, ne demandent pas mieux que de trouver dans les autres la grandeur qu'ils ne sentent pas en euxmêmes.

Chaque homme communique mécaniquement ses talents et ses défauts, ses vices et ses vertus par Fénergie de cet instinct qui nous force à imiter tout ce qui frappe nos sens, notre cœur, notre esprit, et même ce que nous méprisons. Ainsi, fuir le petit et chercher le grand.

Opiniâtreté, solitude, deux principes d'originalité.

La société guérit de Porgueil, et la solitude de la vanité.

Quand un souci parasite s'empare de votre cœur, détendez- vous, laissez-vous aller jusqu'à rindolence ; puis l'œil sur le but, remontez par une secousse.

La présence de la force amie rend fort ; de la force ennemie rend faible ; de faiblesse amie rend bon; de faiblesse ennemie rend orgueilleux.

Exclure tant qu'on peut de sa société les gens à personnalités ; ils habituent à les rendre, et rétrécissent l'àme ; ou du moins ne les fréquenter que par un acte positif de sa volonté.

L'homme n'est grand qu'en proportion de Tes-

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time continue qu'il a pour lui-même. Ainsi évitez les rôles inférieurs et la compagnie des gens méprisants : ces dédaigneux finissent par se faire croire.

Mettre en sa main tous les moyens possibles de faire le mal, afin de n'en plus sentir le besoin, de se rendre courageux, serein^ doux et bienfaisant par le sentiment de sa puissance.

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