‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 20 sur 26 · DE LA SOCIÉTÉ CHRÉTIENNE OU DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

DE LA SOCIÉTÉ CHRÉTIENNE OU DU CHRISTIANISME

Nous avons vu dans les premières familles une religion toute intérieure ou domestique comme la société.

Le pouvoir n'y étoit adoré que dans l'enceinte des foyers domestiques , le prêtre ou le ministre étoit le père de famille, les sujets ou fidèles étoient les membres de la famille.

Nous avons vu une religion locale ou nationale chez les Juifs. Tout v étoit extérieur et

public, mais seulement pour cette nation, et le culte ne s'étendit ni à d'autres peuples ni à d'autres lieux. Dieu y eut un temple tout national, et qui n'étoit fréquenté que par les Juifs. Les ministres de cette religion furent un ordre particulier de pontifes et de prêtres, qui ne pouvoient être pris que dans la nation et dans une tribu , et les sujets ou fidèles furent la nation elle-même.

Mais le genre humain tout entier étoit appelé à la connoissance de la vérité, et le secret de l'unité de Dieu ne pouvoit plus long-temps rester caché. La vérité est la vie des intelligences ; et partout l'homme , même dans l'état le plus sauvage , a conservé le moyen de parvenir à la connoissance de la vérité, par le langage articulé , expression de son intelligence, attribut incommunicable de l'espèce humaine, qu'elle n'a pu recevoir que de son auteur, ni conserver que par la société. C'est avec la parole, et par la parole, qu'il a partout retenu quoique idée plus ou moins distincte et raisonnable do ([uohjuo otro supérieur à l'hommo, idoo qui, toute confuse ou mémo bizarre qu'ollo peut être, servira à la ramoner à une connoissance plus distincte de la Divinité, vérilé première et source i\v toutes les autres.

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Il faut nier l'existence de Dieu, ou reconnoître que l'Etre souverainement parfait n'a pu créer des intelligences, non égales y mais semhlahles à la sienne, que pour le connoître, et connoitre toutes les vérités nécessaires à leur bonheur.

Et sans cette haute distinction, et si l'homme n'étoit ici -bas que pour satisfaire des goûts et des besoins matériels, quel avantage n'auroient pas sur lui les animaux , qui , sans étude , sans art et sans travail, logés, vêtus, armés, nourris par la nature , sont doués , pour satisfaire ces mêmes besoins, d'un instinct plus sûr et plus prompt que sa raison?

Dieu, intelligence suprême, est donc le pouvoir universel de toutes les intelligences j à ce pouvoir universel répondra donc , suivant l'analogie la plus exacte du langage, un sujet universel ou l'universalité des hommes; car il n'y a pas de pouvoir sans sujet, comme il n'y a pas de cause sans effet. >

Mais il n'y a pas de pouvoir et de sujet sans ministre, ou moyen intermédiaire entre l'un et l'autre '. comme il n'y a pas de cause et Xeffei sans moyen entre l'un et l'autre.

A ce 'pouvoir universel, à ce sujet universel, répondra donc aussi un ministre universel; et

voilà la société universelle formée des trois personnes 5 pouvoir^ ministre y sujet, qui embrassent l'universalité des êtres intelligens. Cette société est le christianisme ou la religion universelle ou catholique, suivant la force du mot grec.

Mais quel est ce ministre universel? Je le demande au raisonnement. La même expression nous représente les mêmes caractères et les mêmes fondions, et ce ministre universel du pouvoir universel sur l'universalité des hommes, sera donc, comme les autres ministres des autres sociétés, intermédiaire entre deux êtres, ^nedius , c'est-à-dire médiateur entre Dieu et les hommes; mediator unius non est, dit saint Paul. Il sera passif à l'égard du pouvoir, actif à l'égard des sujets, passif pour recevoir les volontés du pouvoir, actif pour les transmettre au sujet; et pour pouvoir remplir cette double fonction d'obéir au pouvoir et de commander au sujet, il devra être Jiomogène, ou de même nature que l'un et l'aulre.

A présent, que l'on veuille bien se rappeler tout ce que nous avons dit de cette homogénéité; et dans la société domestique, où la lémme, c'est-à-dire le ministre, doit j)arlicipcr de la nature de l'homme et de celle de l'eniant; et dans la société politique ou publi-

que, OÙ le ministère héréditaire ou la noblesse participe de la nature du pouvoir royal et de celle du peuple, et exerce une sorte de sacerdoce royal y puisque les nobles, dans une monarchie héréditaire, sont les prêtres de la royauté \ et l'on sera conduit à cette conclusion naturelle, que le ministre universel entre Dieu et les hommes , devra participer de la nature divine et de la nature humaine ; mais un être ne peut participer de la nature divine sans être Dieu , ni de la nature humaine sans être

homme. Ce ministre universel sera donc

Me sera-t-il permis dé déduire une vérité si haute et si surhumaine d'une discussion purement philosophique? J'hésite... Mais, puisque notre siècle ne veut que de la philosophie, osons le dire : il sera Homme-Dieu.

Qu'on prenne garde que nous avons été conduits à cette conclusion par le seul raisonnement et la similitude qui existe entre toutes les sociétés , toutes semblables dans leur constitution ; et la philosophie n'a, pour cette démonstration , rien demandé à l'enseignement théologique et religieux.

Que les esprits foiblcs ou les consciences timorées ne s'alarment pas de ce rapprochement entre les deux extrêmes de la société, la so-

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ciété domestique ou particulière , et la société chrétienne ou universelle , la famille et la religion, et entre les ministres des deux sociétés. Le plus sublime interprète des vérités de la religion, saint Paul, semble nous y préparer, lorsqu'il a employé cette locution extraordinaire, en parlant du seul sacrement de mariage : (( C'est un grand sacrement, je le dis en » Jésus-Christ et en l'Église. )) Et plus haut : (c Jésus-Christ est le chef de l'Église , comme » l'homme est le chef de la femme. » Et l'Eglise aussi est appelée l'épouse de Jésus-Christ, la mère des chrétiens, qui les a conçus et engendrés; et Bossuet va plus loin encore, lorsque, parlant du plus haut mystère de la religion, il dit : ce Qu'encore que la perception du )) corps et du sang de VHomjne-Dieu ne soit )) que momentanée, le droit que nous avons )> de le recevoir est perpétuel et semblable au )) d7Vtt sacré qu'on a l'un sur l'autre par le )) mariage. ï)

Mais cet être prodigieux, intermédiaire entre Dieu et l'homme, et tenant de la nature de tous deux, ou plutôt l'un et l'autre ensemble, a-t-il toujours été ignoré du genre humain; et une vérité si haute et si consolante^ est-elle restée cachée dans la société jusqu'à la naissance du

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christianisme? Gardons-nous de le croire, et il suffit d'ouvrir les yeux pour retrouver une connoissance confuse de cette vérité dans les plus anciennes traditions des peuples 3 et l'attente expresse d'un médiateur ou envoyé, dans les doctrines les plus constantes, ou plutôt dans la vie entière du peuple de Dieu,

Qu'on veuille bien réfléchir à la marche que nous avons suivie; et, pour la rendre plus sensible par une comparaison, toute imparfaite qu'elle est, nous avons fait à peu près comme Christophe Colomb , qui persuadé , par la configuration du globe terrestre et ses connoissances en astronomie et en physique, qu'il dcvoit exister un autre hémisphère, le chercha et le découvrit. Et nous aussi , nous avons, à l'aide du raisonnement philosophique, pensé qu'il devoit exister une société universelle, et nous l'avons cherchée et trouvée dans la religion chrétienne.

Ce ministre universel du pouvoir divin sur l'universalité des hommes, cet être intermédiaire, médius (car ces mots sont synonymes), et que la philosophie auroit pu traduire par médiateur y qui ne signifie aussi que moyen ou intermédiaire entre deux personnes, si la reli- :,'ion n'avoit depuis long -temps consacré cette

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expression à son usage , ce ministre ou médiateur, les livres saints nous disent qu'il fut annoncé à la première famille , mais sous les voiles du mystère j et, si loin encore du temps où il devoit paroitre , il n'étoit pas nécessaire que la société en eut une connoissance plus développée. Elle le fut chez le peuple juif d'une manière plus explicite, et la foi en un médiateur, qu'il appeloit le messie^ ou Venvoyéy fut en quelque sorte toute sa constitution. Il ne vivoit que pour l'attendre, il l'attend encore même après qu'il est venu, et l'on peut dire qu'il est encore le peuple du messie, comme il étoit alors le peuple de Dieic,

Mais, si ce ministre universel doit, pour remplir sa double fonction, être à la fois Dieu et hommey l'ensei^jnement figuratif de la religion judaïque doit lui attril)uer le double caractère de divinité et d'humanité, de gloire et d'abaissement, d'ol)éissance à Dieu, d'autorité sur les hommes. Aussi , tantôt il est nommé le roi de gloire, tantôt Vhomme de douleurs, tantôt le désiré des naliouSy tantôt le rebut du peuple^ dans un endroit il (\sl le précepteur des gentils j dans un autre, Vopprobre des hommes ; celui-ci hî voit rassemblant ses sujets des ((uatres parties du monde ; celui-là le

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voit les pieds et les mains percées; l'un le voit sur le trône y l'autre sur la croix.

Mais c'est chez les chrétiens et dans leurs doctrines que tous les caractères de l'Homme- Dieu paroissent le plus à découvert et avec le plus d'évidence, et le nom de chrétiens que ses sectateurs reçoivent à Antioche , et le nom de christianisme donné à sa doctrine, et celui de chrétienté à la réunion des nations qui croient en lui, ont été tirés du nom de Christ y ou d'Oint du Seigneur^ par lequel la religion l'a désigné à nos respects.

C'est dans le code sacré de la société chrétienne, dans l'Evangile, que l'on trouve les preuves de la mission et du caractère de ce ministre universel par qui tout a été fait ^ et rien n'a été fait sans lui. C'est là qu'on le voit égal à Dieuy et par conséquent Dieu lui-même, et dans sa naissance, sa vie et sa mort, soumis à toutes les infirmités de la nature humaine, hors ses passions et ses vices; obéissant à Dieu, et obéissant jusqu'à la mort, au nom de qui tout genou fléchit au ciel et sur la terre , et à qui Dieu a donné les nations comme son héritage; le Roi des rois de la terre, Princeps regum terrœ , etc, etc. Il faudroit copier en entier les livres saints, et nous trouverions

dans tous, et à toutes les pages, l'application à ce ministre universel du double caractère que nous avons attribué au ministère de toute société.

C'est, en effet, devant ses premiers disciples qu'il légitime en quelque sorte son ministère divin. Il leur dit en mille endroits quil ne fait pas sa volonté, mais celle de son père, qui Va envoyé; qiiil ne cherche pas sa gloire, mais celle de son père; que , s^il se glorifie luimême, sa gloire n'est rien : c'est toujours sort père qu'il prie pour eux; les paroles qu'il leur adresse ne sont pas les siennes, mais celles de son père. Il ne parle jamais qu'au nom du pouvoir, il rapporte tout au pouvoir dont il est le ministre; mais en même temps, accréditant son divin ministère, il dit qu'on ne peut aller à son père que par lui, ni le connoitre sans le co7inoîlre lui-même ; que qui n'honore pas le ministre , n'honore 'pas le pouvoir qui Va envoyé, etc. etc.

Comme il devoit être homme et lils de l'Homme, ainsi qu'il le dit lui-nu' me, il dtnoit naître, vivre et mourir comme homme dans le temps et dans un lieu ; et la domination universelle, entendue par les Juifs dans un sens tout matériel, la domination de ce mi-

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ïiistre universel à qui toute puissance avoit été donnée au ciel et sur la terre ^ au nom de qui les rois eux-mêmes dévoient régner, et les législateurs donner des lois justes et sages, cette domina lion universelle ne fut pas toutà-fait ignorée des auteurs profanes , puisque nous lisons , dans Tacite et dans Suétone, que c'étoit une opinion répandue en Orient, vers le temps d'Auguste, qu'on ne seroit pas longtemps à voir sortir de la Judée ceux qui règneroient sur toute la terre, profecti e Judœâ rerum potirentur, et, comme ces deux historiens, de style très-différent, rapportent cette prédiction absolument dans les mêmes termes, on peut croire que ce sont précisément ceux de l'opinion populaire qui s'étoit répandue.

Jésus-Christ naquit donc sous le règne d'Auguste, vécut et mourut sous celui de Tibère; et , sans parler des prophéties contenues dans les livres des Juifs, qui avoient annoncé sa naissance, sa vie et sa mort, des figures qui avoient mis en action ces prophéties, d'un peuple tout entier cpii l'attendoit et qui l'attend encore, de cet enchainement merveilleux de la religion des figures et de la religion des réa-' lités, du judaïsme et du christianisme, des monumens contemporains qui raconlenl su nais-

sance, sa vie et sa mort, avec des circonstances qui ne pou voient convenir qu'à l'Homme-Dieu, toujours Dieu lorsqu'il étoit homme, toujours homme quoiqu'il fût Dieu; sans parler des traditions et des écrits de tous les âges subséquens qui continuent les récits de ses historiens, et contiennent les actes faits en son nom par ses premiers disciples, le monument de tous le plus authentique, je veux dire la société qu'il a fondée, et qui existe sous nos yeux depuis dix -huit cents ans, place l'existence, la venue et la mission du ministre universel entre Dieu et les hommes, au plus haut dei^ré de certitude historique, qu'un événement puisse recevoir.

Il la fonde cette société, en laissant après lui im pouvoir visible, comme son vicaire et son représentant sur la terre, chef du ministère qu'il institue, en X envoyant comme il a été luimême envoyé, en Renvoyant enseigner toutes les nations. Il leur donne, à ces ministres, la puissance de //er et de délier; il les assure (pi'il sera toujours avec eux jusqu'à la fin des temps, et que les erreurs et les passions ne prévaudront jamais contre la vérité qu'ils annoncent; il leur j)romet enfm comme le sceau de sa doctrine, v{ la prtuive des vérités dont il leur con

fie la prédication, de cruelles persécutions, des combats continuels, jusqu'à leur prédire que ceux qui les feront mourir , croiront faire une œuvre ayréable à Dieu. Jamais prédiction n'a été plus littéralement accomplie de nos jours i et, dans le royaume dont le souverain s'honore du titre de roi très-chrétien, la persécution du glaive et du mépris a été portée au-delà de tous les excès; et, sans les promesses de son fondateur, la religion chrétienne auroit paru menacée d'une destruction totale.

Mais il manquoit à la société, que le pouvoir divin avoit fondée, le premier et le plus essentiel caractère de toute société, le sacrifice. Dans une société où tout , pouvoir ^ ministre, sujet, étoit universel, le sacrifice aussi ne pouvoit être qu'universel ; et si , comme nous l'avons dit, le sacrifice est le don de soi, que le tninistre fait au pouvoir dans V intérêt du sujet, quel pou voit être ce sacrifice, que celui du ministre universel se sacrifiant lui-même pour le salut de tous les hommes, et expiant, par la vertu de son sacrifice , les péchés du monde, je veux dire les désordres de l'idolâtrie, de l'immolation des victimes humaines, des jeux sanglans de l'arène, de l'esclavage, du divorce, de la polygamie, de l'exposition des enfans, que

sa doctrine a abolie partout où elle a été annoncée, et chez tous les peuples qui l'ont reçue?

C'est en vertu de ce sacrifice que l'Homme- Dieu est devenu sauveur, rédempteur, médiateur entre Dieu et les hommes, qui lui ont été donnés en héritage, comme le prix de son sacrifice.

Nous avons dit que le pouvoir devoit être constamment et réellement présent à la société, qui ne peut même im instant exister sans pouvoir.

L'Homrne-Dieu sera donc toujours présent à la société qu'il a fondée; il y sera présent par les lois qu'il lui a données, par le vicaire ou représentant visible qu'il a laissé sur la terre; il y sera présent par ses ministres, présent enfin comme victime du sacrifice , sacrifice réel et sanglant une fois accompli j^ar un peuple, par des hommes qui ne savaient ce qu'ils faisaient , en répandant un sang qui est retombé sur eux €t sur leurs enfans, nié aujourd'hui par des hommes qui ne savent ni ce qu'ils font ni ce qu'ils disent; mais désormais, sacrifice mystique et commémoratif, quoique non moins réel, sacrifice innocent de l'homme universel, oflbrt pour l'universalité des hommes, sacrifice de l'homme et de la propriété, représentée

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par lîi propriété la plus i^énérale, seule nécessaire à la subsistance de riiomuiCj le pain et le vin, sacrifice enfin dont l'esprit de l'homme ne peut pénétrer la manière, mais dont sa raison peut concevoir les motifs naturels ou la parfaite convenance à la société.

Toute l'économie de la religion chrétienne porte donc sur le ministre universel, le médiateur, le sauveur, Jésus-Christ, en un mot, comme sur un fondement inébranlable. Aussi, l'on peut remarquer que l'Eglise termine toutes ses prières et toutes ses demandes à Dieu ainsi : Var notre Seigneur J,-C., votre Fils y etc* etc.; mais cette préposition far suppose toujours que moyen ou ministère sont sous-entendus; et faire, ou demander quelque chose /7«r quelqu'un, veut dire, j9«r le moyen y le ministère , l'entremise de quelqu'un. Le raisonnement et l'analogie des idées et des expressions nous ont conduits à le reconnoîtrc comme le ministre universel du pouvoir universel de Dieu sur l'universalité du genre humain; participant, par conséquent, de la nature de Dieu f^X. de la nature de l'homme, comme dans toute société le ministre participe nécessairement de la nature du pouvoir et de celle du sujet; Homtne-Dieu par conséqu(?nt : et tout ce que

Tenseli^nement reli^4eiix , dans son langage as- (îétique, nous enseigne de cet Homme-Dieu, découle de ce caractère de ministère universel, par une suite d'inductions et de raisonnemens, dont il faut combattre le principe ou admettre les conséquences. Ce n'est pas, je le répète, expliquer le mystère, mais c'est en montrer la nécessité, je veux dire la conformité à la nature de la société; car l'Etre souverainement libre ne fait rien de nécessaire ou de forcé; mais l'Être, qui est la souveraine raison, fait librement tout ce qui est conforme à la nature, dont il est l'auteur.

La religion chrétienne est donc une société monarchique, où \q pouvoir , le ministre , le sujet, sont personnes distinctes l'une de l'autre, où le ministère universel, devenu pouvoir et fondateur de la société chrétienne, juge et combat suivant les fonctions que nous avons assignées au pouvoir dans toute société. Aussi , dans le livre mystérieux de la religion chrétienne, chap. XIX, le T'erbe de Dieu, ou son ministre, sort \to\\v juger et co)n battre; et eu m juatitia judicat et puguat. Les ministres qu'il a institués, comme tous les ministres des.autres sociétés, ont, sous les ordres et la direction du pouvoir, la double^ fonction d(^ m use il dans

les assemblées générales de l'Eglise ou ses conciles , et de service dans tous les temps , pour combattre et repousser l'erreur.

C'est cette identité parfaite de principes et de constitution, entre la monarchie religieuse et la monarchie politique, qui a fait la perfection et la véritable force, la force de conservation ou de restauration des Etats catholiques. D'autres Etats, tombés dans le poj)ula?^isme ou le presbytéranisme, en politique et en religion, sont sans force propre et intrinsèque de stabilité, toujours agités au -dedans, toujours hostiles et agresseurs au -dehors; et en cherchant le bonheur et la force, ils n'ont rencontré que la richesse.

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