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CHAPITRE XXI

DU LUTHERANISME.

Si le calvinisme est la démocratie de la religion, le luthéranisme en est l'aristocratie.

En effet, la monarchie royale présente les trois personnes distinctes; la démocratie n'en a qu'une; l'aristocratie, j'entends l'aristocratie héréditaire, la seule qui, dans la langue politique, porte le nom d'aristocratie, en a deux, les ministres ou corps héréditaire, qui exerce le pouvoir y et les sujets.

Ainsi, dans la monarchie religieuse ou la société catholique, les trois personnes sont parfaitement distinctes. Dans le calvinisme, il n'y en a qu'une, le peuple; il y en a deux dans le luthéranisme, qui a conservé une hiérarchie, des évoques, des doyens, même des chanoines, et retenu dans quelques lieux plusieurs rites de la religion catholique, même, à sa manière, la présence réelle^ et jusqu'à la confes-

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sion auriculaire, derniers vestiges de rancienne croyance qui tendent tous les jours davantage à s'effacer.

Nous avons dit que l'aristocratie politique étoit une monarchie acéphale ou sans chef. Là où le luthéranisme n'a pas dégénéré, on pourroit aussi le considérer comme un catholicisme acéphale y et celte détinition s'appliqueroit encore mieux à la religion grecque, qui a presque tout conservé des dogmes catholiques, hors le pouvoir du chef visihle de l'Église.

Aussi le luthéranisme est presque partout uni à une monarchie mêlée d'aristocratie , de démocratie, de despotisme, comme en Angleterre , en Suède et en Danemarck , où le pouvoir est contenu par les mœurs, l)icn phis que par les lois.

Le dogme fondamental de la réforme, le se^is privée étoit moins un dogme luthérien qu'un dogme calviniste; et le superhc Luther aimoit trop la domination sur les esprits, pour la laisser ainsi usurper au vulgaire. En déclamant avec violence contre le pape, il se fit lui-mome le pape de sa nouvelle église ; et le sage, le modéré Mélanclhon , le plus hahilo de ses premiers disciples, s'en plaignoit. Luther étoit plus emporté, Calvin plus haineux; et il semhie (jue

la haine de Calvin contre l'Église romaine, autant que l'aversion de Luther pour Calvin et ses doctrines, aient, de nos jours, ramené les luthériens à des sentimens plus modérés envers l'Ej^lise catholique et envers les souverains. On en voit la preuve en Angleterre, qui vient de rendre les droits civils et politiques aux catholiques d'Irlande. D'ailleurs, Luther avoit fait sa réforme avec des princes , Calvin la sienne avec des hourgeois , ce qui explique la tendance plus populaire du calvinisme.

Aujourd'hui, qu'ils ont tous abandonné les dogmes de leurs fondateurs, et qu'ils sont aussi peu luthériens ou calvinistes les uns que les autres, ils cherchent à se réunir, malgré l'infinie distance de leurs croyances sur le dogme le plus fondamental , l'Eucharistie, et la haine réciproque de leurs fondateurs. Quand deux religions en sont à ce point de tolérance et de complaisance mutuelle, on peut assurer qu'elles sont finies; et que, si elles sont encore des factions politiques , elles ne sont plus des sectes religieuses.

Au reste, ce que nous avons dit en parlant de l'aristocratie politique, qui tend fortement à la démocratie, si même elle n'est pas une démocratie plus concentrée, peut s'appliquer au

luthéranisme , qui , tous les jours , tombe davantage dans le calvinisme.

On peut voir à présent, avec évidence, la tendance réciproque des différentes constitutions religieuses et des constitutions analogues des gouvernemens politiques.

Ainsi la monarchie royale et la religion catholique, la démocratie et le calvinisme, l'aristocratie et le luthéranisme, s'accordent par la conformité de leurs principes.

L'Angleterre, plus aristocratique que démocratique, est aussi plus luthérienne que calviniste, puisque le luthéranisme, modifié par ses différentes révohitions religieuses, y est la religion dominante , et proprement celle de l'État.

L'Angleterre a une religion nationale, qui a fait schisme avec la religion universelle, et qui succombe elle-même sous la multiplicité des sectes et surtout sous le méthodisme. Dos insensés voudroient aussi nous donner une religion nationale, et nous séparer, s'ils le pouvoient, de l'unité de religion, qui réollement, et sans antithèse, n'est que la religion do l'unité.

JNotre ïi'^Wsc (/al lica fie avoit bien aussi quelque chose do moins univorso! vt de plus na-

tional , particulier à elle seule. Tout ce qui affecte la religion, réagit toujours sur le corps politique ; mais les sentimens de la France pour le saint Siège, et son attachement à la religion catholique , corrigeoient ce que les opinions gallicanes pouvoient avoir de trop indépendant. C'est précisément ce dont nos lihéraux se plaignent; et la religion qu'ils voudroient nous donner (s'ils veulent même d'une religion), seroit une religion presbytérienne, qui s'accorderoit merveilleusement avec leur démocratie, et ils modifieroient l'une et l'autre à leur manière. Mais le presbytéranisme naquit en Europe d'un zèle outré de religion ; il ne pou rr oit renaître aujourd'hui que de l'athéisme et dans l'indifférence de toutes les religions; et cette mère inféconde ne peut rien produire, ou ne peut produire que des monstres.

La religion catholique se prête à toutes les formes de gouvernement; mais toutes les formes de gouvernement ne se prêtent pas aussi bien à la religion catholique; et, comme elle est la plus parfaite des religions, elle ne porte tous ses fruits que sous le plus parfait dos gouvernemens. Elle fleurit, il est vrai, dans quelques petits cantons démocratiques de la Suisse;

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mais il faut observer qu elle y est presque la seule autorité; et ces peuples isolés, simples dans leurs mœurs, agricoles et pasteurs, n'ont pas besoin d'un autre pouvoir.

Quand j'ai dit que le protestantisme conduisoit à la démocratie, et la religion catholique à la monarcliie, je n'ai pas prétendu que tous les proies tans fussent démocrates, ou tous les catholiques royalistes : j'ai connu trop d'exemples du contraire ; mais cette anomalie s'explique aisément. Il y a beaucoup de proteslans qui sont meilleurs que leurs principes, et l)eaucoup trop de catholiques qui sont moins bons que les leurs.

Faut-il, pour continuer la comparaison, appliquer aux religions ce que J. J. Rousseau dit des gouvernemens politiques? (( Le goii- » vernement, dit-il, passe de l'arisloeratie à )) la démocratie, de la démocratie à la royauté; » le progrès inverse est impossible (i). » Et l'Europe peut-elle espérer qu'un jour la Réforme et toutes les sectes ({ui en sont sorties reviendront à l'unité de religion? Cela doit

(i) La chute de la royauté dans la dciuocratie n'est qu'un accident , une maladie passaf;ère : le retour de la démocratie à la royauté' est un t'ial naturel , et le rétablissement de la saute.

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être, pour que la parole du pouvoir suprême de la société s'accomplisse : Etfiet unum ovile et unus castor. Quoi qu'il en soit, (( le protes- » tantisme, dit M. l'abbé Grégoire, ne revien- » dra jamais ce qu'il a été, et il ne peut rester » ce qu'il est ; une pente irrésistible l'entraîne » vers sa fin, où il subira une nouvelle méta- » morpliose. Sa constitution même est le prin- » cipe corrosif de son existence. »

En terminant la longue carrière que j'ai parcourue, je prie le lecteur de faire attention à la marche que j'ai suivie dans les considérations que j'ai soumises à son examen.

Dieu et l'homme, la famille et la religion, paroissent à la fois dans l'univers ; et partout où je vois des hommes, j'aperçois une religion; partout où je vois une religion, je vois une croyance d'un être supérieur à l'homme.

Si Dieu n'existoit pas, jamais cette grande idée ne se scroit montrée à l'esprit de l'homme, jamais son expression ne se seroit trouvée dans son langage ; et ce langage , que l'homme n'a jamais pu inventer, est tout seul à mes yeux une preuve décisive de l'existence d'un être supérieur à l'homme, ce Toute philosophie, » dit un homme d'un grand sens, M. Ancillon , dans son Essai su?' la science et la foi, ce toute

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)) philosophie qui ne part pas de Dieu est )) par là même une philosophie manquée et » fausse. ))

Je considère la famille, et j'y vois un pouvoir qui commande , un sujet qui ohéit , un mtnistrey moyen ou intermédiaire entre le pouvoir et le sujet, qui reçoit de l'un pour transmettre à l'autre, soumis au pouvoir, ayant autorité sur le sujet, et, pour remplir cette douhle fonction, participant de la nature du pouvoir et de la nature du sujet.

Je considère la religion dans la famille, et j'y vois aussi un pouvoir qui commande , un sujet qui ohéit, et un ministre ou prêtre, moyen intermédiaire entre le pouvoir et le sujet; qui reçoit de l'un pour transmettre à l'autre, soumis au pouvoir, ayant autorité sur le sujet, et, pour remplir cette double fonction, participant de la nature du pouvoir et de celle du sujet.

La famille devient un peuple, et la r( lii;ion, de domestique qu'elle étoit, dt^vient piiblique ou nationale; et chez le peuple comme dans cette religion publique, c'est-à-dire, dans la société politique ou civile comme dans la société religieuse, je vois toujours des pouvoirs qui commandent, des sujets qui obéissent.

et entre eux, sous divers noms, des ministres, moyens ou intermédiaires entre le pouvoir et le sujet, qui reçoivent de l'un pour transmettre à l'autre, soumis au pouvoir et ayant autorité sur le sujet, et j'en conclus que cette hiérarchie de personnes et de fonctions forme la constitution naturelle de toute société.

Je remarque même que plus le peuple est nombreux et la société policée, plus le culfe religieux est pompeux et solennel. La majesté de la religion suit les progrès de la civilisation, et c'est avec raison que je répète ce que Montesquieu a dit : (f Les peuples qui n'ont pas de )) prêtres sont ordinairement barbares (i). »

Que la société civile soit monocratique ou polycra tique , c'est-à-dire, monarchique ou populaire ; que la société religieuse soit monothéiste ou polythéiste, religion d'un Dieu ou religion de plusieurs dieux ; que la famille

(i) Cela ne veut pas dire que les Barbares n'aient aucune religion, mais seulement que, dans leurs idées grossières comme eux , ils ont des jongleurs ou des devins, qui, trompés ou trompeurs, s'attribuent pour la guërison de leurs maladies et les succès de leurs chasses ou de leurs guerres, des qualités surnaturelles que la superstition de ces peuples regarde comme inspirées par quelque puissance supérieure à l'homme

soit monogame ou polygame, partout se trouvent des pouvoirs qui commandent, des sujets qui obéissent, des ministres, moyens ou intermédiaires entre le pouvoir et le sujet, soumis à l'un et ayant autorité sur l'autre. Seulement , dans les sociétés monarchiques et monothéistes , les personnes sociales sont distinctes comme les fonctions; dans quelques autres elles sont confondues. Mais laissons les sociétés politiques, et ne nous occupons plus que du monothéisme, ou de la monarchie religieuse.

Parce que le monothéisme, ou la société de l'unité de Dieu, contient vérité, elle a dû être la première et doit être la dernière. Elle est l'alpha et l'oméga de la religion ; rien ne l'a précédée et rien ne la suit. La vérité a commencé l'éducation du genre humain , et elle doit la terminer.

Cette société peut être considérée dans trois états, et ne peut exister dans aucun autre; elle est, ou domestique et dans une famille, ou nationale chez un peuple, ou universelle dans le monde.

Nous l'avons vue, cette religion, dans les lamilles patriarchales où elle étoit intérieure (.'t domestique, dans son pouvoir, dans sou

ministre , dans son sujet , dans son sacrifice , action essentielle de toute société.

Nous l'avons vue dans la nation juive, où elle étoit extérieure et nationale; nationale dans son pouvoir (car l'unité de Dieu n'étoit reconnue et n'a voit un culte public que chez cette nation); nationale dans ses ministres, pris dans le corps de la nation; nationale dans ses sujets ou fidèles, qui étoient la nation toute entière; et nationale dans son sacrifice, qui n'étoit ofiPert que dans son temple et par son pontife. Mais où est la religion universelle? ici la religion chrétienne se présente se donnant à elle-même le titre d'universelle, ou de catholique , et elle se dit en effet universelle dans son pouvoir, qui est 1 Etre suprême, souverain seigneur de toutes les créatures; universelle dans ses sujets, qui sont l'universalité du genre humain : docete omnes gentes; universelle dans son ministre, far qui tout a été fait , à qui toute 'puissance a été donnée au ciel et sur la terre, et devant qui tout genou doit fléchir y représenté par le vicaire visible qu'il a laissé sur la terre; universelle dans sa morale, qui est celle du genre humain; universelle, enfin, dans son sacrifice , qui doit toujours, nous dit cette religion, être offert du couchant à l'au-

rore, pour le salut et la rédemption du genre humain.

J'examine cette religion, et je me demande si son existence dans le monde répond à la dignité et à l'universalité qu'elle s'attribue.

Je la vois depuis dix-huit cents ans toujours combattue , et c'est là le caractère le plus certain de la vérité , et celui qui lui a été le plus souvent et le plus solennellement annoncé : combattue dans ses dogmes par l'erreur; dans ses préceptes, par les passions 3 dans ses conseils, par la molesse; toujours combattue et toujours triomphante; persécutée par le glaive, persécutée par le sophisme, persécutée par le mépris , persécutée par l'indiflercnce : et toujours plus féconde, inspirant, suivant les temps et les lieux, le courage à ses martyrs, la science à ses docteurs, la pureté à ses vierges, l'austérité à ses cénobites, le zèle de sa propagation à ses missionnaires, et l'enthousiasme de la charité même au sexe le plus foible; inspirant enfin tous les dévouemens et tous les sacri lices. Je la vois, de siècle en siècle, défendue et pratiquée par les hommes les plus recommaiidables par leurs vertus, ou les plus célèbres par leur génie; et je ne parle pas dos Augustin, des Thomas d'A([iiin, dos Bernard , dos Bossuil .

mais par les hommes qui tiennent le sceptre des sciences même profanes, par les Bacon, les Descartes, les Pascal, les Leibnitz, les Newton, les Euler, les Ch. Bonnet, les de Maistre, sans qu'aucun homme d'une haute considération morale ou d'un génie universellement reconnu soit entré en lice pour l'attaquer. Fautil excepter le plus bel esprit de notre époque, Voltaire? mais ses plus graves ol)jections ne sont que des bouffonneries (i). Les esprits superficiels n'ont pas vu que, le sel du sarcasme consistant dans le contraste, plus l'objet est élevé et grave , plus la bouffonnerie et le sarcasme sont piquans et faciles 5 et c'est ce qui fait qu'on ne peut parodier, et qu'on n'a jamais parodié que des tragédies. Elle a été attaquée de nos jours; elle l'est peut - être encore par des littérateurs sans génie, qui prennent leur ignorance pour des objections, et croient se grandir en attaquant ce qu'il y a de plus grand.

(i) Traiter en badinage ou en plaisanterie un sujet sérieux et grave, est de la bouffonnerie, du burlesque; tels sont le f^irgile tr(n>('sti, de Scaron , et le poème de Voltaire, qu'on pourroit appeler la Piuclle d'Orléans travestie. Traiter sérieusement un sujet plaisant et frivole, c'est de la plaisanterie; comme le Lutrin de lioileau, et le f^crl-Vcrt de Giesset.

Mais ce qui place la religion chrétienne hors de toute comparaison avec toute autre doctrine, ce sont les peuples formés à son école; et si, comme le dit Condorcet, (c la religion » mahométane retient les Turcs dans une in- » curable stupidité, » à quoi attribuerons-nous les progrès , les lumières , la force toujours croissantes des sociétés chrétiennes , même leurs vertus ; car on y remarque les vices parce qu'ils sont rares , et par la même raison qu'on remarque les vertus chez les païens; à quoi attribuerons -nous cette incontestable supériorité, si ce n'est à l'influence toute puissante de la religion chrétienne, qui anime le grand corps de la chrétienté, et dj qui l'on peut dire :

Mens agitât molem et magno se coipore niiscet?

et il seroit bien peu philosophe, celui qui croiroit qu'un peuple peut s'élever à une haute perfection sous Tinlhience d'une fausse doctrine et de croyances religieuses désavouées par la raison.

Et il faut bien \e dire, c'est à sa propre vertu, à la Ibrce de son ])rineipe intérieur, et presque malgré les gouvernemens, que la relii^ion (h)it sa force de \\v et d'expansion, vi

35o DÉMONSTRATION PHILOSOPHIQUE

que nous devons nous-mêmes ses bienfaits, ces bienfaits que, selon Montesquieu, « la na- » ture humaine ne sauroit assez reconnoître; )> car quel secours lui ont prêté les gouvernemens, ou plutôt quel appui n'ont-ils pas prêté à ses ennemis? Lorsque leur premier intérêt étoit de la défendre, et leur premier devoir de la propager, ils ont livré son enseignement et ses doctrines aux blasphèmes ou aux sophismes de l'impiété, quelquefois les objets de son culte et la personne de ses ministres , aux fureurs populaires \ ils ont redouté son pouvoir, envahi ses propriétés, et se sont montrés jaloux de son influence; mais le châtiment n'a pas tardé à suivre la faute ; et tous les gouvernemens qui ont attenté à l'indépendance de la religion ont perdu leur propre indépendance, et sont tombés sous la souveraineté populaire : de ministres qu'ils étoient du pouvoit- divin pour faire le bien, minister in honum, comme dit saint Paul, ils sont devenus les ministres des caprices populaires , pour faire ou laisser faire des révolutions.

Aussi, si la religion peut encore régler les mœurs du particulier qui croit à son enseignement, à ses promesses , à ses menaces, les gouvcrnemens, en ral)an(l()nnant , ont fait qu'elle

perd chaque jour de son influence pour assurer la tranquillité des États , le pouvoir légitime des rois , l'obéissance des peuples (i).

L'homme privé peut ne voir dans la religion que sa doctrine, sa morale, ses préceptes; l'homme public , l'homme d'État , doit y voir son autorité sur les esprits, sa juste influence sur la législation même politique, et cette force indestructible, qui fait que l'État qui s'appuie sur elle ne peut jamais tomber.

Il me reste quelque chose à dire sur la manière dont j'ai considéré la religion.

La vérité de la religion chrétienne, considérée comme corps de doctrine et institution divine, est établie sur des preuves historiques et morales qui ont subjugé les meilleurs esprits, et ne laissent rien à désirer à ceux qui , de bonne foi , veulent s'instruire dans la science

(i) Avant la révolution, pour découvrir les auteurs ou conipliccs de ces efïVoyables incendies qui désolent quelques-unes de nos provinces, on auroit publié, à la requête de l'autorité civile, un monitoirr , c'està-dire, fulminé en chaire une excommunication contre ceux qui n'auroient pas révélé à la justice ce qu'ils pouvoient savoir. Ce moyen fut souvent employé avec succès; mais alors on n'avoit pas encore éteint dans l'esprit des peuples la loi à l'autoiitr dt^ la relij;ion.

de la religion , la première de toutes les sciences, et ne prennent pas pour des objections leur ignorance ou leurs passions. Mais, en considérant la religion comme une société, j'ai pensé que ce point de vue nouveau peut-être pouvoit offrir, sinon des preuves nouvelles, au moins des inductions rationnelle ^ et philosophiques qui pussent servir à établir d'une autre manière la vérité de ses dogmes y non novaj sed novèy dit saint Augustin. Je n'ai pas, je crois, à me justifier de cette manière rationnelle de considérer la religion; car, outre que je la soumets sans aucune restriction au jugement souverain de l'Eglise, le plus docte interprète du christianisme nous avertit que noire foi doit être raisonnable, rationahile ohsequiiim y et elle ne peut être raisonnable sans être raisonnée; mais ce siècle de raisonnement raisonne la religion moins que toute autre chose, et la juge avec une légèreté qu'il ne se permet pas sur le plus mince objet des recherches physiques, sur la pétale d'une

fleur ou l'organisation d'un insecte Je n'ai

employé les preuves tirées de l'enseignement religieux et des livres saints, que pour montrer (pie ce que j'ai vouhi établir par le raisonnement se trouve confirmé par la doctrine

et l'enseignement de la religion. J'ai cru que la religion , comme société, étoit soumise aux lois qui régissent toutes les sociétés , admirable harmonie , et qui est comme le sceau des œuvres du Créateur. Je n'ai pas prétendu expliquer la nature et le comment des mystères, mais en montrer la nécessité, en donner la raison j et ce dernier mot m'avertit que la raison peut la chercher; que ce premier, et le plus important sujet des pensées humaines, n'est pas interdit à notre investigation; et enfin , au moment où la religion est le plus audacieusement attaquée, ou le plus honteusement délaissée, lorsque , sous le vain prétexte de Vordre légal, on attente à ses droits les plus légitimes, et que le nom même de son divin fondateur ne peut pas sauver de la haine de ses ennemis l'inslilution qui lui est le plus spécialement consacrée, j'ai cru qu'elle devoit appeler à sa défense la philosophie comme un corps de réserve. Elle saura placer cet allié au rang qu'il doit occuper, et lui prescrire des bornes qu'il ne pourra pas franchir.

Espérons cependant que, malgré les nuages qu'accumulent contre elle l'ignorance et les passions , cette grande lumière du monde moral, ce soleil de justice ) ne sera pas obscurci,

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et que , de toutes les recherches de ses défenseurs 5 comme de toutes les critiques de ses adversaires , sortira cette vérité de fait : Quil y a oubli de Dieu et oppression de V homme partout où il n'y pas connoissance, adoration et culte de VHoynme-Dieu ; et tôt ou tard il sera prouvé que les dogmes de la religion chrétienne sont conformes à la plus haute raison, ses préceptes à la plus pure morale, ses conseils à la plus sage politique.

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