DE LA SOCIÉTÉ JUDAÏQUE
Une vérité aussi fondamentale que l'existence d'un Dieu , aussi nécessaire à la société , ne pouvoit périr dans l'univers, et elle y a toujours été, ])uisqu'elle y est encore.
Par quels moyens s'y est-elle conservée? laudes moyens pris dans l'ordre des choses humaines et de la société ; car Dieu ne gouverne les hommes que par des moyens humains, et il s'est lait homme lui-même, quand il a voulu régénérer les sociétés humaines.
Cette vérité, coniiée à des lamilh^s périssal)les , auroit péri avec elles : elle lïit confiée à un peuple tout entier, et ce peuple fut conslilué pour ne jamais périr , et être un témoin toujours vivant de la foi à l'existence de Dieu.
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Les familles patriarcales étoient donc devenues un peuple et un grand peuple, et ce peuple issu de ces familles, et qui en avoit reçu la connoissance du vrai Dieu , devint naturellement le dépositaire de cette grande vérité, le plus précieux patrimoine du genre humain. Le peuple Juif, pour être capable de cette haute destination, fut séparé des nations toutes idolâtres, par ses lois et par ses mœurs, comme il l'étoit déjà par ses croyances; et il reçut une constitution particulière dont nous voyons encore les effets chez ce peuple répandu dans tout l'univers et partout sous nos yeux ; une constitution que tant de siècles d'oppression, de dispersion, de persécutions et d'outrages, n'ont pu altérer, et qui, seule entre toutes les constitutions, dit J. J. Rousseau, (c est à l'épreuve du temps, de la fortune et des conquérans. »
INous retrouvons dans la constitution de cette société tous les caractères que nous avons remarqués dans la société domestique, et bien plus développés, puisqu'elle étoit une constitution non de famille , mais de nation.
Comme cette société fut constituée sur la religion qui doit êtie la base et la pierre angulaire de toutes les contitutions mêmes po-
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U tiques , Dieu en fut le pouvoir suprême. Le pouvoir doit être continuellement et réellement présent à la société, qui ne peut, même un instant, subsister sans pouvoir , et cette vérité rationnelle reçut son application à la société judaïque à qui, nous disent les livres saints, Dieu daignoit manifester sa présence dans le lieu et le temps qu'il s'étoit choisis.
Ce pouvoir eut ses ministres. Une hiérarchie de prêtres et de familles sacerdotales , prises dans la nation , mais séparées du reste du peuple , qui prioient pour le peuple et sur le peuple , lui expliquoient la loi , et oflVoient à la Divinité le sacrifice social , le sacrifice de l'homme et de la propriété ; mais le sang de l'homme fut racheté par le sang de l'animal, et jamais il ne souilla les autels du vrai Dieu. Les aînés mâles , rachetés aussi par des animaux innocens, étoient spécialement consacrés au Seigneur, et la plus politique de toutes les lois, celle du droit de primogéniture dans la ligne masculine, fut ainsi consacrée par la religion.
Cette société eut des chefs politiques, d'abord sous le nom de juges, plus tard, sous celui de rois ; car la royauté n'est (jue la justice personniliée. Ce pouvoir eut ses ministres, et
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l'ordre des lévites (qui netoit pas Tordre sacerdotal), qui tenoieiit autant à la politique qua la religion , héréditaire dans les familles d'une même tribu , fut une sorte de noblesse qui prenoit les armes pour défendre ses autels et ses lois.
Tout avoit été domestique et intérieur dans la religion patriarcale, tout fut extérieur et public, ou plutôt national, dans la religion judaïque. L'autel campoit avec la nation et se fixa avec elle ; et, quand Dieu eut son temple , la royauté eut son palais , la nation son territoire , et l'Etat sa capitale : et la religion et la royauté eurent leur ordre et leur hiérarchie de ministres, pris dans le corps de la nation et séparés du reste du peuple.
Il y eut donc un peuple tout entier monothéiste ou sectateur de l'unité de* Dieu , et qui , pour cette raison , mérita d'être appelé le peuple de Dieu, dépositaire de l'antique patrimoine auquel le genre humain étoit substitué ; il fut élevé comme un signe au milieu des nations pour être, dans ses diverses fortunes, la leçon vivante de tous les gouvernemens : heureux et puissant tant qu'il restoit iidèle aux lois que Dieu lui avoit données, et qui n'étoient que les lois les plus naturelles
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lie la société; malheureux et opprimé jusqu'à devenir la "proie des nations voisines, lorsqu'il rnéprisoii les avis de ses prophètes, qu^il prétoit l'oreille à des docteurs de mensonges et à des doctrines étrangères , et qu'il alloil chercher chez des nations corrompues dèsexemples et des modèles. Il ne faudroit pas remonter bien loin dans l'histoire des sociétés pour trouver l'application vivante de ces hautes leçons. Ces chàtimens n'ont rien de miraculeux ; ils ne sont que la conséquence naturelle des lois générales qui régissent les sociétés. Il faudroit au contraire des miracles pour sauver une société de ses propres désordres, du mépris des lois divines, de l'esprit de révolte et d'impiété, comme il faudroit des miracles pour sauver l'insensé qui se préci-^ piteroit dans un brasier ardent ou dans les protondeurs d'un abîme.
Le peuple Juif fut en butte à la haine de toutes les nations, parce ([ue son exemple el ses lois les condamnoient toutes, et que possédant seul la vérité, il devoit être persécuté par toutes les erreurs.
Mais hi société judaïque , (pu)i((ue con([uise, sans territoire et vSans gouvernement poliliijue, anéantie comme corps d'Iùat, devoit survivre
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à son anéanlisseraent politique, cl sans sacerdoce , sans autels et sans temple , conserver ses croyances religieuses ; elle de voit finir comme elle avoit commencé en état domestique , et se perpétuer en corps de famille partout étrangère et partout vivante, parce qu'elle devoit compte à l'univers du grand secret dont elle avoit reçu la confidence, et qu'elle avoit gai'dé avec une religieuse fidélité.
Ces dernières réflexions nous conduisent à la religion chrétienne.