‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 14 sur 26 · DE L'ARISTOCRATIE · texte numérisé non relu

DE L'ARISTOCRATIE

Dans la monarchie royale, nous avons vu les trois personnes sociales parfaitement distinctes les unes des autre^; dans la démocratie, nous les avons trouvées confondues en une seule; dans l'aristocratie, nous en trouverons deux, les ministres et les sujets, la noblesse et le peuple.

L'aristocratie se rapproche donc davantage de la monarchie; elle participe même de sa force de conservation et de stabilité, et elk^ est, à proprement parler, une monarchie avvphale^ ou sans chef; et c'est pour conserver une imaj^e plus complète de la monarchie , qu'elle se donne un chef sous le nom de doge, de président , quelquefois de roi , connue en Pologne, qui n'a que les vains honneurs de la souveraineté, et n'est que» le j)ri»mier suj( I de cette aristocratie, ou plutôt son ])remier esclave.

11 faut reman[uer (|ue cette classe de citoyens qui exerce exclusivement et eollecti-

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veillent le pouvoir, réunie en un corps presque partout appelé sénat, perd le nom politique de noblesse pour prendre celui de patriciat; et, pour faire sentir en deux mots cette distinction, la noblesse sert le pouvoir, le patriciat l'exerce, et, devenu roi, nomme des ministres , ou secrétaires d'Etat , pour les différentes parties de l'administration.

Ce qui rapproche le plus l'aristocratie de la monarchie royale, est l'hérédité, que le patriciat a gardée pour lui et n'a pas accordée à son chef, de peur d'en faire un roi.

Mais, si l'aristocratie, pouvoir plus concentré, participe de la stabilité de la monarchie, en sa qualité de pouvoir collectif elle participe aussi des vices de la démocratie , dont elle ne se préserve que par la plus sévère surveillance. Plus forte et plus tranquille que la démocratie, elle l'est moins que la monarchie, et réunit plutôt les inconvéniens des deux gouvernemens que leurs avantages.

C'est l'hérédité du pouvoir, qui fait la différence de l'ancienne aristocratie noble de Venise à l'aristocratie bourgeoise de Genève, entre lesquelles J. J. Rousseau n'en voit aucune, et certes avec quelque raison; car, si l'aristocratie proprement dite est une démo-

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cratie de nobles , on peut dire que la démocratie est une aristocratie de bourgeois. Au reste, cette hérédité, qui n'existe pas de droit à Genève, y existe de fait, ou à peu près, puisque le pouvoir tend à s'y concentrer dans un certain nombre de familles, et que les enfans des membres du gouvernement de Genève ne retombent pas plus que ne le faisoient ceux des patriciens de Venise, dans la condition du peuple. Aussi, les appellations d'honneur sont les mêmes dans les deux pays, et les aristocrates de Genève sont magnifiq^ites seigneurs ) comme ceux de \enise. S'il y avoit un livre d'or à Venise, où étoient inscrits les seuls nobles Vénitiens, et si même les nobles de terre ferme étoient exclus des phis hauts emplois, il y avoit à Genève, et dans d'autres républiques de la Suisse, des distinctions entre les natifs, les naturels, les bourgeois, les paysans, etc., et conséquemment des privilèges et des exclusions, et tous ces gouvernemens s'appeloient, les uns comme les autres, républiques, et l'étoient en etfet.

Venise puissante étoit lr;ni([uille, parce que, ainsi que nous l'avons dit, sa constiluliou la rapprochoit davantage de la monarchie , et que le pouvoir y étoit reconnu comme la pro-

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prioté héréditaire des anciennes familles fondatrices de cet Etat ; et Genèv e, malgré Fexiguité de son territoire, étoit continuellement agitée, parce que la nature de ce gouvernement appelant au pouvoir, en général, tous les citoyens, ceux qui en étoient exclus s'offensoient avec raison de l'inconséquence et de la dureté des lois qui avoient concentré le pouvoir dans un certain nombre de familles qui n'y avoient pas plus de droit que les autres.

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